Danse

Notre danse de Mylène Benoit

Notre danse de Mylène Benoit

12 janvier 2015 | PAR Camille Lucile Clerchon

Notre danse se propose de répondre aux questions suivantes : Quelle danse emporterions nous sur une île déserte? Quel mouvement, quel son pourra nous rassembler, nous représenter collectivement?

 

Notre danse énonce son objectif Nous rêvons de créer une langue, dramaturgique et chorégraphique, une danse sonore, qui viendrait de loin, comme tirée d’un fond commun. Un folklore inédit. Notre danse.
Il faudra se détacher de cette proposition pour apprécier une pièce qui nous embarque dans de lointaines et surprenantes contrées, et accepter un usage de la première personne du pluriel qui n’est pas inclusif.

Sur un plateau nu, une fine équipe apparait, cinq danseurs autour d’un musicien. C’est l’installation au plateau, forcément belle, émouvante, riche de promesses. Un plateau sur lequel se déploient de petites actions que l’on pense ritualisées. Puis, une scène qui marque la pièce, et s’il ne fallait en choisir qu’une, ce serait celle ci : un plateau que l’on masse, doucement, vigoureusement, avec détermination et sensualité : on l’échauffe, on le prépare à accueillir…notre danse.
Mais déjà, dès lors, se dessine une danse de danseurs, et cette scène, aussi réussie qu’elle soit, ne réveille pas les puissances telluriques, qui d’ailleurs ne se réveilleront ici jamais. Cette scène donc, n’éveille qu’un tapis de danse, mais cela est certes déjà beaucoup…

La langue française, contrairement à d’autres langues, ne permet pas de distinguer, hors contexte, le «nous» inclusif du «nous» exclusif. L’ambiguïté du titre de la pièce Notre danse permet donc un léger effet déceptif, en découvrant que, du point de vue du spectateur, il s’agit plutôt de «leur danse».
Chaque danseur esquisse des pas qui sont comme autant de propositions, appuyées par l’effet choral d’un collectif qui regarde, appuie, reproduit parfois les pas. Quelque chose de flottant, d’effleuré, se trouve dans cette danse, comme une image de l’humilité, le refus de la virtuosité, une forme d’honnêteté du geste. C’est là un choix étonnant, pour figurer quelque chose qui «viendrait de loin», une nécessité, que d’éluder toute fulgurance, toute énergie tellurique, toute virtuosité surgies d’un inconscient individuel et/ou collectif. Le geste est un langage codifié, leurs danses sont des récits : récits simples, frais et frondeurs du pécheur défiant le dieu de la mer, des chasseurs de baleines.

Les lumières viennent à la rescousse, une petite dizaine de projecteurs entrent dans la danse et font de cette pièce une expérience véritablement marquante et singulière. Un magnifique travail plastique à partir des couleurs, des intensités et des mouvements vient créer un tournant onirique inattendu et «nous» laisse enfin plus d’espace pour «notre» danse : elles nous laissent enfin une place à notre imaginaire, que les histoires de pécheurs au marché et de chasse à la baleine avaient laissés perplexe… (intéressante sensation néanmoins).
De polyphonies en transmission, les danseurs se laissent de plus en plus habiter par leur danse, qu’eux mêmes peut être avait eu du mal à accepter comme telle. Les lumières continuent de se mouvoir en d’inattendues configurations spatiales et de couleur.
Notre danse nous a surpris, nous (inclusif) artistes et spectateurs, sommes allés ensemble vers d’autres sensations, d’autres couleurs et d’autres horizons.

Vu le 9 janvier au CND
Notre danse de Mylène Benoit sera présenté :
le 2 février au théâtre de Vanves ( festival ArtDanThé)
le 19 avril (version augmentée) à la Gaîté Lyrique
le 16 juin à la Scène conventionnée d’Armentières ( festival Latitudes Contemporaines)

Mylène Benoit présente également le cycle Danses Augmentées (http://toutelaculture.com/spectacles/danse/mylene-benoit-augmente-la-danse-a-la-gaite-lyrique/) à la Gaîté Lyrique, jusqu’en juin 2015.
Programme complet : http://gaite-lyrique.net/danse/les-danses-augmentees

Visuel : ©Delphine Lermite

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