Musique

André Wilms enflamme les Bouffes du Nord dans la peau de Max Black d’Heiner Goebbels

André Wilms enflamme les Bouffes du Nord dans la peau de Max Black d’Heiner Goebbels

16 février 2012 | PAR Bérénice Clerc

 


André Wilms brille, il brule les mots, les sons, la lumière et éclate sans artifice aux Bouffes du Nord dans la peau de Max Black personnage indescriptible du spectacle d’ Heiner Goebbels.

La Chapelle paris 10e, un morceau d’Inde et de couleurs éclatantes sous un léger crachin parisien, 15 février la foule est dense et multiple à l’entrée des Bouffes du Nord.

Les portes s’ouvrent, parterre, corbeille, balcon, cour, jardin tout le monde se presse pour rejoindre sa place. André Wilms est là seul en scène, il marmonne, marmotte, balbutie, babille, des formules mathématiques sur le placement des spectateurs, leur fait signe, leur parle sans vraiment entrer en contact avec eux. Le silence est quasi total, l’espace des Bouffes du nord attire, happe le regard comme toujours et comme jamais tant la scénographie est captivante.

Un bric à brac, un atelier d’artiste, une grotte pour savant, un garage pour créateur, un loft artistique, un hangar fantaisiste, des tables, une chaise à roulettes, une cafetière italienne, un tourne disque, un vélo, un sol de métal, un piano, des aquariums ou boîtes de verre suspendues, un animal empaillé, des fioles, un synthé, des machineries, un rideau de fer, une centrale électrique, des lampes, un lieu comme une invitation au voyage où l’art peut être total.

Bijoux sensationnels, entre installation d’art plastique, musique contemporaine et promenade au cœur de la matière cérébrale et de l’abstraction mathématique pour le plaisir des spectateurs heureux et chanceux de vivre ce moment de poésie.

Comme Einstein enfant, Max Black répète des formules mathématiques en boucle,  réitère, recommence, ré expérimente le réel. Max black est un personnage mais il a réellement existé, né russe et juif en 1909 à Bakou, mort à Ithaca aux États-Unis en 1988, fut un enfant prodige doué pour les mathématiques comme pour le violon, le piano. Il choisit l’expérimentation mathématique et philosophique sans jamais lâcher son violon…

Heiner Goebbels est lui allemand, né en 52 il est musicien et invente dans les années 90 un théâtre musical précis, obsessionnel, sophistiqué et extrêmement léger et ludique à la fois.

Il y a 14 ans, il crée ce spectacle dans le superbe théâtre Vidy à Lausanne, le fond et la forme sont toujours d’une modernité absolue et les Bouffes du Nord un abris fantastique pour les virtuosités d’André Wilms.

Résumer ce spectacle serait chose vaine tant la performance est multiple.

Une ode à la réflexion, une poésie miraculeuse où le spectateur accepte de se perdre, de s’envoler sur le lit des précisions mathématiques et sonores des machines électroniques d’André Wilms et Heiner Goebbels.

La performance de l’acteur est grande, la concentration est immense, jamais le spectateur ne lâche, il rit redevient un enfant sous les flammes roses, les feux d’artifice, la fumée ronde, les boucles sonores et les fantaisies d’André Wilms à la voix de Stentor.

Les objets deviennent musique, les flammes Prométhéennes envahissent le plateau, la matière se fait sonore, les lumières dessinent l’espace de la scène, une rythmique endiablée et fascinante envahit chacun des spectateurs avides d’expériences de visions nouvelles.

Quel bonheur d’assister à un spectacle sans pareil, réjouissant, léger, puissant, pensé, mâché, digéré, habité, transcendé ou chaque morceau de l’art à sa place.

André Wilms, Ludwig Wittgenstein, Paul Valéry, Georg Christoph Lichtenberg et Max Black se sont donnés rendez-vous au pays où Claude Lévêque, Pierre Huyghe, Pierre-Henry, James Turell, Pierre Boulez, Annette Messager, Wiliam Kentridge, Bill Viola, Lautréamont, Louise Bourgeois, Loris Gréaud, Chiharu Shiota, Valère Novarina, Christian Boltanski, Giuseppe Penone, Anish Kapoor, Gustave Malher, Tadashi Kawamata, Albert Einstein, Arnulf Reiner, Rebecca Horn et tous leurs semblables sont rois.

Retour au pays de l’enfance, la malice, le désir de vivre, de savoir, de comprendre, le monde en répétition en découverte permanente.

Le son comme repère, l’objet comme accroche, l’image comme symbole à réinventer, génie amuseur et amusé André Wilms danse sur la partition, virtuose happé par l’espace, bousculé par les notes, hanté par les mots.

Son parcours invente et réinvente le jeu, dessine et rectifie la matière des objets au sens annulé à la fonction détournée pour mieux faire vriller le monde, alerter les zone de Broca et chatouiller notre esprit souvent gelé.

Une réussite totale jusqu’à la chute finale. Les spectateurs exultent, les bravos fusent, les mains claquent dans une osmose absolue, André Wilms est épuisé, il sourit, joyeux de cette aventure partagée, touché par la foule amoureuse de cette folie salvatrice comme seul les artistes savent l’apprivoiser.

Un voyage à faire d’urgence avant le 19 Février aux Bouffes du Nord.

 

Photos : © Mario Del Curto

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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