Rap / Hip-Hop
[Chronique] « Face à Volts » : un album qui charge le circuit du rap

[Chronique] « Face à Volts » : un album qui charge le circuit du rap

20 mai 2014 | PAR Sonia Hamdi

Une fascinante facilité à phraser : c’est l’atout majeur de Volts Face. Rien d’étonnant puisque c’est le terreau qui a fait l’artiste : la punshline. Tout un art. Pas simplement celui de marier des mots qui sonnent bien. Plutôt le don de recréer dans l’imaginaire de l’auditeur une image forte, décalée, dans un écrin de mots parfaitement choisis. De ses débuts sur Daymolition, où il s’adonnait à l’exercice du freestyle, on retrouve donc, dans Face à Volts, qui sortira le 26 mai prochain, la signature syntaxique particulière de Volts Face.

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Un univers, également. Une année difficile, des doutes sur son propre parcours, une aspiration à revenir à une vie plus spirituelle loin du microcosme du Rap ; ce dernier opus commence par « Mes Rêves » et se termine par « Dans Ma Tête »… l’envie d’expliquer, de partager, de faire rentrer l’auditeur dans ses pensées. Une ambition réussie.

Pour cela, il a su s’entourer de grands noms du « Rap Game ». Avec ceci d’étonnant qu’ils n’ont rien en commun dans le style. L’on compte, bien entendu, Hayce Lemsi, son « Frère Lumière », une source d’inspiration. « Hayce Lemsi c’est la famille. J’ai débuté avec lui et je finirai avec lui. «La Lumière du Rap Game » est un morceau complètement égotrip, très différent de ce qu’on a pu faire jusqu’ici». Un projet en commun ? « Pourquoi pas, ça pourrait être lourd..». À l’écoute du morceau, l’éventualité est, en effet, plus qu’envisageable.

En ces temps de tensions et de clashs – qui pipent les dés du « Rap-Jeu » – prend place un feat avec La Fouine. Un parti pris ? Pas du tout. Du respect pour sa musique avant tout. Pour lui, il s’agit d’un «d’un très beau morceau sur cet album». À l’écoute du son, on redécouvre un La Fouine entre « Mes Repères » et « 7.8 Planète Trappes »: technique dans l’écriture. Même si dans « La Vie Continue », il ne peut s’empêcher de lancer un léger « Fouiny Babe ! », en fin de morceau. Chasse le naturel…

À ceux qui critiquent ce choix, il répond « Les clashs m’importent peu. Je suis rappeur je suis pas psychologue ! Leurs histoires personnelles je n’en ai rien à faire. » L’acolyte d’Hayce Lemsi, proche du XV Barbare semble, en effet, bien loin des rivalités qui ébranlent le triptyque du rap français. «Je ne suis dans aucun camp. J’ai pu faire un morceau qui s’appelle «PANAME » dans Face à Volts ; j’ai «cité» BOOBA dans un de mes sons ; je partage souvent ce que fait ROHFF sur ma page et j’ai fait un featuring avec LA FOUINE ». Cette distance avec ces histoires éminemment marketing, loin de la réalité artistique du rap, est preuve de la grande maturité qui marque son parcours.

Un parcours qui mentionne un attachement tout particulier à la capitale, déjà affirmé dans son premier projet: Le 7.5 en Lui Même. Ce qui ne l’a pas empêché d’inviter R.E.D.K, – figure incontestable du rap marseillais – sur un morceau de son opus à venir: « C’est Mal Nous Connaître ». « On s’est rencontré sur le projet A La Fuck You Volume 2. On devait d’ailleurs faire un featuring ensemble dessus. C’est un rappeur que je valide complètement, il est très fort.» Sans omettre de souligner l’expérience que ce morceau avec le grand Kader de Carpe Diem a pu apporter à sa carrière.

Le meilleur son de l’album reste le feat. avec XV Barbare « Où êtes -vous ». Travail poussé dans les rimes, instru lourde, flow lyrical puissant dès les premières 16 mesures. Tout y est. Néanmoins, selon l’artiste, le morceau qui résume le mieux sa manière de penser reste « Solo ». « J’ai commencé le rap j’étais sonne-per, les gens m’disaient t’iras nulle-part » : tout au long de sa carrière, Volts Face a pu semer des indices sur les difficultés à débuter et maintenir une carrière rap. Malgré tout, il ne semble avoir « Aucun Regret ». Règle numéro 1 : ne pas « Déposer les armes ». Et ça paie. « Je suis très fier de ce que j’ai accompli jusqu’à maintenant. C’est mon public qui m’a donné la force d’être là où j’en suis aujourd’hui. […] Tant que je garde la foi je pense que tout ira bien pour moi ». Un sentiment partagé, à l’écoute de cet album qui, malgré quelques inégalités, reste de bon niveau. Un comble: malgré de nombreux doutes, Volts Face ne recule pas. Il avance. « Et la vie continue… »

Volts Face, Face à Volts, 2014, Musikast, 51min.

Visuel : (c) pochette de Face à Volts de Volts Face

 

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Sonia Hamdi

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