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Playlist : La fin du Monde n’est pas une fatalité

Playlist : La fin du Monde n’est pas une fatalité

20 décembre 2012 | PAR Bastien Stisi

A quelques heures de la fin du Monde, certains d’entre vous souhaiteront passer leurs derniers instants loin des bras de leur douce moitié, loin d’un bon repas avec des amis, loin d’une bouteille de vin abondamment remplie ou loin des travées résonnantes d’une cathédrale salvatrice. Ceux-ci, loin des préoccupations terminales et lambda de leurs contemporains, pourront alors poser sur leurs oreilles un casque épais et isolé, et faire fonctionner leur i-Pod Nano rechargé au max. La fin du Monde en rêverie décérébrée et en musique : il ne vous reste qu’à appuyer sur « play ».

Les premières impressions pourraient être délicates et douloureuses. Le monde qui s’écroule et qui disparaît, il est vrai, on peine encore à s’accoutumer à la chose, et le risque de basculer dans une mélancolie profonde et dramatisante à quelques instants de la phase terminale paraît tout à fait envisageable. Avec le larmoyant « Goodbye My Lover » de James Blunt, les traînées vocales de Danny Griffiths d’Archive sur « Goobye », les délires détraqués de Didier Super sur « On va tous crever » et le « The End of the World » de Hugh Coltman, on devrait avoir les morceaux correspondant aux circonstances.

Dans un instinct de survie viscérale, certains d’entre vous se raccrocheront alors à ce qu’ils pourront, et invoqueront tour à tour la toute-puissance divine (« Hallelujah » de Leonard Cohen), le psychédélisme sectaire d’un gourou illuminé (« Pepito Bleu » de Sébastien Tellier) ou l’avènement d’un ordre nouveau et résurecteur (« Apocalypse 894 » de Stupeflip).

D’autres, moins universels et davantage centrés sur leur moi interne, devront dresser leur amour comme bouclier ultime contre cette apocalypse toujours plus proche, en s’injectant dans les tympans les odes amoureuses de Gilbert Bécaud (« Je t’aimerai jusqu’à la fin du Monde ») ou de Renaud (« Jusqu’à la fin du Monde »). Inutile d’évoquer ceux qui auront choisi de s’arrêter sur le Paradis choral de Polnareff et de « On Ira tous au Paradis » : ceux-ci, naviguant avec les requins et les putains, seront déjà définitivement perdus…

Les aiguilles défileront, l’oeil se pose sur le chrono : l’espérance de vie de la Planète Bleue paraîtra se réduire comme une peau de chagrin. Lorsqu’il ne restera plus que dix minutes avant la fin du monde, Cali se saisira des « petites fesses blanches » de son amour, lui ôtera son « petit bout de tissu », et constatera avec regret que « putain, c’est pas long dix minutes ».

Paniqués, au bord de l’implosion nerveuse et corporelle, d’aucuns tomberont dans le pessimisme absolu et envisageront la tristesse désertique des Cowboys Fringants sur « Plus Rien », ou minauderont avec dilettantisme comme  Lana Del Rey sur « Born To Die ». Dans quelques délires psychiques et cérébraux, certains s’imagineront la Lune dans une situation critique (« The Moon is Down » d’Explosions in the Sky »), ou se projetteront simplement vers autre chose, vers « Un autre monde », comme Daniel Balavoine.

Et puis, l’heure fatidique tombera. Et le Monde, défiant les Mayas et leurs prévisions ancestrales, sera toujours debout, dégueulasse et intact. Joie immense et sublime, retour d’un optimisme décapant dans le coeur et dans les oreilles. Cris salvateurs et électroniques ultimes, voici « New Lands » de Justice, et surtout « Alive » des Daft Punk, qui tourneront avec bonheur et ravage dans les casques de l’humanité entière, uniforme et merveilleuse. Jusqu’aux prochaines prophéties apocalyptiques…

Visuel (c) : Alive de Daft Punk

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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