Musique

Yom, le silence de l’Exode : rhapsodie de la Mer rouge

16 novembre 2012 | PAR Hassina Mechaï

C’était le jour de Yom; le jour où, au cœur de la Synagogue de la rue Copernic, Yom allait présenter une pièce entière d’une heure de musique ininterrompue. Dans la beauté austère de la salle de prière, dans une pénombre bienvenue, on a assisté au dévoilement d’une composition originale dont la note finale a plané longtemps après dans notre tête.

Le concert de Yom s’est inscrit dans le cadre du Festival Jazz’n Klezmer  qui se déroule du 12 au 27 novembre 2012. Festival qui met à l’honneur tous les ans cette si belle musique qui mêle questionnement yiddish, humour juif, lamentos tziganes, joyeusetés hassidiques. Une musique souvent jouée aux seuls violons et clarinettes, instruments si faciles à transporter, dans la menace constante de la persécution, de la fuite et de l’exil comme horizon indépassable. Le Klezmer, c’est la Mitteleuropa juive, celle des shtetls, des hassidim, celle de cette communauté juive décimée lors de la seconde guerre mondiale et qu’ont si bien décrite les frères Singer.

Et de cette musique, âme de tout un peuple, Yom en est le rejeton sautillant et original. Jeune pousse brillante qui a commencé la clarinette à l’âge de 5 ans, s’est ennuyé parfois dans le marbre figé de la musique classique et a trouvé sa voix dans cette musique si vivante. Heureux Yom qui a si bien saisi l’esprit de cette musique ironique, facétieuse et tragique qu’il s’est longtemps produit sur scène, en costume de super mensch, accompagné de ses acolytes musiciens les Wonder rabbis. Son Klezmer électrique et électrisant, parfois un peu électronique, un eu hardcor, un peu post-disco, Yom l’a métissé, le forçant un peu parfois à des mariages surprenants mais toujours fertiles.

Fourmillant de projets originaux, il explore tous les aspects de cet axe gitan dans lequel baigne le Klezmer. En effet rarement une musique, pourtant si liée au Yiddish land, a porté en elle les influences diverses, vent d’exil qui a soufflé d’Est en Ouest : splendeurs du Rajasthan, volutes du Bosphore, merveille d’Ispahan, orgueil des Balkans, âge d’or de l’Andalousie. Route de la soie musicale que Yom n’a de cesse d’interroger et de faire revivre.

Le silence de l’exode effectue le chemin inverse, repart de cet ouest yiddish pour retourner vers les rives de la mer rouge. Accompagné de ses formidables musiciens, Bijan Chemirani aux percussions iraniennes, Farid D au violoncelle et Claude Tchamitchian à la contrebasse, Yom revisite l’Exode. Et là dépouillement volontaire, Yom est dans l’épuration, le « désornement », comme s’il voulait revenir à la source unique de cette musique…les rives de la mer de Joncs.

Avec le silence de l’exode, Yom nous fait voyager dans l’histoire des pérégrinations du peuple hébreu : la fuite d’Egypte, la peur devant la Mer rouge qui finit par s’ouvrir, les 40 années d’errance du peuple apeuré dans le désert du Sinaï: des centaines de milliers d’hommes dans ce désert libérateur, loin du Nil fertile et oppresseur. Une traversée hypnotique que la composition originale de Yom a si bien rendue. Le rythme lancinant de la marche en avant est rendu avec une justesse parfaite par la contrebasse, les percussions et le violoncelle. Sur cette marche forcée vers le Jourdain des fils de Jacob, Yom soliloque à l’aide de  2 clarinettes différentes, l’une classique, et l’autre en sol qui appose à la pièce musicale un son oriental plus chaud, plus grave aussi, sinueux, volutes musicales bleutées.

Et dans cette montée en puissance de sa musique, affleure l’éternel questionnement. Le doute de Moïse, la peur de tout un peuple qui erre dans le silence de la nature et dans le silence de Dieu. La peur, la tristesse, la joie parfois, le remord, la folie d’une foi, l’espoir ressortent avec des images musicales saisissantes. Sans un mot aucun, Yom nous fait vivre la puissance d’un mythe, d’une folie, d’une foi.

Une grande suite donc, composée de différents points de chute. Des Notes tenues, ténues, mais jamais de silence, comme pour combler le silence assourdissant de Dieu dans le Sinaï…Souffle aussi, celui de Moïse, celui d’Aaron, celui d’un peuple entier entre les rivages de la mer rouge et ceux du Jourdain.

De cette pièce unique, devrait sortir un album. On ne sait quand, Yom prévoyant de sortir un autre album en septembre prochain. Mais la vérité est qu’il nous tarde que ce Silence de l’Exode soit enfin audible à tous…

Festival Jazz’n Klezmer qui se déroule du 12 au 27 novembre 2012.

Podcast du concert de Yom sur TSF Jazz.

© Framboise Estéban

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Hassina Mechaï

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