Danse
Ivo Dimchev, Lilli Handel, Franz West – une dangereuse conjonction au Centre Pompidou

Ivo Dimchev, Lilli Handel, Franz West – une dangereuse conjonction au Centre Pompidou

31 janvier 2013 | PAR Smaranda Olcese

Le rendez-vous prévu, par la programmation Spectacle vivant, entre les œuvres de l’artiste plasticien Franz West et le performeur Ivo Dimchev est subrepticement détourné par l’irruption de la très capricieuse et versatile Lilli Handel, alter-ego de ce dernier et œuvre d’art à part entière, qui repose de manière insidieuse et parfois déstabilisante des questions liées au statut et à l’unicité des œuvres.

Deux socles d’expositions trônent sur le plateau qui prend des allures de white box. Des œuvres – en effet des reproductions de sculptures de Franz West, comme nous l’apprend le texte accompagnant la représentation – vont s’y succéder, avant que les quatre performeurs ne s’en emparent pour des manipulations des plus incongrues, toujours régies par l’impératif de musicalité aux rythmiques particulières. La logique quelque peu figée qui domine encore les relations en jeu dans les espaces d’exposition, musées et autres galeries, logique qui tend à conforter le public dans une posture certes un peu plate mais familière et donc rassurante, va voler en éclats dès l’entrée de Lilli Handel sur scène. Création à part entière et avatar du performeur qui accumule par ailleurs des qualités de chanteur, dont les interprétations dans le registre lyrique sont tout à fait remarquables, de danseur, de metteur en scène, de plasticien et photographe, cet être troublant, dénudé, à la carrure massive, évolue avec une étonnante souplesse, de manière lascive, écrase du haut de ses escarpins attentes, préjugés et lieux communs. Le plateau est gagné, dans sa présence, par une instabilité irrémédiable, parfois déconcertante. Les situations les plus incongrues se succèdent dans un rythme qui ne laisse aucun répit. Construites sur un principe sériel, des rengaines aussi simples qu’obsédantes prennent une ampleur considérable. Souci de musicalité et incessantes ruptures de rythme sont autant des réponses possibles à la volonté primaire à la base de la création de ses Passstücke (Adaptive pieces) par Frank West. Le plasticien autrichien les avait imaginées pour s’adresser au corps, dans une démarche essentiellement performative exigeant manipulation, déplacements dans l’espace, et incitant à une forme participative de l’art. Ivo Dimchev s’en empare, s’évertue à les intégrer à des contextes inattendus, les entraine dans des mouvements qui frappent par la gratuité apparente des propositions. Plus que des objets, il manipule des concepts clé de l’art contemporain – unicité/ copie et  sérialité, passivité/ action directe et manipulation – et des tropes incontournables de la scène peformative queer.

Sous ses airs de séductrice professionnelle, Lilli Handel n’est pas un interlocuteur très confortable. Elle risque d’en irriter plus d’un et abuse avec gourmandise des espaces de liberté ouverts par le plateau. Elle mène du bout des doigts objets plastiques, comparses performeurs et public. Ce dernier en ressort quelque peu décontenancé.

 

photos courtesy to the artist, Centre Pompidou

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