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« Paramour, le bal » : Michel Simon de Link nous parle de célébrer la Saint Valentin à l’Hôtel de ville pour un Paris sans Sida

« Paramour, le bal » : Michel Simon de Link nous parle de célébrer la Saint Valentin à l’Hôtel de ville pour un Paris sans Sida

15 décembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

Imaginé sur le modèle du Life Ball de Vienne,  le Bal Paramour aura lieu pour la première fois le 14 février 2019 dans les Salons de l’Hôtel de ville. Avec des stars nationales et internationales, (déjà confirmés Kiddy Smile et le DJ Arnaud Rebotini), une chorégraphie de soirée signée Hakim Ghorab, cet événement élégant où la garde républicaine va côtoyer des petits rats de l’opéra se propose de célébrer l’amour pour une cause forte : Un Paris sans nouvelle contamination de Sida d’ici 2030. Michel Simon, fondateur du fonds Link, à l’initiative de ce bal, a répondu à nos questions.

C’est la première fois qu’il y a une idée de bal, de fête de Vienne en France pour la cause du sida ?
Michel Simon : Cette forme-là oui.  Juqu’ici il y a surtout eu des ventes d’art contemporain, des événements culturels comme les Solidays et des dîners  comme le celui d’Aides où je suis militant depuis 25 ans. une fois par an. Mais sous un bal élégant et haut de gamme pour lutter contre le Sida à Paris, c’est une première.

Est-ce qu’il y a 15 ans, ça n’aurait pas pu choquer certains de faire un bal pour lutter contre une maladie comme le Sida ?
MS : Nous organisons une soirée pour les personnes qui sont discriminées et qui vivent des situations difficiles. Ça sera toujours bizarre de faire un événement luxueux et très beau. Et en même temps si on veut aller cherche des grands financements, nous sommes obligés de mener des actions de ce type-là. Après avoir été au conseil d’administration d’Aides pendant 15 ans, J’ai créé Link pour venir en complément des levées de fonds de l’association Aides, sachant que les associations lèvent des fonds auprès du grand public, des petits donateurs comme fait Sidaction ou Solidarité Sida et que souvent elles ont du mal récolter des fonds auprès des grands donateurs, des grandes entreprises et des fondations. C’est la raison pour laquelle nous avons créé Link. Notre richesse c’est l’humain, les personnes qui constituent le fonds. Nous sommes constitués de 50 de cadres dirigeants et d’entrepreneurs qui ouvrent leur carnet d’adresse et qui,, ensemble montent des événements pour lever des fonds en direction des grandes entreprises et des grands mécènes. Nous reversons tout de suite l’argent et nous fonctionnons avec très peu de frais. Nous avons juste deux salariés et une personne sur le budget du bal proprement dit. Nous limitons nos frais à 10 % maximum.

Pour quelles causes levez-vous cet argent ?
M : Notre principale action de levée de fonds c’est pour la lutte contre le sida. Nous y avons ajouté la lutte contre l’homophobie mais dans une moindre mesure. Nous sommes à un moment particulier où il est possible d’arrêter l’épidémie. Tous les spécialistes disent qu’en 10 ans, l’on peut stopper les nouvelles contaminations.

Pour ce faire, il faut trouver les personnes porteuses qui ne le savent pas et leur proposer très vite un traitement. C’est-à-dire qu‘il faut réduire le délai entre la contamination et le dépistage. Entre la contamination et la mise sous traitement il se passe 4 ans. C’est trop long et pendant ces 4 ans il peut y avoir contamination. L’objectif c’est le de ramener de plus en plus court avec des dépistages répétés notamment pour les personnes les plus exposées : les hommes qui ont des relations sexuelles avec les hommes et les migrants. L’année dernière pour ces personnes là la recommandation était d’un dépistage par an et aujourd’hui c’est tous les 3 mois. Aujourd’hui, on n’a plus besoin de demander une ordonnance à son médecin pour se faire dépister. La ministre de la santé vient de dire qu’il faut mettre en place des possibilités de dépistages gratuits dans les laboratoires, il y a aussi beaucoup d’associations qui elles font des dépistages gratuits avec une goutte de sang au bout du doigt. En trois minutes on a le résultat. Nous promouvons également l’auto test : chez soi et en 10 minutes on a le résultat et il y a déjà un million d’auto test qui sont vendus par an. C’était assez cher encore jusqu’à l’année dernière car le prix moyen était de 28 euros; il vient de baisser à 10 euros. Mon espoir c’est qu’au bal tout le monde repartira avec un petit sac à dos, et notamment avec l’auto-test.

