Comédie musicale

L’interview de Michel Legrand

L’interview de Michel Legrand

28 septembre 2017 | PAR Antoine Couder

À l’occasion du 50e anniversaire des «Demoiselles de Rochefort», le compositeur Michel Legrand présente pour la première fois sur scène La Suite Orchestrale du célèbre  film de Jacques Demy au Grand Rex lors de deux représentations, les 30 septembre et 1er octobre 2017.

Que retenez-vous de vos années d’arrangeur?

J’ai adoré, comme à peu près tout ce que j’ai fait! C’est un travail très subtil pour lequel l’instinct est primordial. Il s’agit de mettre de l’ordre dans le désordre, ça tient à pas grand-chose…

Pourquoi avez-vous arrêté ?
Je me suis lassé d’un coup. Pendant un an, je n’ai pas travaillé et puis est venue la nouvelle vague, une autre aventure.

Un souvenir de Jean-Luc Godard?
Il est encore lié à mon goût du changement. Lorsque j’ai voulu partir aux États-Unis, Godard m’a demandé de rester. «Je fais un film, je veux que tu fasses la musique, reste!». J’ai fini par céder. «Je fais ta musique et je m’en vais». Le soir de la première, je crois que c’était «Vivre sa vie», je regarde défiler le générique et là, en énorme, plein cadre : «Et pour la dernière fois en France, une musique de Michel Legrand»… Ahaha ! Il est redoutable.

Comment vous y prenez-vous pour composer une musique de film?
Je demande une copie du film du premier montage et je regarde jusqu’au moment où ça fait tilt. Je suis long à démarrer, mais ensuite je vais très vite…

Des exceptions?
Une seule : «l’affaire Thomas Crown» (Norman Jewison, 1968). Le film était en montage, entre les mains d’Hal Ashby, il faisait 5 heures… Tout le monde était catastrophé. «On ne sait pas par quel bout le prendre», disait Hal. Et là j’ai eu une illumination : «laissez-moi composer d’abord et vous monterez en suivant la musique». Chose incroyable, ils ont accepté. J’ai fait ça en 6 semaines avant que l’on monte ensemble le film. Une sacrée rigolade.

Qu’avez-vous pensé de «Lalaland»?
Le film m’a vraiment touché évidemment. Damien Chazelle est venu me voir pour me le présenter et m’expliquer qu’il l’avait pour moi. «J’ai vu 33 fois « les parapluies », je pouvais plus tenir, j’avais besoin de vous faire ce cadeau». C’était incroyablement  émouvant.

Mais qu’est-ce qui a fait que vous n’ayez pas suivi la voie académique?
Lorsque j’ai quitté le conservatoire, celui qui régnait sur la musique était Pierre Boulez et il m’a éjecté de l’Institution. C’est incroyable quand on y pense… Je peux comprendre qu’il fasse de la recherche, mais qu’il se targue d’incarner à lui seul la musique française c’est quand même un peu fort. Alors ce qui est fou, c’est qu’aujourd’hui encore, ça continue. Le directeur de la Philarmonie de Paris qui est un boulézien pur sucre a fait savoir qu’il ne me voulait pas chez lui. «Legrand non, ce n’est pas un musicien de philharmonie, dit-il… il fait du jazz, il chante» Oui tout à fait, je chante et d’ailleurs j’adore chanter avec un orchestre, c’est l’un de mes plus grands plaisirs dans la vie !

Donc, pas de Philarmonie !
Si! Peut-être que ce monsieur n’est pas au courant, mais j’y serai une semaine l’année prochaine. Maintenant que Boulez n’est plus là, eh bien je peux jouer de la musique symphonique.

(recueillis par Antoine Couder)

Visuel : Wikipedia

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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