Musique
Yaron Herman, jazz axiomatique et algo-rythmes.

Yaron Herman, jazz axiomatique et algo-rythmes.

30 octobre 2012 | PAR Hassina Mechaï

Il est des concerts comme ça où on se frotte les yeux d’admiration et on tend l’oreille pour recueillir précieusement chaque note, chaque envolée. Il est de ces musiciens qui sont si simples dans la tranquille évidence de leur talent que c’en est étonnant. Le concert donné par le Yaron Herman Quintet au Trianon ce 29 octobre a été de ceux-là. Un feu d’artifice de virtuosités, d’improvisation et de jazz lumineux et vivant…Dans le brocard rouge et les lambris dorés de cette belle salle parisienne, le pianiste israélien présentait son nouvel album «Alter Ego «  auquel cinq rappels et autant de standing ovations ont donné la mesure de l’accueil d’un public conquis.

Et pourtant Yaron Herman est dans l’univers du jazz une espèce de Maverick assumé. D’abord par ses débuts dans l’apprentissage du piano, à l’âge déjà vénérable de 16 ans, et sous l’égide d’un professeur, Opher Brayer, dont l’enseignement est moins basé sur le solfège aride que sur la philosophie, les mathématiques et la psychologie. Maverick également dans son refus de l’académisme musical puisqu’il trouvera sa route de compositeur en désertant les bancs de la célèbre mais trop classique Berklee College of Music de Boston pour mieux investir le squat d’artistes foutraques et inspirant de la rue de Rivoli à Paris.

Donc Yaron Herman ferait du jazz en mathématicien. Et ce soir-là, l’équation était simple mais avec plusieurs probabilités : une addition de 6 musiciens, une soustraction des egos, une multiplication des talents ( !) et une seule inconnue : la place de l’improvisation. 6 musiciens donc qu’il faut nommer tant chacun a donné sur scène, ensemble ou séparément, des moments de pure virtuosité.

D’abord en ouverture, le morceau Mojo, groove scandé mêlant le saxophone d’Emile Parisien et les cordes du contrebassiste Stéphane Kerecki. Le batteur israélien Ziv Ravitz, la tête constamment levée, comme si ses mains étaient indépendantes de lui, créait une rythmique précise et souple à la fois, toute coltranienne. Certains morceaux mêleront aussi le sax soprano d’Emile Parisien au sax alto de Logan Richardson, dialogue et monologue alterné, l’une affirmée et claire, l’autre plus en retrait et comme plus fragile aussi. Et au milieu, parfois se mêlait aussi le son aigu et sinueux de la trompette du New-Yorkais Avishaï Cohen. Dans cette lave musicale en fusion, Yaron Herman arpégeait sur son piano, menant, devançant, concluant, chef d’orchestre informel et attentif.

De longues plages d’improvisation seront généreusement offertes à chacun des 6 musicien, parfois aussi des duos, des trios, puis en quartet, à l’infini des possibilités de la musique. Beaucoup de fulgurances, mais aussi de mélodies nuancées jusqu’à la trame essentielle et fondatrice. De l’humilité aussi dans la qualité d’écoute respectueuse et admirative qu’a montrée chacun des musiciens lors des solos. Ce soir-là, l’inconnue  qu’a été l’improvisation n’avait pas besoin d’être réduite…seule importait sa présence irrésolue qui étirait à l’infini les possibilités musicales. Variable d’ajustement propice, l’improvisation a sonné avec justesse…

Voilà pour les mathématiques. Mais on dit aussi que la philosophie et la psychologie ont inspiré l’apprentissage de Yaron Herman. Nulle indication de son école de pensée mais quelques indices affleuraient dans le jeu du pianiste israélien. D’abord la joie simple, joie de jouer traduite par les grands sourires adressés à ses co-équipiers et à au public. Méticulosité aussi, visible dans cette façon de se pencher à l’extrême sur les touches du piano (bon sa grande taille n’aide pas non plus) et dans les gestes et signes qui canalisaient les plages d’improvisation. Mais aussi refus du formalisme, repérable dans sa façon de pincer, de faire crisser directement et de façon peu orthodoxe les cordes du piano afin d’obtenir un son mat. Yaron Herman semblait vouloir inscrire sa musique dans l’instant, dans la vérité du moment tout en espérant effleurer au plus près l’éternité. Quête impossible mais où le chemin est souvent plus intéressant que la destination. Cela Yaron Herman semble l’avoir compris…Ô jazz suspend ton vol…

Yaron Herman Alter Ego, chez Act

Concert prévu entre autres le 9 novembre, Théâtre Romain Rolland, Villejuif.

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Hassina Mechaï

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