Musique

Salle Gaveau, Emöke Barath et l’ensemble La Chimera dépoussièrent le baroque

Salle Gaveau, Emöke Barath et l’ensemble La Chimera dépoussièrent le baroque

06 mai 2018 | PAR Alexis Duval

Accompagnée de la formidable formation sud-américaine et d’interprètes surprises, la soprano hongroise a démontré la modernité d’un genre musical vieux de 400 ans.

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Qui a dit que la musique baroque était morte ? Certainement pas la cantatrice Emöke Barath ni la formation sud-américaine La Chimera, qui se sont produits jeudi 3 mai, dans la très chic salle Gaveau. Le temps d’une soirée, la magnificence des harmonies de la fin de la Renaissance italienne a connu une renaissance qui a ravi dès les premiers airs un public essentiellement composé d’habitués de ce haut-lieu parisien et d’initiés.

Sur scène, treize musiciens, dont le chef, Eduardo Egüez, ont rivalisé de talent en interprétant des partitions du tournant des XVIe et XVIIe siècles signées Lorenzo Allegri, Luigi Rossi, Barbara Strozzi, Francesco Cavalli… et surtout du maître du genre, Claudio Monteverdi. Avec leurs théorbes, leurs violes de gambe, leurs flûtes et leurs harpes, l’ensemble a ressuscité des pièces incroyables, comme le « Passacoglio en sol mineur » de Biagio Marini, composé en 1655.

Pour le récital, la soprano hongroise Emöke Barath avait invité « des amis » à se joindre à elle. Et non des moindres : la soprano Chantal Santon Jeffery, la contralto Anthea Pichanick, le ténor helvético-chilien Emiliano Gonzalez Toro… et le contre-ténor Philippe Jaroussky, l’incontournable et médiatique contre-ténor. Treize musiciens, cinq voix, autant de talents au service du rayonnement de la musique baroque.

Après une élégante entrée en matière (« Primo Ballo della Notte d’Amore » de Lorenzo Allegri, 1608), la programmation habile autour des figures de l’empereur Néron, de sa deuxième épouse, Poppée, d’Ulysse, roi d’Ithaque, d’Orphée, le légendaire joueur de lyre, et d’Eurydice, son amour éternel, a vu alterner madrigaux et balades en solo, en duo ou en 100 % instrumental. De quoi offrir à l’auditoire le plus large éventail possible de musique du XVIIe siècle. Une musique qui, de même que les autres disciplines artistiques de l’époque, est fortement marquée par la revisitation des mythes antiques.

Ambassadrice alliant grâce et générosité

Parmi les plus beaux duos du récital, on retiendra la vivacité de « Zefiro Torna » (« Zéphyr est de retour »), madrigal de Claudio Monteverdi composé en 1632. Interprété par Emöke Barath et Emiliano Gonzalez Toro, invoque des motifs pastoraux et développe des harmonies réjouissantes sur un mode majeur. Autre duo mémorable : « Lagrimosa Belta » (« Beauté larmoyante ») que Giovanni Felice Sances a écrit en 1633, avec Andrea Pichanick. Il ne faut pas se laisser tromper par le titre. Loin d’être un chant pathétique, comme pourrait le laisser penser « lagrimosa », il s’agit d’une bondissante et moqueuse mélodie.

Ravissante dans sa robe bustier cuivre et bleue, Emöke Barath a la délicatesse qui sied à la musique qu’elle interprète. Les subtilités des compositions du Seicento n’ont pas de secret pour cette harpiste de formation, qui prépare pour 2019 un album consacré aux plus belles mélodies baroques. Personnalité chaleureuse, technique vocale parfaite, ambassadrice alliant grâce et générosité, elle a fait la brillante démonstration de la modernité d’un genre pourtant vieux de 400 ans.

Le programme s’est clos sur « Pur ti miro », sublime mélodie signée Monteverdi et extraite du Couronnement de Poppée (1643). Emöke Barath ne semblait faire qu’un avec Philippe Jaroussky, tant leur complicité sautait aux yeux. Les spectateurs ont applaudi à tout rompre la formidable générosité des instrumentistes et des captateurs, qui le leur ont bien rendu avec trois bis – rien que ça -, dont « O Rosetta, Che Rosetta » du même Monteverdi. Un récital hors du temps, parenthèse enchantée d’une infinie douceur et exaltation à l’intelligence du coeur.

Crédit photo : Alexis Duval

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