Rap / Hip-Hop
[Live report] Kaaris au Trabendo

[Live report] Kaaris au Trabendo

03 avril 2015 | PAR Simon Théodore

Le 30 mars, Kaaris dévoilait son deuxième album Le bruit de Mon Âme. Trois jours après, son 2.7.0 Tour passait par le Trabendo. Le rendez-vous était donc pris pour assister à la performance du poète. Les maillots du PSG étaient de sortie mais on notera que son rap hardcore ratisse large. Du bobo parisien au roots de Sevran présent dès ses débuts, en 1999, la fosse était pour le moins hétérogène. Forgé par le bitume, il a fécondé l’instru !

Alors que l’ouverture des portes était prévue à 19h30, la star se fera désirée. La tension monte progressivement et le devant de la scène est déjà blindé. Cette date affichait complet mais on se rendra vite compte que la capacité maximale ne sera pas atteinte. DJ Frej se chargera de faire monter la pression en remixant les tubes Satisfaction et Diamond. La moindre trace de finesse est annihilée. La belle mélodie de Rihanna vola en éclat sous les bruits de sirène et autres samples de guns. Clique ! Clique ! La gente féminine en prendra un coup ce soir. 2.7. ! 2.7. ! On enclenche le décodeur pour décrypter la prose de Kaaris et le rappeur arrive sur scène sous les acclamations.

Le très américain « Crystal », cette hymne à la drogue, ouvre le bal. Les basses sont ultra violentes et retournent les sphincters. « J’suis dans le carré bande d’enculés ! » argue le chanteur en présentant fièrement son nouvel album. La foule sera en osmose avec lui et, à sa demande, sautera, balancera des bras et reprendra ses plus belles rimes. Plus que les paroles, c’est bien le flow qui compte ici. Ce « grand renoi chauve », comme il se décrit, assume sa prestation solo et ne perdra pas de temps avec des featurings. « J’ai la prose qui tue et même ton corps reconstitué, on ne sait toujours pas qui tu es, ta grand mère la prostituée ! » Les paroles de « Kalash », chantées a capella, mettent la foule en ébullition. On regrettera l’absence notre ourson préféré, Booba, mais le public se chargera de faire la paire.

Né à Abidjan, c’est bien la Seine Saint Denis qu’il met à l’honneur. Kaaris prendra quelques instants pour interagir avec son public avant d’envoyer les banlieusards en l’air sur « 80 Zetrei ». Le ton est lourd comme une bar à mine. « Se vrak », « S.E.V.R.A.N », « Or Noir », les punchlines fusent et on frise avec le viol auditif. Avec un second degré parfois difficile à cerner, ses rimes fendent le crâne. La star allie, avec perfection, les références d’intellectuels à des propos crus et misogynes. « On a assez travaillé pendant l’esclavage ! » scandera t-il pour que les fans mettent le feu au Trabendo.

« Les singes viennent de sortir du zoo ». C’est à présent l’heure du bordel et ses potes le rejoignent le temps d’un morceau, extrait du premier album Or Noir. Un moment impressionnant du concert où quinze lascars se retrouvent sur une si petite scène. Il est aussi là pour défendre sa nouvelle galette et envoie le titre éponyme (« Le bruit de mon âme »). Moment de répit et de sobriété où il fera l’avion avec ses bras. Kaaris prendra soin de souligner ses envies de sexe avec la vie… Aidé par le playback, ce fût l’un des moments d’apothéose du concert. Plutôt aérien, on quitta, l’espace d’un instant, cette avalanche de violence verbale.

Le show se terminera sur « Dès le départ ». Une chose est sûre : on aura bouffé du Kaaris. Assumant sa prestation seule, l’esprit de collectif, fidèle au Hip Hop, n’a pas été respecté. Le partage du micro aurait rajouté de la folie à ce concert. Il a donc encore des choses à prouver en live. Plus efficace en studio, il est toujours agréable de prendre ses paroles au second degré et de les entendre être déblatérée « en vrai ». À l’image de son pote Booba, ce gangster du beat, lâche des punchlines anti-aériennes mais n’évite pas les paroles en l’air.  Il reviendra, le 9 novembre, pour une date au Zénith qui s’annonce bouillante. 9.3.2.7.0 SEVRAN Izy !

Visuel : DR

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Simon Théodore

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