Pop / Rock
[Live report] Moodoïd et Damon Albarn au Festival des Inrocks

[Live report] Moodoïd et Damon Albarn au Festival des Inrocks

13 novembre 2014 | PAR Elie Petit

C’est dans une effervescence bavarde que le hall du Casino de Paris attendait ses deux phénomènes du soir : Moodoïd et Damon Albarn, dans le cadre de la deuxième soirée du Festival Les Inrocks Philips (pour lire le report du premier jour, c’est par ici). Une explosion, et aussi une déception.

La folie pure de Moodoïd

Sous le plafond en feutre rouge, on entend retentir les premiers souffles de Moodoïd. On se précipite pour découvrir le groupe parisien, mené par Pablo Padovani. Ce drôle d’homme pailleté, entouré de quatre femmes écaillées nous ont fait gravir leur Montagne, dans une vertigineuse ascension.

Après « Machine Métal », hommage aux synthés kitsch des 80’s, leur musique sonne comme une ode à la sonde Rosetta et son exploit du jour. Nous sommes propulsés à une vitesse folle sur une comète du Monde Möo, l’univers de leur premier disque.

Et leur « Lune », qui « n’appartient à personne », évoque leur conquête, spatiale. Leurs mélodies résonnent dans le ciel nocturne, anarchique.

Moodoïd, c’est le petit frère pop psyché et excentrique de La Femme avec des passages en mode White Stripes fou, Black Keys déglingués, le tout en français. Un côté M aussi, chez Padovani. Nous empruntons leurs « Chemins de Traverse » dont les paroles (« donne-moi la main ») sont hautement performatives.

Tant se déploient les accords cristallins du clavecin électronique, on se demande même s’il est bien nécessaire de faire revenir Pink Floyd cette année. Et c’est en apothéose qu’ils paraphent leur set, tours de Lune, face cachée, puis face pure. Padovani est un Petit Prince sous substances. Les mélodies de frelons électroniques vibrent dans l’air et s’enfoncent comme des piqûres. Et pour leur final enlevé, en « Folie Pure », ils nous offrent un beau mélange d’influences entre Rita Mitsouko, Fool’s Gold et Vampire Weekend. L’ivresse de l’espace, c’est ça Moodoïd !

Damon et ses démons

Sous une étoile à sept branches, les roadies s’activent. Le Casino s’apaise et l’on a du mal à distinguer combien d’ombres entrent en scène. L’intro funk est dingue, menée par le batteur surchauffé, les deux guitaristes électrisés et les 6 (!!!) choristes. Même dans ce style, peu emprunté pourtant par Albarn, on y reconnaît sa patte.

Le fils prodigue de la Britpop qui jouait déjà en 1991 au Festival des Inrocks, entre en scène, dansant, en jouant de son traditionnel mélodica. Sa voix est reconnaissable entre mille. Il joue, mime le théâtre qui règne depuis des années dans sa tête, celui qu’il a transposé dans des opéras, des spectacles et dans ses personnages, holographiques ou animés.

Le public est extatique. Il applaudit à tout rompre avant même que l’anglais ait dit un mot. Albarn jette l’eau de ses bouteilles sur la foule et s’en excuse à moitié. Comme un symptôme. Damon Albarn est entre deux âges. Il n’a pas vieilli, ni vieux crooner, ni petit beau gosse de la pop. Il rappelle à plusieurs reprises combien il aime Paris, combien il est content d’être là et surjoue beaucoup sa joie. Ses chansons, adressées à des femmes, il les déclame au public. Un peu populiste. Mais tout le monde aime ça.

Mais le passage sur son dernier album, Everyday Robots, est d’un ennui à mourir. Damon Albarn veut désormais être solo. Mais il n’est pas une personne. Il a été transcendé par l’identité de ses groupes et de ses personnages. Et ne peut offrir qu’un pot-pourri difficilement cohérent, outre le fil de sa voix.

On sent l’écriture automatique, une fausse fantaisie désenchantée. Damon passe au piano et entonne ses dernières chansons, qui paraissent desséchées. Des hymnes, toujours, mais moins porteurs que ceux que l’enchanteur a créé, dans le passé. Néanmoins, il ne lâche pas son univers créatif et reste un très beau conteur.

Damon Albarn n’est pas une star. C’est le génie de plusieurs lampes, de Blur à Gorillaz, de The Good, The Bad And The Queen à ses derniers projets avec Amadou et Mariam ou le Cirque du Soleil. Il n’est jamais meilleur que quand il se cache. Dans le public, certains réclament Coxon (le guitariste de Blur). « Il n’est pas là », répond-il. Mais le mirage ne trompe personne.

Mais il n’a qu’à lever les bras et la foule délire. Et il accepte la caricature, exagère son excitation, sautillant comme un vieil ado anachronique. On chante beaucoup mais on déchante aussi. C’est dur, oui… Ce concert l’était.

Jusqu’à ce qu’apparaisse sur scène le grand Oxmo Puccino, pour un Clint Eastwood extraordinaire. La suite, un mélange de Blur (« End of the Century »), de Gorillaz (« Don’t Get Lost in Heaven ») et de titres récents (« Mr Tembo ») est l’image incomplète de ce qu’est vraiment Damon Albarn : le tenant d’un éclectisme qui assume ne pouvoir être sans les autres.

Le reste de la programmation de cette édition 2014 du Festival des Inrocks, c’est par ici.

Visuels : (c) Robert Gil

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Elie Petit
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One thought on “[Live report] Moodoïd et Damon Albarn au Festival des Inrocks”

Commentaire(s)

  • m

    Heu… Moodoid, c’est le groupe avec le chanteur qui se prend pour -M-, qui arrivait vaguement à avoir un tiers des applaudissements de la fosse et qui nous a fait regretter le départ des excellentes jumelles d’Ibeyi ? Peut être que vous avez été aveuglé par votre enthousiaste mais l’accueil a été plus que mitigé… Preuve le chanteur qui remercie les Inrocks pour les avoir inviter à participer au festival suivi par un « Si on avait su… » lourd de sens. C’était dur oui mais heureusement Damon l’était beaucoup moins.

    novembre 15, 2014 at 17 h 21 min

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