Danse

« Aujourd’hui sauvage », les combats sages de Lambert et Gladieux au Centre Pompidou

« Aujourd’hui sauvage », les combats sages de Lambert et Gladieux au Centre Pompidou

07 février 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Aujourd’hui sauvage arrive à Paris après sa création à la Comédie de Clermont. Fabrice Lambert y est bien accueilli : le spectacle se joue au Centre Pompidou dans le cadre à la fois du Festival Faits d’Hiver et de la programmation hors les murs du Théâtre de la Ville

Pas de Fabrice Lambert sans Philippe Gladieux. Et c’est peut être le seul pas de deux danse-lumière à ce point abouti dans la danse contemporaine. On ne sait pas qui fait danser qui. Les oscillations iconiques de Gladieux où les douces violences de Lambert ? Pour Aujourd’hui Sauvage on retrouve le geste intact du duo. Comme dans Jamais Assez qui avait été bien reçu à Avignon (2015),le nouveau spectacle de sa compagnie, l’Expérience Harmaat, joue la carte du beau plus que de la révolution.

Le début est un pur choc qui laissait penser qu’une tentation hypnotique avait saisi le chorégraphe. Aina Alegre, Jérôme Andrieu, Mathieu Burner, Benjamin Colin, Vincent Delétang, Corinne Garcia, Hanna Hedman  et Yannick Hugron marchent.  Ils marchent dans et autour une sculpture monumentale et légère en gaze qui occupe tout le centre du plateau. Les jeux de noirs et de tissus font apparaître et disparaître les interprètes au point qu’il est impossible au commencement de savoir combien ils sont.

Dans Aujourd’hui sauvage, Lambert et Gladieux interrogent le cercle. Cercle symbole de tout : matrice, cirque, arène de luttes tribales. La scénographie va s’augmenter d’une double création sonore : la batterie live de Benjamin Colin et l’électro de Marek Havlicek. Plus tard, le travail vidéo de Yann-Loïc Lambert offrira du repos aux danseurs en projetant des corps en gros plans, nus, qui semblent être des premiers hommes.

Il y a une accumulation ici ( lumière+son+vidéo) qui devrait susciter une explosion. La danse est principalement une course continue dans laquelle des courbes, des sauts et des torsions s’invitent. Ils sont plutôt seuls, chacun pour eux mais parfois, au bord de la chute, ils s’agrippent à un autre.

Mais tout est feutré ici, à l’image du halo presque doré qui enrobe la scène. Est-ce que Lambert cherche la frustration ? On est perpétuellement à l’orée d’un cataclysme qui n’a pas lieu. La pièce reste du côté de la paix et de la beauté, jusqu’à pousser un peu trop loin la contemplation dans un final trop tendre pour nous.

Pour les danseurs, l’exercice est périlleux. Le rythme est très soutenu mais l’intention est pacifique. A cet exercice, l’allure 80 de Yannick Hugron, pantalon rouge et chemise bien fermée jusqu’au col est parfaite. Tout comme ses contrepoints qui l’entraînent en arrière dans un geste très « Keersmaekerien » ! 

Il y a une sensation de nappe douce ici que la batterie étonnamment renforce. Elle est un battement cœur. Lambert signe un spectacle résolument bien fait et très sensible.

Aujourd’hui Sauvage, jusqu’au 9 février à 20h30 au Centre Pompidou

Photo © Jean-Louis Fernandez

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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