Danse
Danse : Le bouleversant Haka de Lemi Ponifasio

Danse : Le bouleversant Haka de Lemi Ponifasio

25 novembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Si le chorégraphe est un grand chef Samoan et que son travail se retrouve, à Paris, cela offre une rencontre interculturelle captivante. « Birds with Skymirors » est le second spectacle présenté par le néo-zélandais Lemi Ponifasio sur le plateau du Théâtre de la Ville. Sublime.

« Birds with Skymirrors » met en scène la mort des oiseaux pris dans les chocs pétroliers. Ne fuyez pas. Ici, l’écologie n’est pas une tendance. Tout est lenteur maitrisée, lumière sculptrice, danseurs tatoués et athlétiques. Dans un espace noir, un mur en vinyle incliné reflète une grande poutre qui traverse la scène de haut en bas. L’illusion est parfaite, nous faisant voir un voilier sur les eaux. La marée est ici noire, comme tous les costumes des douze danseurs.

La chorégraphie minimale croise des moments d’immobilité où seul le dos bouge dans une torsion faisant disparaitre les visages. Voilà nos oiseaux empêchés de voler. Tels des moines, le crâne rasé et la figure grave, des hommes arrivent en faisant de minuscules pas très rapides contraints par leurs pagnes longs. Ils glissent, ils survolent l’eau. Ils sont à la fois rassurants et autoritaires. Trois femmes, terrifiantes semblent elles incarner la douleur du monde dans une danse ondulatoire hypnotique. Des cris, des sons et parfois des chants en maori envahissent l’espace. Les textes parlent la terre blessée.

Ce spectacle de la compagnie Mau, basée en Nouvelle-Zélande nous amène ailleurs tout en manipulant des questions très proches. L’idée même de « Birds with skymirrors » est venue à Lemi Ponifasio confronté à une image insoutenable, celle d’oiseaux transportant dans leur bec des bandes-vidéo pour en bâtir leur nid. Ici, pas d’images choc à l’effet limité. Le spectacle fonctionne car il n’est jamais moralisateur ou juge. La parole est d’autant plus militante qu’elle ne martèle ici aucun message de force. La puissance de cette proposition vient d’une opposition incroyable entre une chorégraphie au ralenti et une parole politique nécessairement plus rapide.

Dans une lourde intensité, le chorégraphe nous happe et nous ouvre notre conscience. De l’addition de la répétition des mouvements, des douces transitions, des effets de lumière venant décupler les muscles de ces dos parfaits résulte une ambiance cérémonielle intense.

Berlin Elsewhere de Constanza Macras : Névroses urbaines
L’hôtel : le nouvel écrin à concerts de Saint Germain des Près
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *