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circusnext, les pépites du cirque émergent

circusnext, les pépites du cirque émergent

07 octobre 2021 | PAR Mathieu Dochtermann

Du 30 septembre au 2 octobre, circusnext, le label européen du cirque émergent, organisait une série de présentations de projets lauréats au Théâtre de la Cité Universitaire. L’occasion de découvrir quelques-uns des spectacles les plus singuliers et les plus intéressant des saisons à venir.

Circus Next 2021, Inbal Ben Haim,

Accueillir les projets de jeunes artistes de cirque ou apparentés, miser sur leur développement alors que leurs dossiers sont embryonnaires, choisir d’en accompagner 6 sur les plus de 120 candidatures reçues, voilà une gageure ! A ce jeu, la prise de risque est certaine. C’est à ce prix qu’on voit apparaître, parfois, de véritables pépites, singulières et fascinantes. La cuvée des candidat.e.s 2020-2021 ne fait certes pas exception à la règle. On y retrouve une très nette ambition plastique : s’il y a bien un fil rouge qui relie les propositions, c’est de faire de très larges incursions sur le terrain de la performance et des arts plastiques. revue des bonnes trouvailles.

PLI, Inbal Ben Hail

On retiendra tout particulièrement parmi les spectacles vus (on n’a pu assister aux présentations d’Elena Zanzu ni d’EDO Cirque) le spectacle PLI d’Inbal Ben Haim, assistée des plasticiens et chercheurs Alexis Mérat et Domitille Martin. On ne dira pas même qu’il s’agit d’un projet, tant la proposition est aboutie, bien que les intéressés entendent sans nul doute polir certains derniers détails perceptibles d’eux seuls. Le programme présente la discipline comme étant de la corde lisse en papier – mais, à bien considérer ce qu’on a là sous les yeux, il s’agit de beaucoup plus. Effectivement, une recherche fertile autant qu’étonnante a mené les artistes à concevoir des agrès de papier, et Inbal Ben Haim les utilise pour monter jusqu’aux cintres, et c’est déjà renversant de voir comment le matériau supporte son poids alors qu’elle évolue par des mouvements lents et sûrs à 6 ou 8 mètres du plateau. Il faut surtout souligner la recherche plastique menée : comme le théâtre de papier exploite les possibilités de cette matière, ses effets de transparence, sa malléabilité, sa capacité à garder la trace des pliages et des froissages, sa fragilité quand il se déchire, son expressivité sonore quand on le manipule, PLI se saisit de son matériau pour en tirer des effets poétiques et esthétiques. Et cela fonctionne tellement parfaitement qu’on se demande si on n’assiste pas là à la naissance d’une nouvelle discipline, qu’on appellerait le cirque de papier. La tension née de l’emploi de ce medium renouvelle l’intérêt des évolutions aériennes. Et la composition visuelle est absolument somptueuse. La mise en lumière est extrêmement soignée, la musique parfaitement dosée. C’est, sans le moindre doute, l’un des spectacles les plus prometteurs de la saison.

Le poids de l’âme – tout est provisoire, Chiara Marchese

Encore inabouti mais à suivre de près, le projet de Chiara Marchese mérite aussi qu’on s’y attarde. La circassienne est spécialiste du fil mou, mais elle déjoue largement les attentes en proposant une œuvre performative, très visuelle, très plastique, qui emploie largement un univers emprunté à la marionnette. Il s’agit ici de suivre un personnage dont on comprend qu’il vit une autre réalité, égaré qu’il est au milieu de ses fragilités, d’un rapport au monde fissuré. Il s’agit de parler ici de déséquilibre, peut-être psychique, peut-être aussi des signes et représentations, sans doute aussi de la scène. Des fils, il y en a plein, tirés en tous sens sur le plateau, mais Chiara Marchese ne s’aventure presque pas dessus. L’essentiel de la proposition la met en jeu dans un rapport complexe à un pantin fait lui-même de fils, dont la construction en creux permet de l’habiter. C’est un partenaire de jeu autant qu’un double du personnage, qui est à la fois Chiara et une autre que Chiara. Une sorte de marionnette alors, mais qui est moins animée qu’elle n’est bougée, comme un objet faisant signe plus que comme un personnage à part entière. En l’état, le spectacle a encore besoin de trouver une écriture dramaturgique plus resserrée, pour gagner en tension et en lisibilité des enjeux, mais c’est une proposition très singulière, vraiment forte dans l’univers qu’elle propose. A suivre.

China Series, Julian Vogel

Autre œuvre digne d’attention, China Series de Julian Vogel se présente comme une série de performances et d’installations, déclinées en 18 tableaux. L’artiste part du diabolo, et le marie aux matières céramiques. L’usage de la porcelaine crée une autre dimension autour de l’objet, qui devient fragile, cassant, lourd aussi. Cela renouvelle les manipulations possibles en même temps que s’ouvre un monde de possibilités en termes plastiques. De fait, Julian plante alentour des installations mettant en scène les objets-diabolos qu’il fabrique lui-même, le mouvement de rotation, le changement de perspectives. C’est intéressant, parfois très beau, en tous cas on y trouve une approche qui renouvelle une discipline qui attendait un peu qu’on lui trouve un nouveau souffle. A découvrir.

Visuel : (c) Milan Szypura

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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