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[Live report] Manu Delago au New Morning

[Live report] Manu Delago au New Morning

12 mai 2015 | PAR Bastien Stisi

L’allure de monsieur tout le monde (l’alliance, stylistiquement contestable, de la chemisette et de la cravate jaune), et la posture d’un bâtisseur de mondes : Manu Delago, entouré par un trio de musiciens, présentait hier soir au New Morning parisien son deuxième album Silver Kobalt.

Le nom évoque le Sud, et les terres chaudes et sèches de l’Amérique Latine. Le son, lui, évoque plutôt le Nord, et les foisonnantes contrées scandinaves, là où au milieu des falaises enneigées, une multitude de groupes (Sigur Rós, Samaris, Orka, Sóley, Björk, qu’il a d’ailleurs accompagné lors de la tournée de Biophilia) construisent depuis des années une beauté pure et compliquée. Manu Delago, malgré ces apparences trompeuses, vient en réalité de la région du Tyrol, ce land autrichien dont la plus grande partie s’étale sur la gigantesque chaîne alpine.

Alors, on ne sait si c’est le fait d’avoir grandi à des altitudes aussi hautes qui a rendu les compositions de Manu Delago, et par filiation son live d’hier soir au New Morning, aussi hautement perchés. Car cet Autrichien trentenaire, on l’a compris lors de la sortie de son dernier album Silver Kobalt chez Tru Thoughts, est le joueur de Hang le plus reconnu du Monde, délicat instrument ovale de musique acoustique percussif et métallique inventé en Suisse au début des années 2000. Et si on a du mal à mesurer l’état de la concurrence dans ce domaine, force est de noter le très beau rendu d’un live qui s’avérera superbe et saisissant, pointu et poignant, salutaire et bipolaire.

Sur scène, Manu Delago s’entoure donc d’une trinité de Huang, qu’il tape, caresse et agresse avec la paume de la main, avec le bord des doigts, avec des baguettes percussives qu’il posera, un peu plus tard, sur les éléments d’une batterie (plus jeune, il était batteur dans des groupes locaux) qui amèneront le tonnerre là où il n’y avait jusqu’alors que douceurs et mélancolies pas trop amères. Lorsque l’on ne pense pas à Björk et aux émules scandinaves, on pense à Aufgang, à Massive Attack, à Yan Tiersen, au Chapelier Fou. Mais pas trop longtemps : car sur scène, une multitude de formes cubiques bleues s’étalent jusqu’à l’espace merchandising, et captent l’attention dès lors que les beats électro prennent le pas sur instruments percussifs curieusement tribaux. L’entracte d’un quart d’heure, imposée après une quarantaine de minutes de set, ne viendra pour sa part pas troubler la belle harmonie véhiculée ici.

Autour de Delago, et autour de ces sons inédits que savent transcrire dans l’air les notes aqueuses et volatiles du Huang, on ne trouve pas de cor des Alpes (dans l’imagerie collective, c’est l’instrument intimement lié au Tyrol), mais un violon, un clavier, une voix féminine gracieuse et envoutée (celle d’Isa Kurz) une flûte, une batterie, un basson, et des machines convoquant parfois des beats saccadés et vaporeux, le tout orchestré par trois musiciens qui donneront au tout, et malgré une sobriété sans apparat l’apparence d’un véritable groupe live capable de donner aux éléments pensés en studio une énergie nouvelle, et tout à fait inédite.

Visuels : (c) BS

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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