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Shy’m enlève le masque dans Agapé [Interview]

Shy’m enlève le masque dans Agapé [Interview]

26 avril 2019 | PAR Kevin Sonsa-Kini

Tamara Marthe alias Shy’m présente Agapé, un album où elle revient au style musical de ses débuts. Elle est accompagnée d’une nouvelle pépite d’artistes et d’un nouveau réalisateur. Dans cet opus, Shy’m se dévoile comme jamais et enlève son masque. La chanteuse sera en concert au Dôme de Paris – Palais des Sports le samedi 22 juin prochain. Toute la culture a eu l’honneur de la rencontrer au restaurant Pile ou Face de Paris. 

Propos recueillis par Kevin Sonsa-Kini

Toute la culture: Vous sortez votre 7e album studio « Agapé ». Pourquoi ce titre et que signifie « Agapé » ? 

Shy’m: « Agapé » est un terme grec qui signifie « amour ». C’est l’amour pure, absolu, désintéressé. C’est le fil conducteur de tout l’album. En six albums, on se dit qu’on a un peu fait le tour des choses et finalement c’est la première fois que je rentre autant dans le détail de ma vie intime. 

Cet album est réalisé par Tefa. Vous y reprenez le style musical de vos débuts notamment à l’époque de « Femme de couleur » qui remonte à 2006…

Oui effectivement. C’était une envie de revenir à mes premièrs amours, mes premières couleurs. Cela coordonnait aussi avec ce que j’aime écouter aujourd’hui. J’ai voulu aussi collaborer avec des artistes qui évoluent dans un univers urbain. Je pense à Youssoupha, Jok’Air, Kayna Samet que j’ai écouté toute ma jeunesse. C’est via ces collaborations là que l’album a une couleur plus rap. 

-En quoi ces collaborations ont aidé à vous et à l’album ? 

En tout finalement. J’avais une excitation de retourner en studio, de repartir sur une nouvelle aventure et de me mettre dans une zone d’inconfort. D’où cette collaboration avec Tefa. Dans mes six derniers albums, j’étais restée dans la même formule de boulot avec les mêmes personnes, j’avais besoin de mes repères. Je suis quelqu’un d’assez timide en studio et je n’invite pas 10 000 personnes. Au début le fait de me retrouver avec des gens que je ne connaissais pas c’était assez désarçonnant et puis au final, ça m’a poussé à découvrir d’autres choses de moi, d’autres façons de travailler, de chanter aussi. Cela m’a beaucoup excité aussi au point que j’avais l’impression que c’était mon premier album sur beaucoup de choses. 

-Vous avez grandi à Trappes ensuite à l’âge de 18 ans vous vous êtes installée à Paris. Est-ce que vous vous êtes sentie comme une banlieusarde au moment de l’enregistrement de l’album ?

Toute ma vie je me suis sentie banlieusarde même si j’habite à Paris depuis mes 18 ans. J’ai des potes qui ont grandi ici, qui ont fait leur scolarité à Paris etc…On sent qu’on n’a pas les mêmes discours, pas les mêmes souvenirs de gamins. Ici dès qu’on sort du lycée, on est dans la rue, devant les pubs…Ce n’est pas du tout la même vie. 

Je vais évoquer quelques unes de vos chansons qui sont les plus sombres de l’album. Notamment dans « Du mal », on a le sentiment que vous videz le sac. Que voulez-vous dire par « J’ai pensé à me faire du mal » ?

Cette chanson c’est une façon de me dire que je vis une vie incroyable, une vie rêvée et dont j’ai rêvé étant jeune. Je ne changerais ma vie pour rien au monde. Ce n’est pas parce qu’on vit quelque chose d’incroyable qu’on n’a pas le droit ne pas aller bien aussi dérrière. Là je ne parle même pas d’argent, je parle de cette vie qui est inaccessible pour beaucoup de gens et qui fait rêver beaucoup de gens à commencer par moi. Il y a toujours des moments de doute, de remise en question, des moments où on a envie de tout quitter. Des moments tout simplement sombres qu’on vit chacun mais c’est vrai que ce métier là a tendance à multiplier les émotions. 

-« La Go » est une chanson où vous réglez vos comptes. Est-ce que vous vous êtes dit: Il faut que ça sorte, je balance tout ? 

Cette chanson je l’ai complètement assumée. J’ai trouvé ça tellement drôle cette réponse à Damso: « Ah là là tu veux mon cul, va faire la queue dérrière Damso. » C’est efficace et ça va droit au but. J’ai voulu faire une réponse parce que c’était mérité. Il fallait le faire et je trouve que c’était fait avec élégance, humour et recul. Ca m’a beaucoup fait rire et je crois que lui aussi en a rigolé. Je n’en ai pas l’information mais je suis sûre qu’il l’a pris avec beaucoup d’humour aussi. 

-Absolem est la dernière chanson de l’album et aussi la plus longue. Comment vous avez su convaincre Youssoupha et Kemmler de vous accompagner pour ce titre.  

