Rap / Hip-Hop

[Interview] Révolution Urbaine, « Cheval de Troie » dans l’Arène du Rap-Game

[Interview] Révolution Urbaine, « Cheval de Troie » dans l’Arène du Rap-Game

05 mai 2014 | PAR Sonia Hamdi

Révolution Urbaine. Un nom évocateur: rêves, révoltes… révélation. De puissantes locutions pour parler d’un monde en pleine mutation ou dont on rêve le changement. C’est l’histoire de quatre guerriers de la rime (a.k.a Makiavel, Zino, Briganté et leur DJ, La Mèche) qui reviennent de loin. Le groupe, créé en 2005, annonçait déjà en 2009, «L’histoire ne fait que commencer» ; leur premier street album, signé chez Street Skillz (le label de Soprano, ndlr). Ils ont fini par infiltrer définitivement le «rap-jeu» avec un «Cheval de Troie», sorti le 5 mai. Avec une ruse achiléenne, ils se sont fait rapidement une place dans l’arène. Avec la rapidité du virus, ils se sont propagés sur les ondes, contaminant les ouïes, de Marseille à Paris. Rencontre, chez Parlophone Music, avec quatre artistes aux multiples origines et influences musicales, nous venant tout droit de La Provence…

Cover -ChevaldeTroie

Tout d’abord, pourquoi avoir choisi comme nom de groupe «Révolution Urbaine»…?

Makiavel : Tout simplement parce que lorsqu’on a créé le groupe, on était inspiré par Keny Arkana, IAM, les «grands de notre ville», on était …

Briganté : de jeunes révoltés ! (rires)

Le 5 mai, vous sortez votre premier album, Cheval de Troie.. Quelle symbolique cache ce titre ?

Zino : Ce titre évoque notre capacité à s’infiltrer, à se fondre dans la masse. À l’image de la pochette de l’album. On est tous vêtus du même uniforme blanc, au milieu d’une armée. Au premier coup d’oeil, on ne nous distingue pas. En se rapprochant, on voit qu’on est présent..

Une allégorie de votre infiltration dans le rap..

Briganté : Exactement

En écoutant l’album, on se rend compte qu’il y a beaucoup de prod’ marquées par des influences soul, pop, rock, funk… Cheval de Troie… ne souligne-t-il pas aussi votre capacité à vous fondre dans le milieu de la musique, tout simplement ?

R.U : (En choeur) C’est exactement ça.

Dans quel type de rap, vous rangeriez -vous, si vous aviez à le faire par vous mêmes ?

Zino : Dans la catégorie «rappeurs réalistes», sans maquillage, sans langue de bois.

Briganté : En effet, je n’irais pas dire que nous nous rangeons dans la catégorie « rap conscient », qui est parfois, selon moi, « surjouée ». On essaie de véhiculer un message positif, sans pour autant vouloir donner de leçons. Nous avons nos imperfections, et nous n’avons jamais essayé de les cacher. C’est une manière de rester humble dans nos messages quelque part.

La Mèche : Bien que, tout de même, j’écoute plus de rap «conscient» que de rap « bling-bling » comme ils appellent ça !

S’il y avait un seul message à retenir, en écoutant l’album, lequel serait-il ?

Makiavel : Le fait qu’il faille aller de l’avant

Briganté : Pour cet album-ci, je suis d’accord avec Makiavel. Le message c’est: peu importe d’où tu viens, ce que tu possèdes au départ, il faut aller de l’avant, car c’est possible.

La Mèche : Je dirais que « si on veut, on peut ». Peu importe le milieu social duquel tu pars, tu peux arriver là où tu as envie d’être. Il faut garder espoir.

Zino : « Inflitre-toi et avance » ! (rires)

C’est beau ! (rires des quatre). Si je vous pose la question, c’est parce qu’on ne voit pas de suite le fil directeur de l’album : des morceaux comme « La Provence », « Les enfants du Soleil », « No Life » ou « Mon Héritage » n’ont, a priori, pas grand chose à voir ensemble…

Briganté : Dans cet album, tu te balades dans notre univers, tu ouvres des portes. On n’aime pas vraiment se mettre dans une case.

