Danse
[Festival d’Avignon] Fabrice Lambert, « Jamais assez », une lumineuse beauté posée sur l’abject

[Festival d’Avignon] Fabrice Lambert, « Jamais assez », une lumineuse beauté posée sur l’abject

16 juillet 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour la première fois, le danseur et chorégraphe, également fondateur de l’Expérience Hamaat est au Festival d’Avignon avec Jamais Assez, et il a raison, le beau est une question d’éternité surtout quand il question de  danser le laid.

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Pour cette création nous confiait-il récemment, il souhaitait « travailler avec un groupe de dix danseurs, et se confronter à leur multitude, à leur masse ». L’inspiration a été puisée dans « le documentaire Into Eternity de Michael Madsen ». Les questions qui intéressent Lambert sont la relation à l’énergie et au pouvoir de masse. « Into Eternity nous parle d’un chantier qui se trouve en Finlande, Onkalo, où des travaux seront menés durant 100 ans pour ensevelir des déchets nucléaires pour 100 000 ans. Il questionne la capacité de l’humanité à concevoir son propre avenir, et bouscule nos conceptions du temps et de l’idée d’éternité ».

Et nous voici plongés dans la lumière plastique de Philippe Gladieux,  designer lumière dont la réputation n’est plus à faire. On lui connait notamment les créations d’Yves Noël Genod toujours très léchées.  Ici, il offre à Fabrice Lambert un écrin grandiose. Personne ne pourra oublier le premier tableau de ce spectacle qui montre une chaîne humaine roulant au sol, sur l’illusion d’un tapis d’écume douteuse. Il faudra que les yeux se fassent à l’idée de cette sombre réalité, le temps que les danseurs se montrent.  Lambert impose une grammaire d’une beauté pure qui offre un propos limpide sans aucune figuration, et pourtant on les voit ces meutes de chiens, ces oiseaux à l’ombre trouble. On les comprend ces ondulations de corps propre au pouvoir que brandi la seule danseuse à être en chemise blanche.

On a envie non stop de faire des arrêts sur image tant la chorégraphie est ici gargantuesque. Les courses, les ralentissements, les chutes, les lignes, les portés. Tout concorde à la sensation d’une urgence désabusée.  Le monde ne tourne pas rond au contraire de la danse de Lambert qui dans ses ruptures même apporte une rondeur qui n’est jamais facile, jamais esthétique pour l’être. Ici on peut laisser un corps au sol, tourner le dos et courir les bras levés. On peut danser sans un temps se soucier de l’autre. Les corps sont ici tenté par la folie, l’anarchie mais se résigne à être au monde, quelque qu’il soit, même le pire.

Visuel : Jamais Assez – © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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