Pop / Rock

[Live report] Youth Lagoon au Trabendo : aérien et vivifiant

[Live report] Youth Lagoon au Trabendo : aérien et vivifiant

09 juillet 2013 | PAR Bastien Stisi

Youth-Lagoon-Wondrous-Bughouse-e1357312294225Depuis la sortie de son second album Wondrous Bugouse en avril dernier, on attendait avec une impatience non dissimulée la venue de Trevor Powers et de son projet Youth Lagoon dans la capitale parisienne, fabuleux petit prince sensible et sensoriel géniteur d’une dream pop étasunienne aussi aérienne qu’addictive. Le Trabendo et son intimisme viscéral, dès lors, paraissait le lieu idéal pour accueillir les rêveries névrosées de la belle confirmation psyché de cette année 2013…

Quelques halos d’une lumière blanchie et vaporeuse, quelques larsens numériques balancés au hasard du temps et de l’espace, et l’arrivée de Trevor Powers sur scène, accompagné par un trio instrumental (guitare/basse/batterie) et par des musiciens aux allures de ZZ Top des temps modernes, venus renforcer les aspérités nouvellement pop de Wondrous Bugouse (carrément rock même, parfois) et d’un univers évolutif mais toujours diablement cohérent.

Logiquement, ce sont les envolées épiques et l’orchestration numérique et emphatique du single « Mute » qui introduisent le concert, interprétation fêlée, lyrique et allongée qui pose les bases d’une performance où les rêveries pleines d’espoirs idylliques succèdent sans transition aux  manifestations angoissantes des tracasseries nocturnes qui habitent invariablement leur auteur depuis Year of Hibernation, son premier album studio.

https://soundcloud.com/fatpossum/youth-lagoon-mute

Trevor Powers, littéralement pénétré et habité (hanté ?) par sa musique, s’excite comme un autiste frénétique sur ses machines et sur son synthétiseur, remue son opulente tignasse bouclée à chaque accord de guitare, fait virevolter la délicatesse et la passion de sa vocalité dans l’éther d’un Trabendo hypnotisé par le chant d’une sirène chevelue et masculine, la voix nasillarde et le nez bouché à force d’avoir trop bu l’eau d’un lac synthétique, psychédélique et émerveillant.

1062063_610946148927009_1844184548_nAprès la douceur angélique de « Day Dream », ou plus encore, après les élucubrations sinoques de « The Bath », de sonores et virulents « bravos » s’échappent des gorges d’un public décidé à ne pas se contenter des clappements de mains normés et habituels, comme s’il s’agissait de saluer la fin d’une convaincante représentation théâtrale. De théâtre et de comédie artistique, il n’en est pourtant guère question ici, tant Youth Lagoon paraît être le don authentique et véritable d’un artiste qui aurait trouvé avec la musique la manière la plus efficace de soulager son être et son inconscient jamais plus torturé et nostalgique que sur la piquouse de mélancolie paradoxalement pleine d’espoir injectée sur le tube « 17 », dont le public reprend avec une jouissance extatique le superbe couplet terminal (« When I was seventeen my mother said to me : don’t stop imagining, the day that you do is the day that you die »).

Un simple et honnête salut de la main, un retour ponctuel dans le monde des humains, et revoilà Trevor Powers reparti dans les méandres de son esprit alambiqué et isolé en même temps que dans les coulisses d’un Trabendo qui ne manquera pas alors de se répéter les paroles entêtantes du merveilleux « Dropla » (« You’ll never die, you’ll never die… »), interprété en guise de conclusion. Pour sûr, la dream pop enrichie de Youth Lagoon n’est pas prête de nous faire mourir : hier soir, le temps d’une heure de concert, elle nous a plutôt fait vivre, à grands coups de bouffées d’oxygène essentielles et de psychédélisme aérien vivifiant.

https://soundcloud.com/fatpossum/dropla

Visuels © : pochette de Wondrous Bughouse de Youth Lagoon ; Rosalie Ranieri

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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