La Mèche : C’est la révolution! (rires)

Cet album comporte plusieurs facettes, la suite est imprévisible…

Briganté : C’est justement ce qu’on a voulu transmettre dans ce premier album. Dire à notre public qu’il s’attende à être surpris, lui montrer la palette de ce que l’on sait faire aussi.

La Mèche : D’ailleurs, sur la composition de l’album, il y a eu plusieurs débats. Certains morceaux ont été gardés pour de prochains albums. Des morceaux avec des thèmes différents, ou des univers différents.

Briganté : Notamment un, avec un univers rock, presque métal! C’est aussi ce qui fait un artiste à mon sens : la conscience du fait que tu ne rappes pas pour t’enfermer dans un univers, mais pour faire de la musique. Et la musique est vaste.

Quelles sont vos influences musicales, justement ?

Zino : Elles dépassent le rap, en fait!

Briganté : Oui, et au sein du rap, nous avons un goût prononcé pour les classiques, les sons qui ont fait la musique alors que nous n’étions même pas encore nés.

La Mèche : Moi, il y a quatre jours, j’écoutais Pavarotti dans la voiture, par exemple.

Briganté : On écoute de tout. Du rock, du raggae, de la funk, du jazz, de la soul, de la variété française. Et ça se sent dans notre musique. Un morceau comme Les Enfants Du Soleil le prouve bien.

Pourquoi avoir choisi le rap en particulier, dans ce cas, comme mode d’expression artistique ?

Briganté : En réalité, le rap à la base est une boucle sur laquelle tu t’exprimes de manière rythmée. Si tu pars de ce principe-là, tu peux rapper sur ce que tu veux, tant que ça sonne bien.

La Mèche : Il ne faut pas négliger aussi qu’on a grandi dans un quartier dans lequel il y avait beaucoup de rappeurs. IAM, la FF (Fonky Family, ndlr)… On a été influencé sans doutes par ces modèles et leur voie artistique. Si nous étions nés à La Castellane, peut-être que Zino aurait été le nouveau Zidane (rires).

Vous écrivez depuis plus de dix ans maintenant, et avez commencé très jeunes ! D’où tirez-vous votre inspiration ?

Briganté : On tire notre inspiration de la vie de tous les jours. Je pense que chacun de nous peut avoir de l’inspiration, c’est inné à mon sens. Après l’enjeu est de savoir la développer. J’ai de bons amis à moi qui essaient, qui ont des choses à dire, mais n’y arrivent pas. Pourtant, ils ont vu et vécu les mêmes choses, de la même manière mais n’arrivent pas à l’exprimer. C’est une réalité qui reste un mystère pour moi.

Zino : C’est, je pense, la manière de voir le monde qui t’entoure, également, qui joue. Nous n’avons pas tous les mêmes ressentis, la même manière de vivre un événement, ni la même façon de l’exprimer.

 

En écoutant cet album on remarque une très grande maturité dans l’écriture et dans les thèmes abordés … Bien que vous soyez jeunes. Ce jeune âge auquel vous avez commencé a-t-il été un avantage ou un inconvénient ? (Makiavel a 25 ans, Zino également, Briganté a 26 ans et La Mèche 28 ans, ndlr)

Zino : Un inconvénient, sans aucun doute !

Sont-ce des rencontres avec les grands noms du rap français qui vous ont octroyé une légitimité dans les thèmes abordés, à ce moment-là ?

Zino : Oui, il y a eu Soprano qui nous a signé chez Street Skillz, Keny Arkana, IAM qui nous ont pris sous leurs ailes. On a fait beaucoup de scènes, des premières parties…

Briganté : Le truc c’est que nous sommes des bosseurs. Quand on a décidé de monter le groupe, on voulait vraiment construire quelque chose de grand, sinon rien. On jouait tous au ballon à cette époque-là. On a vu que ce n’était pas pour nous, on a arrêté. Quand on a commencé le rap, toute la volonté que nous avions, nous l’avons investie dans notre projet.