J’ai commencé à chanter les parties qui m’ont été écrite par BRAV. C’est un artiste fabuleux, plein d’humanité que je ne connaissais pas et lui non plus en tout cas au delà des clips et de ma carrière. Finalement il m’a écrit des couplets qui me collent à la peau. J’ai été hyper touchée par ses parties. Ensuite mon équipe me refait écouter le titre après le passage de BRAV et de Kemmler. Et donc d’un titre qui faisait trois minutes, je me retrouve à écouter dix minutes. A partir de là, je reçois le couplet de Youssoupha comme une bombe dans mon coeur et Kemmler même s’il représente la partie positive et angélique, il y a tellement de justesse et de bienveillance que la bombe continue à s’éclater. J’y ai mis beaucoup de temps à digérer parce qu’il y a beaucoup de choses qui sont dites et ce qui m’a le plus perturbé c’est qu’on me décrive avec autant de vérités sans me connaître. Et je crois que ce qui m’a fait le plus de mal dans mon passé, c’est qu’on se méprenne trop sur qui je suis. Et en même temps c’est moi qui l’ait cherché parce que j’ai tellement poussé ce personnage à l’extrême que c’était une façon aussi de me cacher et de cacher qui j’étais vraiment pour de vrai. Du coup je me suis peu prise à mon propre piège et je paraissais trop comme quelqu’un de fort etc…

-Et dans cette chanson on enlève le masque. Derrière Shy’m on découvre Tamara la personne. 

Effectivement il n’y a plus de cachette, plus de masque. Je dis tout ! 

-Au milieu de tout cela, il y a des chansons plus joyeuses comme « Puerto Rico » en duo avec Vegedream au style reggaetown. Il y a aussi une chanson j’aime bien personnellement c’est « Mon coeur qui saigne » qui sonne reggae. Finalement, l’album est festif d’un côté et fragile de l’autre. 

Bien sûr ! C’est ce que je suis. Enchanté (rires). Ce sont deux couleurs, c’est ce côté poussé aux extrêmes. On a tous nos démons, nos fragilités et puis à côté de ça, mon tempérament fait aussi que je suis une personne positive et j’aime rebondir sur ces failles. Je suis souriante, j’aime vivre et j’en suis heureuse ! D’où ces titres plus solaires comme « Olé olé » avec Kayna Samet et Chilla, « Puerto Rico » avec Vegedream et « Amiants » aussi qui même c’est une chanson plus douce, c’est un amour doux et tendre.   

Pensez-vous qu’en découvrant l’intégralité de l’album, les gens verront la vraie Shy’m c’est à dire Tamara ? 

J’espère ! Cet album c’est une confession. C’est la première fois que je dis tout comme ça. Quand les gens ont découvert « La Go », « Absolem », j’ai tout de suite sentie que c’est là qu’ils ont découvert réellement. Même le public et les fans qui me suivent depuis des années ont été limite tristes en écoutant ces titres parce qu’ils se sont dit « Waouh on la découvre, c’est ce qu’elle est vraiment. » J’espère qu’en écoutant l’album en entier, les gens vont découvrir autre chose de moi. 

-Moi je vous ai découvert à l’époque des titres « Victoire » et « Femme de couleur », pensez-vous avoir mûri par rapport à cette époque là ou bien estimez-vous être restée la même ? 

Ah ben j’espère que j’ai mûri quand même ! J’avais 20 ans quand ces titres sont sortis et j’en ai 33 maintenant. Donc oui forcément j’ai grandi, mûri. En revanche si on me demande de tout recommencer et tout refaire, je referai certainement les mêmes choses parce qu’à l’époque j’étais à fond dans la danse, j’avais envie de faire du RnB…Je n’aurais pas pu faire autrement à ce moment-là et c’est certain. J’ai donné le meilleur de moi-même. En dix ans, la musique a évoluée, mes goûts aussi. Je crois que le moteur d’un artiste c’est de se chercher et d’aller dans des directions artistiques différentes. 

-Au final que retenez-vous de la réalisation de ce projet ? 

Beaucoup d’amour ! C’est la première fois où je n’ai pas l’impression de sortir un album toute seule. Alors évidemment j’ai toujours eu mon équipe dérrière mais à chaque fois  que je poste un truc sur Insta par exemple, j’ai toujours des messages de Kayna Samet, de Kemmler, de BRAV, de TEFA qui me dit: Force sista. Il y a vraiment un truc qui est hyper présent. On est tellement content de ce qu’on a fait et je suis hyper fière humainement d’avoir eu le courage d’avoir de dire tout ça et de me montrer comme je suis réellement. C’est juste ça que je retiens aujourd’hui et ce projet là il est comme il est. 

-Avez-vous déjà fait le répertoire de votre concert du 22 juin au Palais des Sports de Paris ? 

Oui j’ai fait la liste. C’était compliqué parce qu’il y a plein de titres de l’album que j’ai envie de montrer sur scène mais il y a aussi les titres qui m’ont fait connaître. Quand on a sept albums, c’est un peu dur de faire un choix d’une heure et demi de show donc c’est un peu frustrant. On commence à dessiner la scène, à caster les danseurs. C’est imminent car la tournée commence le 7 juin à Nantes. 

Shy’m, Agapé, sortie le 26 avril 2019 chez Warner Music France (13 titres)=1. Agapé, 2. Puerto Rico feat Vegedream, 3. Amiants feat Jok’Air, 4. Du mal, 5. L’amour à l’envers, 6. Sourire feat l’Algérino, 7.  La Go, 8. Déteste-moi feat BRAV, 9. Mon coeur qui saigne, 10. Si je tombe, 11. Je m’en vais, 12. Olé olé feat Kayna Samet et Chilla , 13. Absolem (feat Youssoupha et Kemmler). 

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