Danse
Gaze is a Gap is a Ghost : Daniel Linehan au Théâtre de la Bastille

Gaze is a Gap is a Ghost : Daniel Linehan au Théâtre de la Bastille

20 décembre 2012 | PAR Smaranda Olcese

Daniel Linehan, jeune danseur et chorégraphe américain déjà familier de la scène française, toujours fidèle à son attrait pour l’image, continue l’exploration de ses déclinaisons sur le plateau de danse. Sorte de catalogue moins raisonné qu’enjoué, grâce à l’énergie de ses interprètes, la pièce fait miroiter une nuée de références pour s’enliser dans  des territoires finalement assez attendus.

 

Un écran siège sur le plateau de danse au cœur d’un décor volontiers bancal où pourtant rien n’est laissé au hasard, tout au contraire : chaque tas de cartons, chaque objet est placé au millimètre près par rapport à une position initiale au moment des prises de vues. Des miroirs, un crâne tirelire, une sonnette, une théière qui, à un moment donné, va se mettre à siffler sur le réchaud allumé, des flèches composées et refaites dans tous les sens par les danseuses fonctionnent comme autant de MacGuffins censés attiser la curiosité du public et le perdre, tout en lui donnant l’illusion qu’il se repère, dans les méandres d’un scénario. Pour le sien, Daniel Linehan regarde moins du côté d’Alfred Hitchcock, qui a redéfini et popularisé cette astuce narrative, que du côté de David Lynch, réalisateur passé maitre dans l’art d’entrainer ses spectateurs dans une profusion de lignes temporelles apparemment disjointes, qui avancent de biais, parfois en parallèle, parfois en fusionnant.

Le chorégraphe joue également de différentes temporalités : celles des images, démultipliées à leur tour, et celle du plateau, des corps qui dansent et scandent par moments le temps et le mouvement par des onomatopées rythmées, énergiques et drôles, qui, à force d’entêtement, prétendent à la consistance d’une poésie sonore. Avec une grande habilité, Daniel Linehan s’emploie d’abord à installer l’illusion d’une création vidéo en direct, selon ses propres termes – chance offerte au spectateur de voir à travers les yeux des danseuses – tout en prenant soin de ménager des indices qui font planer le doute. Il va travailler tout au long de la pièce sur d’infimes décalages, et des variations entre le timing sur scène et le timing de l’enregistrement vidéo, en dosant savamment les proportions, entre la fuite absolue et la synchronisation totale.

Certes la pièce ne manque pas d’entrain. Les perpétuels changements de perspective d’une caméra toujours embarquée dans les mouvements les plus différents lui donnent un rythme particulier. Démultipliée à travers l’image, selon des principes toujours changeants, la réalité tend à se dérober au regard des spectateurs. L’effet est garanti, il fonctionne à tous les coups. Une certaine forme de facilité pourrait être reprochée au chorégraphe qui semble séduire là où La Ribot avec Llamame mariachi (2009) ou Jonathan Capdevielle avec Popydog (2011) peinaient à convaincre. Il faut tout de même rappeler que ces deux pièces défendaient chacune un parti pris fort et clairement affirmé. A travers une caméra incorporée, comme prolongation du corps et non pas du regard des interprètes, la chorégraphe espagnole approfondissait des questions liées à la perception, au poids et au placement, à la bonne distance, plus qu’à l’angle et au cadrage. Quant à Jonathan Capdevielle, il tentait d’épuiser la forme de la retransmission en direct en assumant risques et faiblesses du dispositif.

La caméra subjective de Daniel Linehan manque cruellement de corps, malgré des gros plans d’une qualité tactile troublante ou des tourbillons effrénés qui creusent littéralement l’espace du plateau. Sophie Grappin Schmitt, dans une contribution à l’ouvrage collectif Danse et cinéma paru récemment chez Capricci, défendait la thèse d’un engagement corporel de la caméra dans la situation filmée. La caméra de Daniel Linehan reste insaisissable, s’évertue à une posture fuyante. Il s’agit peut être d’un choix délibéré, mais cela finit par enfermer la pièce, certes mouvementée, pleine de rebondissement, mais également assez plate, dans une affirmation de la puissance de la pulsion scopique.

 

photographies © Jean-Luc Tangue

 

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Smaranda Olcese

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