Et ça paie ! Vous avez été récemment repérés par Disiz également …

Zino : Oui, nous avons eu l’occasion de faire la première partie de son concert à Marseille.

Makiavel : En fait, tout est parti d’un tweet, où il nous mentionnait après avoir découvert notre son « La Provence ». Je lui ai répondu en le remerciant. Il a rétorqué «Demain je suis à Marseille, rencontrons-nous ». De-là, tout est parti.

Zino : Il nous a également invités à son planète rap !

Ce parcours atypique se ressent à l’écoute de l’album. C’est le premier mais il ressemble davantage à un deuxième voire troisième opus…

Briganté : Oui mais pour nous, c’est vraiment un troisième album ! Peut être pas au niveau de la reconnaissance, mais professionnellement, c’est notre ressenti.

Zino : Pour les autres projets, qui étaient soit des EP, soit des street albums, nous ne trouvions qu’un public réduit pour l’écho de notre travail. Il n’y avait pas de quoi être connus, passer en radio. Mais en soi, nous avons le même parcours qu’un artiste qui aurait produit trois albums.

Dans cet album, Briganté, Makiavel et Zino avez chacun votre interlude propre. Est-ce une volonté de se démarquer, de garder son individualité propre au sein du groupe ?

Briganté : Le ciment de Révolution Urbaine c’est qu’on a chacun notre univers propre, on se complète. Mais on aime bien que nos univers soient représentés au moins une fois, sur le projet.

Zino : Déjà à l’époque de notre street album, L’Histoire ne fait que commencer, on avait chacun nos interludes: Chapitre 1, Chapitre 2, Chapitre 3 … on s’est toujours dit que le jour où nous sortirions notre premier album, on reprendrait ce concept-là.

Du coup, y a-t-il une volonté de votre part d’explorer complètement ce qui fait votre univers, et de vous lancer en solo, comme l’a fait R.E.D.K de Carpe Diem (voir notre interview a ce propos, ici)?

Zino : Peut-être qu’un jour, oui, si c’est une manière d’amener les autres vers l’avant. Mais pour l’instant ce n’est pas à l’ordre du jour, on n’y pense même pas, on est dans le Cheval de Troie (sourire).

Briganté : Après ça n’empêche pas que dans nos productions, il y en ait un qui fasse un morceau seul, nous l’avons d’ailleurs déjà fait.

La Mèche : Pour l’instant, personne ne songe à le faire, sauf s’il cache bien son jeu ! (rires)

Quel est votre titre préféré sur cet album?

Zino : Moi c’est « Le Bidon » ou.. « Les Enfants du Soleil« , mon cœur chavire entre les deux (rires)

Briganté : « Mon Héritage« , sans hésitations.

https://www.youtube.com/watch?v=GlQuHasedD4

Makiavel : J’ai pas de morceau préféré, mais celui que j’ai pris le plus de plaisir à bosser c’est « Pour Briller « , parce qu’on l’a enregistré en Suisse, dans une ambiance de folie.

La Mèche : Moi c’est « Zubrowka » et « Qui écouter« , en lequel je croyais vraiment.

En regardant le chemin parcouru jusqu’ici, qu’en pensez-vous ?

Zino : Je pense qu’on n’est pas au bout du parcours encore, et que nous ne pouvons qu’être fiers de ce que l’on a fait. Ça fait maintenant huit ans qu’on évolue ensemble. Aujourd’hui on a un album, abouti, entre les mains du public. Et tout comme notre album, notre sort est entre leurs mains. (sourire)

Pour télécharger l’album: https://itunes.apple.com/fr/album/cheval-de-troie/id852566349

Visuel : (c) pochette de Cheval de Troie de Révolution Urbaine

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Sonia Hamdi

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