Rap / Hip-Hop
La bounce, genre musical du revival de la Nouvelle Orléans

La bounce, genre musical du revival de la Nouvelle Orléans

27 juillet 2015 | PAR Elodie Schwartz

Dix ans après l’ouragan Katrina qui a ravagé la Nouvelle Orléans, c’est en musique que la ville tente de se reconstruire. Entre repli sur soi et conquête du monde, la bounce est en tout cas un moyen d’expression fort pour la population. Un reportage sur l’historiographie du genre musical écrit par la journaliste Salomé Kiner pour Le Temps et repris par Toute La Culture.

Trente ans après sa naissance et malgré l’épidémie du Twerk lancé par Miley Cyrus, la bounce, qui désigne à la fois la musique et la danse qui l’accompagne, fait de nouveau vibrer la Nouvelle Orléans. Nouvelle Orléans, qui, après la catastrophe de 2005, s’est vue détruite, l’ouragan « Katrina » emportant avec lui sa culture unique. Toutefois, c’est grâce à cet événement, et à la forte mobilisation qui s’en est suivie, que la bounce a su de nouveau attirer la lumière sur sa ville et surtout exploiter ses vertus palliatives en reprenant ses droits dans le paysage musical. Ainsi, « Fuck Katrina » a été le premier morceau de bounce politique a voir le jour et à redonner espoir aux gens. « Après l’ouragan, tout le monde était plein de bons sentiments, mais personne ne pouvait comprendre ce que nous vivions. Je n’avais jamais vu ma ville aussi déprimée. Heureusement, nous sommes très résistants : même lorsque nous n’avons plus rien, nous profitons de la vie comme si nous étions comblés. Nous avons donc cherché des moyens de nous remettre sur les rails. Comme je ne pouvais pas fournir un camion de nourriture, j’ai donné la seule chose que j’avais : ma musique », rapporte le rappeur 5th Ward Weebie à l’origine de la chanson. 

Car la bounce, genre musical devenu à part entière dans les années 90 grâce aux interactions avec le public, aux passages chantés et à la manière de bouger ces fesses qui l’accompagne, c’est ça : avant tout prendre du plaisir, oublier et se changer les idées. « Les gens veulent danser, boire et fumer dans les rues », explique Le Temps. Mais la bounce, musique de danse, communautaire, née dans les milieux populaires qui porte en elle l’héritage des Black Indians raconte surtout une histoire forte : celle de la souffrance des opprimés de la Nouvelle Orléans et de leur « riposte jubilatoire ». La bounce, au travers du booty-shake et plus généralement de la libération du corps, sert d’exutoire au peuple de la Nouvelle Orléans. « Avec Katrina, on a perdu beaucoup de choses mais on en a aussi gagné. Parce que les habitants ont diffusé la culture de la Nouvelle-Orléans ailleurs, bien au-delà des frontières de l’Etat. On a reconstruit la ville, amélioré des quartiers. Ça a redonné beaucoup d’énergie aux habitants. Nous sommes tous des survivants, c’est pour cela qu’il faut tout donner » et la musique participe grandement à se processus de reconstruction, déclare Big Freedia, chanteur de bounce, à Libération

Aujourd’hui, le succès de la bounce est tel que, malgré la violence et la pauvreté, les artistes ne veulent pas partir de la ville. Ils préfèrent répondre à une demande locale forte. Cependant, « galvanisé par sa notoriété croissante, la bounce post-Katrina s’est émancipée de ses racines classiques, au grand dam de ses vétérans ». « De la création du label en 1992 jusqu’à l’ouragan Katrina, la bounce était une musique à texte. Aujourd’hui, le tempo s’est accéléré jusqu’à l’épilepsie. C’est trop rapide pour être chanté. De toute façon, les jeunes ne s’intéressent plus aux paroles. Ecrire est passé de mode », s’indigne Eldon Anderson, directeur du label de hip-hop indépendant Take FO’Records. Même constat chez DJ Jubilee : « Ils se contentent de répéter shake it, shake it, twerk it, twerk it. La bounce perd son rôle récréatif au profit de la démonstration physique. Cette musique intéresse plus de monde qu’avant, mais les gens feraient bien de chercher d’où elle vient. » conclut-il.

Certains artistes contemporains s’accrochent néanmoins à leur plume pour dépeindre la vie de leur communauté. Sissy Nobby, rappeur gay, raconte dans Consequences ses déboires amoureux. Le dernier tube de 5th Ward Weebie, « Let Me Find Out », lui, raille les singeries narcissiques de la génération Instagram. Véritable revival de la Nouvelle Orléans, la bounce, à l’image du jazz, promet une ascension fulgurante.

Visuel : © Capture d’écran Youtube

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