Rap / Hip-Hop
[Chronique] « Matangi » de M.I.A. : audacieux mais inégal

[Chronique] « Matangi » de M.I.A. : audacieux mais inégal

02 décembre 2013 | PAR Bastien Stisi

MIA Matangi

[rating=3]

Un an après avoir dévoilé ses premiers effluves FM (les singles Bad Girls, Bring the Noize…), Matangi, le quatrième album de la rappeuse anglo-tamoule M.I.A. mélange les ambiances world, l’électro vitaminée et le hip hop révolté, et accouche d’un opus marqué par une inégalité de ton et de qualité flagrante.

Maintes fois repoussé, la faute aux activités annexes de l’artiste (ses collaborations avec Versace, son exposition à une biennale indienne…) et à des premières épreuves rejetées par sa maison de disques Interscope, l’album aurait pu finalement ne jamais voir le jour. Mais lassée de ces réécritures intempestives et obligée de salir davantage les résonances d’un disque initialement jugé trop « propre », M.I.A. finit par menacer Interscope de dévoiler gratuitement l’album sur la toile si ce dernier n’était pas validé dans les plus brefs délais…

Un couteau sous la gorge pour le label britannique, et un album qui paraît scindé à la tronçonneuse pour la rappeuse insoumise, tant il est possible de distinguer ici deux parties antinomiques et inégales.

La première d’abord, semble directement invoquer le titre même de l’album, Matangi, qui est à la fois le nom initial de l’artiste et une référence assumée à la déesse hindoue du même nom, caractérisée dans la mythologie autochtone par une attitude aussi zen qu’agressive. Entre ambiances tribales et particules mystiques, Maya Arulpragasam balade (et égare ?) son auditeur dans une jungle sonore au sein de laquelle s’entremêlent les musicalités indiennes passées sous un filtre électro hip hop (« Matangi »), les cris d’éléphants samplés (« Warriors »), la pop ado de radio édulcorée (« Come Walk With  Me »). De l’audace, mais pas de rendu efficace.

Le rappeur canadien The Weeknd (qui reviendra conclure l’album avec le très bon « Sexodus ») a beau apporter son timbre vocal sur « Exodus », c’est bien à partir de l’insolent et sexy « Bad Girl », balancé sur la toile il y a une année en guise de mise en bouche tubesque, que ce Magandi commencera à trouver un véritable intérêt. Débarrassé des samples directement puisés sur les rivages du Gange, l’album gagne en intensité et en puissance, et trouve son point culminant sur un efficace intermède de dance hall 2.0 sur lequel ne cracherait sans doute pas le Major Lazer de Diplo.

Plus le son est insolent, plus M.I.A. paraît baigner dans son élément, en témoigne le flow percutant et haché qui accompagne le beat sanguin de l’efficace single Bring the Noize. Incisive et subversive dans une deuxième moitié d’album enfin assurée, la tumultueuse Britannique ne sera jamais l’égale fantasmée d’une Madonna plus colorée, mais plutôt l’icône d’une scène alternative londonienne bien décidée à dynamiter définitivement la frontière entre l’underground et le mainstream. Les divinités hindoues, elles, auront eu raison de se manifester.

M.I.A., Matangi, 2013, Interscope / Polydor, 57 min.

Visuel : © pochette de Matangi de M.I.A.

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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