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Corine: « la musique disco c’est  au départ la musique des communautés qui ont été mises de côté »

Corine: « la musique disco c’est au départ la musique des communautés qui ont été mises de côté »

07 février 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Corine est le phénomène inclassable de la saison. Disco/Retro/Electro. Ce qui est sur c’est que Un air de fête sorti chez  Universal Music Division Polydor l’année dernière n’a pas fini de nous faire danser. Elle sera le 14 février sur la scène du Bal Paramour à la Mairie de Paris.

 

Depuis cet été et Fille de ta région 2, votre carrière s’est envolée. Cet automne, vous serez sur la scène de l’Olympia ! 

C’est un rêve qui devient réalité. Les choses se sont organisées de façon assez fluides et pas tellement réfléchies, stratégiques. c’est vraiment parce que il y a une demande par rapport à ça. On a fait le Trianon qui a été complet très rapidement. Les tourneurs ont eu cette envie, après la tournée cet été dans les festivals, d’avoir un rendez-vous parisien à l’automne.

Votre look et vos textes sont à contre-courant d’un mouvement qui se niche dans #meetoo,; qui prône le naturel et tout refus du « sexy ».  Par exemple,  René Maurice et tous les autres se passe dans un club échangiste.

On n’est pas des femmes objets…

Femme objet, je ne sais pas mais vous défendez quand même une nana qui s’assume pleinement, qui n’a pas peur de séduire, d’être très maquillée… pouvez-vous me dire comment ce personnage est né ? 
J’ai envie de dire que évidement, il y a une forme de jeu, il y a quelque chose d’exacerbé quand je suis sur scène, dans mes clips, dans la façon que j’ai de me mouvoir, de parler au public, de raconter mon histoire .. après je pense aussi que c’est authentique et que c’est la continuité de moi et de mon combat de femme aussi.  Je me sens très proche aussi de ces femmes-là et je pense que c’est une autre manière de raconter sa féminité. Moi je ne suis pas féministe poing levé, je ne suis pas pour le communautarisme, je pense que c’est dans nos différences avec les hommes que l’on peut gagner des combats mais que c’est en étant alliées avec eux aussi … dans le monde tel qu’il est, il y a beaucoup de souffrance de leur coté aussi, on attend beaucoup d’eux dans quelque chose qui est très réducteur je trouve : le mec doit avoir de l’argent, il doit avoir une grosse bite, il doit faire des gamins, il doit être macho sinon c’est un petit con … un homme aujourd’hui pour montrer sa sensibilité, sa féminité c’est compliqué aussi. Et moi je trouve que nous les femmes, c’est aussi notre pouvoir, avec notre corps, avec l’humour, qui sont des armes imparables face aux réflexions, au machisme. Pour moi, ça s’est fait au fur et à mesure des années, le fait d’assumer pleinement ça, d’écrire des textes qui se jouent des codes …

C’est vous qui écrivez les textes ?
Oui. La musique aussi, mais on l’écrit à trois. Avec Dorion Fizsel et Marc Collin. Mais sinon j’écris tous les textes oui. Prenez « René, Maurice et tous les autres » par exemple, c’est un texte très inspiré du cinéma Nouvelle Vague, qui raconte l’histoire d’un mec qui me dit « je vais chercher des chocolatines » et il revient pas, je le retrouve dans un club de rencontre mais pas sur la piste de danse… je reprend des codes de cette époque là, une façon de parler du quotidien « l’air de rien » et qui raconte plein de choses derrière.

En parlant de combat de femmes, je crois que je vous serez aux côtés de Julia Palombe pour le PINK BRA BAZAAR, 
Oui ! C’est en  juin, un concert pour soutenir la lutte contre le cancer du sein dont elle est l’ambassadrice.

Elle aussi elle défend l’ idée que l’on peut être féministe, et pourquoi pas le poing levé d’ailleurs, et en talons aiguilles

