Pop / Rock

[Live report] Granville et Mustang au Point Éphémère : la scène indé française mise à l’honneur

[Live report] Granville et Mustang au Point Éphémère : la scène indé française mise à l’honneur

17 janvier 2013 | PAR Bastien Stisi

Au sein des dédales consciemment délabrés et graffés du très branché Point Éphémère, la revue Magic présentait hier soir une nouvelle édition de sa soirée « Tombés pour la France », mise en avant ponctuelle des noms les plus prometteurs de la scène indépendante française. Pour cette troisième édition, place aux performances contrastées et éclectiques de l’italo-disco d’Alex Rossi, de la pop californienne/normande de Granville et de la « pop and roll » de Mustang.

Alex Rossi : parolier et poète pop

Encombrement salvateur : afin de compenser la température glaciale et anesthésiante qui fait régner son diktat sur les bords du quai de Valmy, le public parisien paraît s’être passé le mot, et a pris le parti de remplir abondamment le Point Éphémère, à tel point qu’il est d’emblée bien malaisé pour quiconque d’effectuer le moindre mouvement corporel…Est-ce à cause de cette proximité réchauffante mais digne d’une heure de pointe sur la ligne 1 que le public reste figé et peu réceptif devant la prestation pourtant pleine d’entrain et de bonne volonté proposée par Alex Rossi, en ouverture de la soirée ? Variété teintée de pop et citant allègrement MiossecVincent Delerm ou Arthur H, le parolier français d’origine italienne ouvre le bal avec son tube « Je te prends », initialement interprété avec la chanteuse Inès Olympe Mercadal. On notera également l’interprétation rythmée du très bon « Chair et Canon ». Désinvolte talentueux, plein d’humour et d’autodérision, Alex Rossi se dandine langoureusement, parle de la météo, récite un poème qu’il a composé sur la dureté de son expérience musicale et de la difficulté de décrocher un contrat en maison de disques, et s’offre deux interprétations consécutives de son « Ultima Canzione », ballade follement kitsch évoquant l’italo-disco des eighties et les grandes heures de la vieille gloire italienne Lucio Battisti. Sur ce dernier morceau, Arnaud Pilard et Romain Guerret, deux membres du groupe Aline, qui ont participé à la production du titre, viennent accompagner le chanteur, qui trouve là une occasion de rappeler et d’honorer les origines de son patronyme transalpin.

Granville : souffle californien sur le canal Saint-Martin

Alex Rossi de retour en coulisses, le Point Éphémère se prépare à effectuer un long et changeant voyage, et à quitter les rives de la Méditerranée italienne pour se projeter bien plus au Nord, vers les rives normandes et rafraichissantes de la Manche. Granville, quatuor originaire de la ville du même nom, débarque alors modestement sur scène, auréolé depuis quelques mois de la solide étiquette de « grand espoir de la scène pop française ». La chanteuse du groupe, Mélissa Dubourd, midinette à l’allure délicatement ingénue et gentillette, peine d’abord à faire entendre sa voix, il est vrai peu avantagée par une sono pas toujours irréprochable, avant de se reprendre largement. Pop californienne légère interprétée intégralement en français, résidus de garage rock aéré, Granville interprète avec professionnalisme et zen-attitude les premiers extraits des Voiles (« La Robe Rouge », « Les Voiles », « Nancy Sinatra »), leur premier album qui sortira dans quelques jours. Les guitares s’électrisent sur « Macadam », mais ce sont bien les sifflements de « Jersey » et ses paroles naïvement rêveuses et utopistes, qui évoquent follement le « Let’s go Surfing » des Drums, qui parviennent à transporter le temps d’un instant le quai Valmy et le canal Saint-Martin du côté de la Manche et du « Hawaï » de Granville, sur cette île connue pour avoir abrité la poésie engagée de Victor Hugo lors de son exil politique. Au premier rang, quelques bobos trentenaires sautillent gaiement : c’est l’odeur candide du yé-yé et des sixties qui imprègne et enivre gentiment la salle…Pour clôturer la jolie et (trop ?) timide prestation du groupe, le public est invité à s’enlacer sur « le Slow », ballade intemporelle et pleine d’humour que le public attendait avec impatience depuis le début de la soirée.

Mustang : frénésie pop and roll

À la sagesse scénique et bien élevée des Granville succèdent la mégalomanie musicale et l’expérience de la scène des vrombissants Mustang et de leur chanteur Jean Felzine, tête d’affiche véritable de la soirée et éminent représentant de la luxuriante scène rock clermontoise. Mélange de pop synthétique et de rockabilly sans contrebasse, Mustang déblaye son répertoire personnel et offre à un public conquis d’avance une ribambelle de titres émanant de leur premier album A71, de la complainte rock and roll « Anne-Sophie » au marginalisant « Pantalon », en passant par le synthétique « Pia Pia Pia » et par « C’est fini », la belle reprise de « Donkey Rhubarb » d’Aphex Twin. Si le Point Éphémère n’aura pas le plaisir d’entendre la reprise de « La Forêt » de Lescop, ni du très masculin « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin, on aura toutefois  droit à de nombreux extraits de Tabou, le dernier album en date (« Tabou », « Qu’est ce qui se passe », « La Princesse aux petits pois »), ainsi qu’aux gesticulations toujours aussi 50’ de Jean Felzine, qui ne perd pas une occasion de frotter goulument les cordes de sa guitare et de se remettre les cheveux en arrière, à l’image des mimiques capillaires de son idole et mentor Elvis Presley. Après un rappel fructueux et une session très rock en guise de clôture , les Mustang peuvent recevoir une belle et chaleureuse ovation de la part du public parisien, considérablement rassuré après ces quelques heures passées dans les entraves du Point Éphémère, sur les capacités scéniques et musicales de la jeune scène indépendante française…Cocorico.

Visuel © :  pochette de Tabou de Mustang; Marie-Lola Terver

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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