Puis ensuite c’est le traitement immédiat. Parfois en France entre le moment où la personne a été dépistée positive et le moment où ils avaient accès à un traitement ça pouvait prendre un mois. Avec des dispositifs comme les Centres de Santé Sexuels, ces délais doivent baisser. Aujourd’hui, les personnes traitées ne transmettent pas le virus, même sans préservatif. L’objectif est de développer très fortement les dépistages.

Il y a un programme, une stratégie d’ONUSIDA, validé mondialement qui s’appelle 90-90-90, c’est-à-dire qu’en 2020 90% de personnes positives sont testées, 90% des personnes testées sont sous traitement et 90% des personnes sous traitement ont un traitement qui fonctionnent, sont indétectables et ne transmettent pas.

Et c’est faisable à l’échelle de la planète ?
M : C’est faisable à l’échelle de la planète, toujours en faisant dépister au maximum pour tout de suite offrir un traitement. Mais à ce niveau de la planète, il y a un élément important, c’est le respect des droits humains car dans tous les pays où ils ne sont pas respectés, les personnes les plus vulnérables échappent ou bien, parce qu’elle sont persécutées ou condamnées, n’auront pas accès au programme de dépistage et de soin. Ça fonctionne bien dans les pays où il n’y a pas de pénalisation de la sexualité, de l’homosexualité, des travailleurs du sexe ou il y a des conditions de soin en détention qui sont pas trop péjoratives.

Et pour les populations sujettes à l’usage de drogue ?
En France, nous avons vraiment eu un succès extraordinaire. Au début de l’épidémie en France, les usagers de drogues représentaient 1/3 des nouvelles contaminations. Aujourd’hui c’est entre 1 et 2%. Ça fonctionne parce qu’on a partout des programmes d’échanges de seringues, ils peuvent accéder à des programmes de réduction des risques et ça avec l’accès à du matériel stérile. C’est vraiment un outil indispensable et qui a fait ses preuves partout où il a été mis en place mais ça implique que la santé publique prenne le pas sur l’organisation des consommateurs. A partir du moment où on considère d’abord que les usagers de drogues ont besoin de soin avant de les considérer comme des délinquants, et bien on les amène vers la réduction des risques. Mais ça ne se passe pas dans d’autres pays comme en Russie où on pourchasse les usagers de drogue et là l’épidémie flambe en direction de usagers de drogue car la transmission sanguine par l’échange de seringues est la plus facile, la plus rapide.

Comment avez-vous eu l’idée du Bal avec ce joli nom « Paramour » ?
Depuis plusieurs années, chaque premier décembre, nous rassemble une cinquantaine de cadres dirigeants à un beau dîner. Mais nous nous sommes dit qu’il était dommage de mobiliser autant de matière grise juste pour un événement annuel. Et on a cherché pendant longtemps à avoir un deuxième événement, Or, beaucoup de membres allaient au Life Ball de Vienne et nous sommes assez proche de son créateur qui nous a encouragé à le faire à Paris. Le Bal Paramour, c’est aussi l’écho d’un un grand mouvement qui a été lancé il y a quelques années dans « les fast-track cities » : une lutte particulière des grandes villes contre le sida et Paris est l’un des leaders. Nous nous sommes dit que nous allions mettre en avant Paris comme l’une des plus grandes villes luttant contre le sida. Or, Paris, qui met à disposition – sur le modèle de Vienne- et l’Hôtel de Ville et son personnel, c’est la ville de l’amour. Des amoureux et l’amour sans SIDA c’est ce que nous voulons. Notre engagement à nous est que les fonds qu’on va lever, le bénéfice de l’évènement seront investis en totalité dans les projets de lutte contre le sida dans Paris. Et notamment pour l’association qui a été créée par la mairie de Paris « Vers un Paris sans sida » qui coordonne tout à un tas d’actions.

 

Retrouvez parmi la riche programmation du bal la chanteuse Corine que l’on a interviewé. 

 

visuel: Michel Simon parlant de la soirée du 14/02/2019 photo prise lors de la conférence de presse de Paramour, le Bal le 13/12/2018 à ‘lhôtel Shangri-La, à Paris (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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