Fictions

« Nous » : David Nicholls, habile funambule sur le fil de la comédie et de l’émotion

« Nous » : David Nicholls, habile funambule sur le fil de la comédie et de l’émotion

11 mai 2015 | PAR Audrey Chaix

Un beau jour, la femme de Douglas le réveille au beau milieu de la nuit : elle n’est plus sûre de l’aimer, et elle envisage de le quitter. Douglas est effondré. D’autant plus que Connie tient malgré tout à mener à bien le grand projet familial de vacances : emmener leur fils de 17 ans, Albie, visiter les grandes villes culturelles d’Europe, de Paris à Naples en passant par Amsterdam, Munich, Venise, Florence, Sienne, Rome … Bien malgré lui, Douglas finit par céder : peut-être de Grand Tour ravivera-t-il la flamme qui semble s’être éteinte entre lui et Connie. Et peut-être permettra-t-il de créer un lien avec son fils, dont il n’est pas vraiment proche. 179 courts chapitres alternent la narration par Douglas tour à tour de son histoire avec Connie, et des vacances en famille – qui ne tournent pas nécessairement comme elles étaient prévues …

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David Nicholls nous avait laissé avec Un Jour, son meilleur opus jusque-là, une histoire d’amour douce amère qui retrouvait ses deux protagonistes tous les 15 juillet tout au long des vingt ans de leur histoire. Avec Nous, il renoue avec ce qui faisait la qualité d’Un Jour : un rythme soutenu, des scènes de comédie bien senties, et surtout, une indéfinissable mélancolie qui ne sombre jamais dans le mélo. Plus encore dans Nous que dans Un Jour, où le drame est celui d’un couple qui, après vingt-cinq ans de vie commune, se réveille tout simplement un beau matin en se rendant compte que la flamme n’y est plus. Une histoire de héros ordinaires, qui rappelleront sûrement des instants vécus à chaque lecteur.

Car David Nicholls brosse ici le portrait de trois personnages aussi réussis les uns que les autres. Il y a le narrateur, Douglas, un homme parvenu à la cinquantaine en ayant concédé quelques entorses à ses idéaux pour garantir à sa famille une stabilité financière rassurante. Sauf qu’en voulant faire bien auprès de son fils, qu’il aime sans savoir comment l’exprimer, il s’emmêle dans les gaffes et dans les faux pas, se rendant compte toujours trop tard de ses erreurs. Albie, le fils, est l’adolescent grincheux et rebelle dans toute sa splendeur. Cheveux gras, smartphone greffé aux doigts, rêvant d’une vie d’artiste et allergique à toute contrainte, il est presque trop cliché pour être vraiment crédible. Sauf que Nicholls le pare de jolies faiblesses qui transparaissent au détour d’une phrase, le rendant finalement plus touchant que véritablement agaçant. Pour compléter le tableau, la mère, Connie, une ancienne artiste bohème repentie, très proche de son fils, beaucoup moins de son mari dont on comprend vite que c’est elle qui s’en est éloignée, plus que l’inverse. Une famille bancale, somme toute, pleine d’amour inexprimé et d’agacement facile – une famille qui pourrait être n’importe quelle famille.

Pour raconter l’éclatement, somme toute banal, de cette famille ordinaire, Nicholls a choisi de les mettre dans une situation à risque : tous les trois, ils partent faire le tour de l’Europe ensemble, suivant les pas des jeunes garçons issus de la bonne société qui faisaient leur Grand Tour avant d’entrer dans le grand monde. Fatigue, proximité … les petits défauts des uns ont tôt fait d’exaspérer les autres, et le cocktail est détonant, jusqu’à ce que tout ce petit monde implose. Le Grand Tour sort alors de ses rails pour emmener Douglas – et le lecteur ! hors des sentiers battus. En contrepoint, la dissection de l’histoire d’amour entre Douglas et Connie offre un beau miroir réfléchissant à la fin de leur mariage, de bonheur en coup dur, souvent drôle, parfois très émouvant.

Malgré ses presque 500 pages, Nous se lit vite, d’une part parce que l’écriture est fluide et enlevée, mais surtout parce que l’on se prend très vite à suivre les tribulations de la famille Petersen sur le Vieux Continent. Dès les premières pages, le lecteur est happé par la voix de Douglas, pour qui l’on ressent très vite beaucoup de tendresse. Une très bonne lecture de vacances, ou bien à prendre avec soi dans les transports en commun !

Nous, de David Nicholls. Traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois. Éditions Belfond. Paru en avril 2015. 477 p. Prix : 22 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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