Danse
[Bruges] « Spiritual Unity », un final éblouissant pour le December Dance de Wim Vandekeybus

[Bruges] « Spiritual Unity », un final éblouissant pour le December Dance de Wim Vandekeybus

15 décembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Toute La Culture vous l’annonçait : du 5 au 15 décembre, la belle Bruges s’est transformée en cœur vivant de la danse européenne avec un Festival December Dance au programme entièrement concocté par le chorégraphe flamand Wim Vandekeybus

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Alors que ce dernier reprend du collier avec sa troupe Ultima Vez dès mardi à Anvers avec la pièce qui l’a immédiatement propulsé parmi les tous grands de la danse,  What the Body does not remember, samedi 14 décembre, il s’est produit en maître de maison devant un  Concertgebouw plein à craquer (2200 places !).  Vandekeybus, Ultima Vez et le groupe de musique qui les accompagnait ont créé une pièce unique pour cette soirée de clôture : Spiritual Unity. Un résumé éblouissant des dernières créations chorégraphiques et musicales de la troupe, que le public de Bruges a acclamé par une standing ovation de 15 minutes. Une soirée de grâce à l’état pur…

Avec près de 18 danseurs exceptionnels sur scène, des grands musiciens avec lesquels Vandekeybus travaille depuis plusieurs années : Mauro Pawlowski, Elko Blijweert, Roland Van Campenhout and Jeroen Stevens, le génie du chorégraphe et un programme aussi œcuménique que la Spiritual Unity, tous les éléments étaient réunis pour une soirée d’exception dont la puissance de vie et de mouvement a dépassé de loin toutes nos espérances. Pour ce faire, Vandekeybus a mêlé comme des corps les éléments épars de ses derniers spectacles : le photographe sur scène de Booty Looting, les machines fumigènes de Œdipus/bêt noir, les lancers de bâtons majestueux du film Monkey Sandwich et les cérémonies mêlées de nus masculins et voiles féminins sur la plage de NieuwZwart.

Mais chez le génial chorégraphe, l’unité spirituelle ne peut se faire que par le corps. Et si Vandekeybus enquête à travers le mouvements sur la part d’ombre de l’humanité, chez lui spirituel est toujours incarné et emprunt de vie. Il se tient loin de tous les cadres gratuitement symbolisants et des messes hiératiques, et c’est d’ailleurs lui qui préside en chair et en os, depuis la scène, au bon déroulement de la cérémonie. Si un devin à longue barbe est proposé à l’écran, c’est bien le chorégraphe dansant qui conduit comme un chef d’orchestre ses danseurs, avec autant de fermeté que d’humour : dès le début, il les pousse à s’entasser dans un corps à corps sublime, à grands renforts… de bombe à projeter une sorte de fly-tox. Puis c’est lui qui distribue les premiers bâtons blancs qui s’envolent dans un ballet onirique aux quatre coins de la large scène du Concertgebouw. Et quand il revient, juste avant d’amorcer le sublime final de danses amoureuses à deux, c’est avec tout l’humour d’une cape rouge de superman pour superviser un rodéo d’un genre nouveau : celui de danseurs qui courent avec une élégance et une rapidité infinies, propulsés de derrière un rideau aussi rouge sang que les langues que tirent les enfants au visage des adultes moroses.

Si tout spectacle de Wim Vandekeybus est un hymne au corps vibrant de vie, ce moment de joie pure et physique qu’il nous a proposé avec Spiritual Unity purifiait réellement et le corps et l’âme des spectateurs, happés par la beauté, convaincus de l’innocence absolue de ceux qui savent se mouvoir dans le refus absolu du morbide. Si des crochets de boucher sont pendus, ils ont la forme d’arbres primitifs et les danseurs y jouent – à leur niveau de grands païens sublimes – à un jeu de cochon pendu qui donne plus envie de rire que de les plaindre. De même, les paroles dites sur l’amour, le rock pointu des chansons jouées en live, et le jeu de se déshabiller et de jeter ses vêtements au public – jamais érotique mais toujours mutin – renouaient avec une enfance sacrée qui semble le berceau de la vie et de la civilisation, par-delà le bien, le mal et toutes les confessions.

Après une heure quarante de grâce pure, le public s’est levé comme un seul homme pour saluer les danseurs de Ultima Vez, les musiciens et un Wim Vandekeybus en nage mais très ému. Chose encore plus rare en Flandres qu’à Paris, le public est resté debout à applaudir à tout rompre pendant plus de 15 minutes. Succéder à Anne Teresa De Keersmaeker et à Sidi Larbi Sherkaoui comme commissaire du festival December Dance n’a pas dû être facile pour Wim Vanderkeybus. Le final d’hier soir a prouvé qu’il a accompli sa mission avec grandeur…

Visuels : photos salle et salut © Yael Hirsch / Visuel officiel © Koen Broos

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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