Musique
Reprise au Châtelet de « The Sound of music » : le bonheur en chantant

Reprise au Châtelet de « The Sound of music » : le bonheur en chantant

16 décembre 2011 | PAR Christophe Candoni

« La Mélodie du bonheur » revient au Châtelet. La comédie musicale américaine du tandem Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II entrée dans la légende cinématographique grâce au film de Robert Wise avec Julie Andrews (1965) fut représentée pour la première fois sur une scène parisienne il y a seulement deux ans, sous l’impulsion de Jean-Luc Choplin qui avait réuni là les moyens les plus fastueux pour défendre ce répertoire qu’il aime. C’est la politique de la maison, elle a ses détracteurs mais trouve son public, et cette nouvelle série de représentations de la mise en scène d’Emilio Sagi est toujours un triomphe. On peut voir une forme d’iconoclasme dans le choix de mettre à l’affiche « The sound of music », un hymne au bonheur et à la vie radieuse dans un monde dur, bousculé dont le théâtre ne cesse d’être le reflet souvent sombre et morose. C’est aussi pour cela qu’il émane de ce spectacle une vive émotion. « La Mélodie du bonheur » enchante et rend heureux, tout simplement.

Blonde et souriante, la tyrolienne de Pierre et Gilles est impossible à rater dans Paris en cette fin d’année. L’affiche qu’ont réalisée les deux photographes s’amuse, non sans ironie, des clichés quant à la perception de l’œuvre présentée, un peu simplette, nian-nian dirait-on. Pleine de fraîcheur et de légèreté, avec surtout de l’élégance et du charme, cette nouvelle mise en scène d’Emilio Sagi assume tout à fait la naïveté de l’intrigue mais avec une grande justesse et sans aucune niaiserie ; d’autant plus que cette production est loin d’édulcorer le propos. Elle va même beaucoup plus loin que le film avec une dernière partie étonnamment sombre que nous n’attendions pas ! On est en 1938, au cours de l’annexion  de l’Autriche. Le nazisme en arrière-plan historique à l’intrigue apparaît de manière spectaculairement oppressante à la fin du spectacle.

Avant cet épisode, on suit la destinée de Maria, peu à son aise chez les bonnes sœurs et bien plus destinée à l’amour qu’au vœu pieux et au renoncement. La jeune femme entre au service du capitaine von Trapp, un veuf aristocrate dont elle tombe amoureuse et réciproquement. Elle est une sorte de Marry Poppins, devient la gouvernante d’une bardée de gamins, jupes plissées, culottes courtes, d’idéals jeunes enfants de bonne famille conduits sous les coups de sifflet d’un père à l’autorité implacable. Une guitare pour seul bagage, elle fait l’effet d’une véritable bouffée d’air dans cette maison rigoriste et redonne goût à la vie par la magie de ses chansons animées et joyeuses.

« La Mélodie du bonheur » est un des plus beaux divertissements à voir à Paris en ce moment, un grand spectacle classieux et rassembleur. Il faut dire que la représentation profite de moyens luxueux proches de ceux de l’opéra. Le jeu, le style, le chant, le décor, tout y est luxueux. Les artistes chantent, dansent, jouent la comédie avec talent et générosité. Le chef d’orchestre Kevin Farrell dirige avec vivacité et raffinement une partition de tubes qui restent en tête. Toute la distribution est au diapason et dominée par Katherine Manley, une Maria d’exception qui correspond parfaitement au petit « feux-follet » décrit dans le livret. Folâtre et gaie, elle court et gambade dans ses montagnes, au milieu des fleurs sauvages. Libre et radieuse.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

4 thoughts on “Reprise au Châtelet de « The Sound of music » : le bonheur en chantant”

Commentaire(s)

  • Clémentine

    J’avais ce spectacle en tête depuis quelques temps, et votre article me donne encore plus envie d’aller le voir ! Une question toutefois : les chansons et les textes sont-ils en anglais ou bien en français (dans la bande-annonce vue sur le site du théâtre, les comédiens chantent en anglais…) ?

    décembre 16, 2011 at 21 h 37 min
  • C’est chanté (et joué car il y a aussi des scènes parlées) en anglais.

    décembre 17, 2011 at 13 h 51 min

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