Pop / Rock

L’interview stroboscopique : First Aid Kit

L’interview stroboscopique : First Aid Kit

20 novembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Crépitements lumineux, rugissements scintillants, et coup de strobo sur les deux soeurs suédoises Söderberg, qui a l’aide de leur First Aid Kit et de leur troisième album Stay Gold, parviennent à fondre les tristesses au sein d’une pop folk lumineuse. On les avait vu superbes de justesse au Café de la Danse à la fin du mois de septembre. Les voici en interview :

Le nom de votre album, Stay Gold, est basé sur les mots du poète américain Robert Frost « nothing gold can stay ». Est-ce une manière pour vous d’exprimer une certaine forme de peur liée à l’évolution de cette carrière que vous avez débuté si jeune ?

First Aid Kit : Nous sommes tellement heureuses du chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui…et ça a sans aucun doute été un avantage de la commencer aussi tôt ! Ça fait sept ans que l’on a débuté notre carrière, et pourtant, on est encore dans la vingtaine…Mais c’est vrai aussi que l’on a parfois l’impression que tout ça est presque trop beau pour être vrai, que c’est un rêve qui peut prendre fin à tout moment. La chanson « Stay Gold » parle un peu de ça, mais plus généralement d’une peur de l’avenir, du fait d’apprendre comment apprécier ce que l’on a avant qu’il ne nous échappe…

Vous avez déjà déclaré que cet album parlait davantage de votre vie privée et de votre « vous » que le précédent. La musique, est-elle en train de devenir une thérapie encore plus importante pour vous ?

F. A. K. : Elle l’a toujours été, et c’est d’ailleurs pour ça que l’on a appelé notre groupe First Aid Kit (ndlr : littéralement « trousse de secours »). La musique console les âmes. Écouter ou écrire de la musique, les deux sont thérapeutiques. Elle aide les gens à se sentir moins seuls et à gérer leurs émotions. On a toutes les deux eu un tas d’expériences assez folles lors de ces deux dernières années, que ce soit d’un point de vue personnel ou professionnel, et on avait vraiment besoin d’écrire là-dessus, peut-être effectivement encore plus que par le passé.

Y a-t-il une perte de pudeur lorsque l’on est chanteur-compositeur ? Avec le titre « A Long Time Ago », par exemple, on peut avoir l’impression d’être confronté à une véritable lettre d’amour très personnelle…

F. A. K. : C’est effectivement une lettre d’amour très personnelle, mais je crois que l’on n’a pas envie d’en dire davantage à ce sujet. Il est en réalité assez effrayant d’écrire sur soi comme ça. Rendre publiques ses émotions de cette manière demande beaucoup de courage. Il y en a beaucoup sur cet album.

Contrairement aux précédents albums, vous introduisez sur celui-ci un orchestre symphonique. Y a-t-il là la volonté d’apporter davantage de profondeur à vos productions ?

F. A. K. : Ça a été une décision consciente de travailler davantage les arrangements que par le passé. On a eu la possibilité sur cet album d’avoir plus de temps pour expérimenter des choses en studio, et on a senti que nos morceaux appelaient des arrangements plus vastes. On a travaillé avec de nombreux musiciens extérieurs, dont la plupart viennent de la ville d’Omaha, au Nebraska (là où l’on a enregistré Stay Gold). Ça a été vraiment merveilleux d’entendre ces sons très nouveaux pour nous, et on est vraiment persuadées que les arrangements aux cordes de Nate Walcott (du groupe Bright Eyes) s’avèrent très cinématographiques et améliorent l’expérience émotionnelle de ceux qui écoutent nos chansons !

Sur Stay Gold, vous avez travaillé avec le même producteur (Mike Mogis) que sur The Lion’s Roar, votre précédent album. Était-ce un souhait pour vous de marquer une filiation entre ces deux albums ?

F. A. K. : On a adoré travailler avec Mike Mogis sur The Lion’s Roar, et il aurait été impensable de ne pas le refaire sur celui-ci ! Il sent véritablement notre musique, il sait tout de nos harmonies et de nos paroles, et surtout comment les faire parfaitement dialoguer. Nous sommes de grandes fans de son travail !

Sur ce nouvel album, on perçoit une certaine forme de tristesse, mais également une certaine forme de sagesse. Les deux sentiments sont-ils donc liés ?

F. A. K. : Il est certain que notre musique est très amère. On s’est pas mal inspirées de la country music, un genre dans lequel les paroles peuvent être mélancoliques et les mélodies joyeuses. Il y a toujours de l’espoir dans nos chansons. Une vision de la lumière au bout du tunnel. Peut-être qu’il y a une forme de sagesse, le fait d’apprendre finalement de nos erreurs…on l’espère en tout cas !

Je suis à la recherche de sons pour remplir mon iPod…quelque chose à me conseiller ?

F. A. K. : Oui, bien sûr ! Là, tu as quelques-uns de nos coups de cœurs : Hurray For The Riff Raff, « Blue Ridge Mountain » – The Staves, « Blood I Bled » – Father John Misty « Bored In The USA », Reigning Sound, « Never Coming Home »…


First Aid Kit, Stay Gold, 2014, Columbia, 38 min.

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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