Danse
Archée, la cible manquée de Mylène Benoit au Festival d’Avignon

Archée, la cible manquée de Mylène Benoit au Festival d’Avignon

20 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Mylène Benoit, dont nous suivons et aimons tant le travail, s’empare du Cloître des Célestins pour Archée un manifeste féminin qui, malgré des qualités magnifiques, pèche par ses images malheureusement datées.

Entendre les voix des femmes

Au début de la pièce, la démente Marcela Santander martèle le métal pour faire un bouclier rond. Les femmes vont apparaître par le son et par la voix dans cette pièce qui démarre comme un chef-d’œuvre. Et le casting est merveilleux : Célia Gondol, Hanna Hedman, Sophie Lebre, Agnes Potiés, Marcela Santander Corlovàn, Tamar Shelef et Wan-Lun Yu. Elles sont accompagnées de deux musiciennes, la violoncelliste Pénélope Michel et Annabelle Playe qui compose à partir d’instruments électroniques. Elles vont évoluer dans un décor qui prend la forme de structures noires tels des gradins. Mais son agencement et la couleur nous semblent décalés, comme si quelque chose n’était pas à sa place.

Le corps en combat

Le propos d’Archée est puissant : il vient d’un art martial féminin millénaire, le kyudo que Mylène Benoit découvre à Kyoto. Il s’agit pour elle de redonner aux femmes les armes qu’elles ont toujours portées, et de dénoncer toutes les exactions faites aux femmes dans le monde en 2021 : mutilation, féminicide, meurtre des fœtus de sexe féminin et nous en passons. Le projet est donc de mettre le combat en corps.

Mylène Benoit sait très bien chorégraphier les pièces de groupes (Notre danse). Elle sait normalement travailler la lumière avec un talent monstre et elle s’intéresse à la danse-thérapie. On se souvient encore de son Aveuglement absolument éblouissant donné à June Event 2016. En revenant du Japon elle a commencé à penser la question du corps malade, celui qui nous échappe, qui ne répond plus. La Maladresse montrait cela en 2018, avec justement Célia Gondol au plateau. Pour Archée, elle semble convoquer tous les sujets qu’elle maîtrise, mais le tout on le sait est l’ennemi du bien.

Il y a ici un travail très bien mené sur les voix, avec cette idée que oui la voix est un mouvement. Elles se répondent dans l’obscurité à travers le cloître, s’entendent, se reconnaissent et c’est très beau. Et c’est donc le souffle qui va commander la danse, très ancrée vers le sol, très libre, comme si chaque danseuse avait proposé sa phrase.

Garder le rythme

Malheureusement, le spectacle souffre de faux départs permanents, les coupures de rythme, d’allures nous font perdre l’attention. Le travail sur la parole est lui insuffisant et rend, et cela est dommageable, ce qui est dit peu percutant, et pourtant ce qui est dit mériterait d’être vraiment martelé, pas répété, pas mimé, martelé. 

Le climax de la pièce, sa troisième partie, arrive sans que l’on saisisse vraiment pourquoi. Et nous assistons à une scène de body painting très ancrée dans l’esthétique des années 1970. 

On sort de là avec la sensation que pour être une femme, il faut savoir porter un enfant et avoir ses règles. Il faut aussi vivre entre nous, comme si les femmes étaient toutes des alliées. On sort de là surtout avec une sensation étrange, celle d’un manque de cohésion de l’équipe, comme si finalement, le fait que toutes les danseuses parlent des langues différentes soit un frein à la compréhension.

On garde d’Archée sa première partie qui vaut spectacle et qui, elle, est plus féministe, plus engagée que tout le reste. Parfois, parler n’est pas la meilleure option pour dire ce que l’on veut.

Jusqu’au 23 juillet au Cloître des Célestins, 22 heures. Durée 1 h 40.

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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