 Je suis féministe, parce que de toute façon je suis une femme. Mais je suis pas pour, dans tous les combats tels qu’ils soient, quelque chose qui soit trop enfermant. Je crois qu’il faut garder de l’ouverture mais que oui, quand tu es une femme il faut mener des combats et que c’est un statut qui est différent de toute façon… mes textes sont nés de toutes les claques que je me suis prise et en effet, au lieu de me dire « je me maquille plus », « je prend plus de plaisir »,  moi à l’inverse de ça je vais montrer mes seins et mon cul, je vais transpirer dans un clip et je vais me faire verser du chocolat dessus en regardant la caméra et en demandant « c’est quoi que t’as envie de voir là dedans? ». je joue avec ça, mon but c’est pas juste de dire que je me suis fait salir avec du chocolat, c’est de dire que c’est moi qui maîtrise, c’est moi qui m’amuse avec ça et je peux prendre du plaisir. Mon corps c’est une arme pour dire : je fais ce que je veux, je m’assume comme je veux et je montre ce que j’ai envie de montrer. Je revendique une liberté. Je ne vais pas m’enfermer en me disant que « les hommes sont méchants et je ne veux pas qu’on me regarde ». Pour moi ça c’est un contre combat de se renfermer. Il y aura toujours des hommes et des femmes (parce que les femmes entre elles aussi peuvent être malveillantes) qui auront un regard négatif sur nous.

 

Comment avez vous commencé à écrire ?

Tout ce que je fais n’est pas né d’une réflexion permanente, c’est moi je suis comme ça. J’ai commencé à écrire par un besoin profond d’écrire des textes, avec cet humour là, avec ce coté décalé. Je suis une grande fan de Katherine depuis longtemps et j’avais envie d’écrire des textes un peu là dedans. Il y a jamais de femme qui écrit avec cette tonalité là. Il y a eu plein de choses qui m’ont inspiré, il y a eu Catherine Ringer en 80  qui avait ce coté femme forte, sorcière, hyper sexy dans les clips de Mondino où elle est très maquillée et en même temps assez intouchable ; elle est drôle, piquante, elle se laisse pas emmerder. Je crois qu’on est toutes dans des formes différentes mais en tout cas pour moi, c’est la continuité de mon chemin.

Quel est votre chemin ?
Par le théâtre déjà, beaucoup, mais quand j’étais très jeune, à 14 ans j’allais de village en village jouer du Molière, beaucoup de comédies et puis après j’ai rencontré ma « voix » (dans le sens premier du terme) dans le cabaret. Le cabaret mise en scène avec du Barbara, Regiani … et c’est là que je me suis rendue compte que c’est ça que je voulais faire dans ma vie. Ça devenait viscéral de chanter

De chanter avec un petit son disco quand même !
Avec un son disco parce que j’ai besoin d’un rapport à la danse et cette musique le permet. Et c’est une musique que je trouve tout sauf enfermante justement, elle permet d’explorer plein d’espaces et moi dans mon album j’ai pas l’impression d’être que dans du disco, il y a un reggae, une ballade … le point toujours qui reste important c’est que ça se danse, ça se ressent et j’ai aussi l’impression que c’est une musique qu’on peut oublier aussi et avec laquelle on peut se laisser porter. C’est ça qui me touche moi particulièrement.

Dans quelques jours vous serez sur la scène de la mairie de paris, c’est plus iconoclaste que l’Olympia ! Pour le bal Paramour ! J’imagine que vous êtes très heureuse de faire ça. Et votre musique ramène aussi aux moments où on mourrait du sida …

Oui exactement.
Ce que je trouvais très intéressant dans le projet c’est qu’ils parlaient de cette lutte là avec la dimension de la mise en valeur de l’amour, du partage, de l’échange, de la vie et pas juste avec quelque chose de trop dur. Mais ce qui m’a concernée tout de suite c’est que ce sont encore 6000 personnes qui tombent malades et sont porteuses du virus chaque année et que surtout il y a 25000 personnes qui ne sont pas au courant qu’ils portent le virus. Ce qui est important c’est surtout le dépistage et de dire aux jeunes que ça existe encore et qu’il faut faire attention. Ça a aussi énormément progressé, les traitements sont beaucoup plus efficaces qu’avant. Je trouvais que la proposition du Bal Paramour avec cette line-up super, les gens au cœur de l’association qui sont hyper dynamiques, positifs, c’est fertile. Ça va être une réunion heureuse qui parle en même des sujets sans tabou donc je me suis dit oui ça me concerne et ça m’intéresse. En plus Arnaud Robotini, Kiddy Smile, Camélia Jordana … il y a plein d’artistes dans lesquels je me retrouve donc je pense qu’on va s’éclater.

Comment ça va se passer ? Vous allez faire quelque chose ensemble ? Ou c’est vraiment un Line up ?
Oui c’est un line up, on est tous bénévoles, on donne de notre temps et c’est normal mais c’est vrai qu’on a pas eu le temps d’échanger vraiment avec les emplois du temps tout ça. Mais il y a Hakim Ghorab qui  met en scène toute la soirée, il va y avoir des danseuses de l’opéra.

