Cirque
[Paris Quartier d’Ete] « Sans objet » d’Aurélien Bory rouages d’une mécanique onirique

[Paris Quartier d’Ete] « Sans objet » d’Aurélien Bory rouages d’une mécanique onirique

17 juillet 2015 | PAR Araso

Après « Plexus », créée au Théâtre des Abbesses à Paris en janvier 2014 et reprise dans le même lieu un an plus tard, le metteur en scène Aurélien Bory revient avec une oeuvre pour un robot et deux danseurs-acrobates au Théâtre de la Cité Internationale. Une création physique qui explore la question de la modernité au travers de la relation homme-machine avec humour, poésie et puissance visuelle.

5_Sans_objet_SOBC20077_©Aglae_Bory

Jamais objet n’est apparu plus incarné. Poumon qui respire, femme alanguie, oiseau au bec effilé. Cet alien organique qui se meut sous son enveloppe synthétique suscite tant d’empathie que l’arrivée de l’homme sur cette planète échouée vient rompre le charme, dérange, irrite. Avant même de l’appréhender, l’homme s’attèle à lui arracher sa chair, s’en empare, s’y engouffre. Mal dans cette peau qui ne lui va pas, il se débat d’une manière grotesque, dépassé par cette technologie qui finit par l’enfermer dans une boîte, réduisant son espace vital aux limites de l’étouffement avant de le tétaniser totalement: troublante allégorie du monde moderne.

« Sans Objet » est une performance visuelle époustouflante, portée par deux interprètes qui donnent tout, se mettent en risque, et par son protagoniste: le robot. Aurélien Bory fait ce bras mécanique issu d’une chaine de montage reconverti en acteur un personnage attachant, drôle, émouvant, qui nous livre sa propre vision de l’humanité. A travers son prisme, les deux hommes changent de visage et deviennent tantôt des peintures de Francis Bacon, tantôt des pantins désarticulé entre ses mains d’acier. Leur parcours initiatique en terre inconnue passe du désir brutal de possession à celui d’apprivoiser, art devenu presque étranger à notre civilisation. Dès lors, ils passent successivement par des étapes de danse fébrile, d’harmonie, de transe avant que la bête ne les engloutisse et les digère en une pluie d’étoiles.

LE METTEUR EN SCENE DE L’ORGANIQUE

Après « Plexus », fable onirique dans une cage de tiges de fer imaginée pour la chorégraphe et danseuse japonaise Kaori Ito, Aurélien Bory poursuit son travail d’orfèvrerie de la scénographie avec « Sans Objet ». Inspiré par le cirque, formé à l’architecture et aux techniques de l’objet, il confirme son statut de virtuose des matériaux. Il en accentue les craquements et les articulations en plaçants des micros aux points de flexion, leur donnant cette dimension organique doublée d’une bande son à fortes vibrations. Dès lors, ils deviennent la matière vivante qu’il façonne à son image, nourrie d’un terreau de créativité débordante. « Sans objet » est inspiré de ces films de science fiction à l’esthétique métallique et aux aliens humanoïdes, avec 2001 l’Odysée de l’Espace en toile de fond, et le rapport de domination entre l’homme et la machine, le créateur et la créature.

Une expérience à vivre jusqu’au 2 août au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre du festival Paris Quartier d’Eté.

Araso

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