Cinema

Danse et fiction : Wim Vandekeybus à Côté Court pour la première française de Monkey Sandwich

Danse et fiction : Wim Vandekeybus à Côté Court pour la première française de Monkey Sandwich

12 juin 2013 | PAR Smaranda Olcese

15740monkey-sandwich-monsNous avons encore en mémoire l’intensité physique et la beauté irréelle des films de Wim Vandekeybus, découverts lors de la rétrospective que le festival Côté Court lui consacrait en 2007. C’est le même ciné 104 à Pantin qui accueille en exclusivité, pour sa première française, le dernier opus cinématographique du chorégraphe flamand, après un passage très remarqué à la Mostra de Venise.

 

Il y a quelques mois, Wim Vadekeybus était à Paris sur le plateau du Théâtre de la Ville pour sa dernière création, un Oedipus/bet noir survolté, au bord de la fureur. Le voilà de retour, à Pantin, où la petite mais chaleureuse et vaillante équipe de Côté Court l’invitait à présenter son dernier film, Monkey Sandwich, encore inédit en France. Il faut dire que le festival est devenu, au fil de ses 22 éditions, un lieu de référence dans le paysage du film court, grâce à une programmation exigeante, très sensible aux courants profonds de la création cinématographique contemporaine, redoublée par une salutaire curiosité et une ouverture jamais démentie sur les arts plastiques et performatifs. Le tout est rehaussé par une fidélité rare pour les artistes, qui se traduit par une grande attention et un accompagnement sur la durée.

Ainsi Wim Vandekeybus : en 2007 sa production audiovisuelle déferlait sur les écrans, des pièces transposées pour la caméra aux créations filmiques qui s’éloignaient de leurs origines scéniques pour affirmer leur autonomie ou encore aux réalisations plastiques vouées à prendre part à un spectacle. Monkey Sandwich pourrait s’apparenter à cette dernière catégorie. Le film marque également un moment charnière dans le parcours du chorégraphe flamand. Venu à la danse par le biais de la photographie, découvrant la scène dans les créations radicales de Jan Fabre, avant de se lancer dans la production de pièces il y a vingt ans déjà, Wim Vandekeybus prépare, depuis quelques temps, son premier long métrage, Galloping Mind. Des images ont déjà été tournées au Chili et au Brésil, et des essais ont été faits en Afrique du Sud. Le tournage aura finalement lieu cet été entre la côte roumaine de la Mer Noire et Budapest. En attendant, le chorégraphe aura franchi un cap : la version cinématographique de Monkey Sandwich travaille en direction d’une mise en scène dialoguée.

foto5La fiction s’y déploie impétueusement, portée par des performeurs hors pair, dont plusieurs sont issus du cru Forced Entertainment, infatigables troublions de la scène performative britannique et européenne. Jerry Killick est stupéfiant dans le rôle du metteur en scène visionnaire et emporté, toujours à l’affut de l’expérience ultime où le théâtre rejoint la vie et la dévore. Il pousse ses interprètes dans leurs ultimes retranchements, les confronte à leurs plus profondes peurs, leur demande constamment l’impossible. Avec un humour cinglant, avec une nervosité qui touche immanquablement au plus juste, Wim Vandekeybus construit une mise en abime saisissante du monde du spectacle vivant – égos démesurés, défis, angoisses, échecs, relations de pouvoir poussées jusqu’au délire se répondent dans des jeux de miroirs savamment dressés. Tout est fonction de la bonne distance, nous ressassent les comédiens entrainés dans l’aventure théâtrale qui nourrit la première partie du film. Le chorégraphe–réalisateur a parfaitement intégré cette loi incontournable : il place sa caméra au plus près des visages tordus par des rictus hystériques ou les laisse s’éloigner pour que le cadre s’imprègne pleinement du désarroi qu’ils respirent.

La pulsion fictionnelle semble tout emporter sur son passage, telle cette rivière qui rompt les digues dans un débordement meurtrier concluant la deuxième partie du film. Wim Vandekeybus s’affranchit des règles de la narration classique, puise dans le réservoir intarissable de mythes urbains – le titre de son opus reprend littéralement l’expression néerlandaise qui les désigne, monkey sandwich stories –, et arpente avec aisance les voies tortueuses de l’imaginaire collectif. Toujours le pied à fond sur l’accélérateur, il s’adonne à corps perdu à cette hallucinée chasse aux fantasmes sur laquelle s’ouvre la troisième partie du film. La traque est méthodique, la course impitoyable, cet essai cinématographique se nourrit des performances fabuleuses de ses comédiens, à l’instar des apparitions qui hantent l’écran et finissent par se repaître à même les corps ouverts. Le spectateur perd pied plus d’une fois, plonge dans le flux d’images fortes, parfois débordant de connotations symboliques. Tout comme son protagoniste, le film s’avance sur une glace à l’apparence trompeuse, fragile et pourtant étonnement épaisse, et nous entraine de l’autre côté du miroir.

 

Photos by Pieter-Jan De Pue & Wim Vandekeybus

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Smaranda Olcese

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