Danse
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Desh, Akram Khan par les racines

20 décembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’ancien élève d’Anne Teresa de Keersmaker, chorégraphe des JO de Londres présente au Théâtre de la Ville sa dernière création, Desh, après une tournée triomphale. Un voyage qui nous amène au cœur des origines du danseur.

Lui est né à Londres, d’une famille bangladaise. Féru du Kathak, cette danse originaire du sud de l’Inde, on le connait pour son appétence à engranger les influences pour les traduire ensuite. Il pioche dans le hip-hop, la pop et avant tout dans la danse contemporaine. « Desh », en arrivant en France prend une connotation particulière, l’expression populaire « c’est la desh » vient séparer « Bangla » de sa fin pour rendre le pays uniquement synonyme de misère. Il entre seul en scène, le restera en apparence car il invitera autour de son arbuste desséché mais solidement enraciné, son père,  un vieillard au crâne expressif, sa nièce Eshita, un call center décentralisé  et les clochards des rues.

Il danse son pays, ses ressources intimes. Il excelle quand il ne démontre pas, quand il virevolte dans une inspiration tirée de FASE. Son corps vrille sur lui-même, les épaules deviennent moteur, le tourbillon Akram se met mouvement. Il déploie une agilité proche du sublime, virevoltant sans effort apparent. Là, il dit la vilenie du monde : les hommes à qui on a tailladé les membres. Il danse sans les pieds. Les hommes à qui on a crevé les yeux. Il danse le regard vide. Les hommes qui mendient. Il s’accroupit, quémande, au milieu des voitures et du bruit.

Malheureusement, la circularité ne se situe pas uniquement dans le geste, elle se déploie dans un récit qui nous laisse froid.

Le chorégraphe se met à illustrer de façon poussive, dans une parole venant chercher le beau de façon forcée. Bien sûr, les dessins de Tim Yip sont magistraux. Nous voilà dans un mythe où un éléphant devient tank, où  le miel se dévore à même la ruche. Le danseur joue avec l’image, s’incluant totalement dans le récit. La magie forcée… très peu pour nous, merci. Non. La facile allégorie de la mondialisation par le biais des hot lines d’Apple. Non plus.

On garde de ce spectacle les moments dansés, rares mais incroyables. On garde cette danse, tête dans les mains, où le crâne devient visage dans un appel au sol tout en syncopes. On garde Akram Khan en clair-obscur,  les courbes révélées, avant que les images de la manifestation viennent une nouvelle fois imager  de façon ostentatoire le propose.  On le garde quand il se dépouille bien plus que dans sa spectaculaire envolée dans les bandelettes, allégorie bien trop convenue des maigres pansements qui entourent les blessures non soignées.

C’est quand il ne cherche pas à expliquer que Desh est un spectacle dément. Quand par le seul geste, il passe des rues sales de Dacca au confort londonien dans des allers-retours à la schizophrénie superbe. Quand la musique est seulement celle d’un maillet écrasant la terre. Là, il devient radical  et touche juste, nous faisant frissonner.

 

Visuel : © Richard Haughton

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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