C’est aussi un sujet qui me tient à cœur, au delà de la question du sida, la musique disco c’est vraiment au départ la musique des communautés qui ont été mises de coté ; queer, black, homosexuelles et qui dans les années 75 fin 70 se sont retrouvées sur les pistes de danse pour être dans la résilience et pour assumer leur différence. Je trouve que aujourd’hui plus que jamais c’est d’actualité, on est en pleine régression  et je pense que c’est important de continuer à dire « ouais aujourd’hui on a beaucoup de chance en France,  mais aussi que l’on est jamais loin d’un retour en arrière ». Il faut faire attention et je trouvais que dans cette soirée là, il y a toutes ces communautés dont il faut parler et qu’il faut continuer à défendre. Il faut savoir par exemple qu’aujourd’hui une personne atteinte du sida n’arrive pas à se loger, quelle est totalement mise de coté. C’est un vrai problème l’acceptation de la différence dans notre société. Et cette musique, sous ces airs légers, est vraiment porteuse de combats et de profondeur. Donna Summer quand elle chante ce n’est  pas que futile ce sont des grandes déclarations d’amour à une culture.

Ce que vous dites raisonne beaucoup avec l’actualité des spectacles. Dans Les Idoles de Christophe Honoré qui est peut être le chef d’œuvre de l’année Bernard Marie Koltès Danse avec Travolta,  Jusque là e n’avais pas perçu que la période disco était le moment du basculement.

Complètement, et en même temps c’était vraiment une musique de combat pas seulement de fête, c’était un moyen pour toutes ces communautés de revendiquer à travers l’oubli, le lâché prise, mais ils se retrouvaient la nuit pour danser, puis c’est la naissance du vinyle, des gens qui écoutent la musique noire, c’est le début du mélange des cultures et je trouve que c’est pour ça que le disco n’est jamais mort. Tu trouveras toujours quelqu’un qui a dansé sur du Donna Summer ou du Claude François, qui est le premier a avoir fait de la disco en France. On en parle jamais d’ailleurs, parce que c’est kitch, c’est populaire et  négatif alors que d’un point de vue musical, il y a des titres qui sont énormes. Comme chez Michel berger..

Oui ! Et France Gall,Véronique Sanson … Ce que j’adore dans votre album, pour citer votre amie Juliette Armanet, c’est le « pin’s de nostalgie » et en même temps c’est tellement moderne.. comment vous arrivez à « faire moderne » avec des codes assez anciens ?
Je crois qu’il n’y a aucun artiste aujourd’hui qui invente vraiment quelque chose, qu’il y a toujours quelque chose qui a déjà existé. Mais ce qui rend unique notre objet créatif c’est ce qu’on est nous, donc oui c’est moderne parce que je suis une femme d’aujourd’hui et que ma façon de chanter est moderne, il y pas de chœurs..

C’est quasiment parlé parfois.
Oui, c’est très cinématographique, il y toujours quelque chose avec une histoire que je raconte, on rentre dans un univers. J’avais aussi cette volonté de ne pas mettre plein de chœurs comme en disco  où il y a aussi plein de reverbs. Je voulais quelque chose de plus brut, plus moderne oui, un peu plus électro aussi mais ça je crois que c’est simplement parce que je suis une femme qui vit maintenant. Quand l’album est sorti on a beaucoup dit que c’était un revival disco, ce que je ne voulais pas. Quand Philippe katherine a fait Magnum tout l’album est over seventies. Il ne faut pas se poser trop de question sur le « tout a déjà été fait ». Et ça c’est génial parce que ce qui va rendre unique la chose c’est nous comment on va investir le terrain.

Et dernière question, est-ce que vous pensez au futur ?
Tres sincèrement, je ne suis pas quelqu’un qui se projette beaucoup, même ça m’angoisse si je me projette trop, très vite j’ai un coté sinistre. Donc je ne le fait pas et je suis pas dans une projection d’un deuxième album. J’écris tout le temps de nouvelles chansons mais sans pression, sans me dire qu’en novembre prochain je suis en studio.  La seule petite projection que j’ai là tout de suite c’est l’Olympia qui arrive au bout de ma tournée… mon cerveau est en ébullition sur ça, sur le travail du live.

Visuel : pochette d’Un air de fête

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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