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[Chronique] « Annabel Dream Reader » de The Wytches : sombre et urgent

[Chronique] « Annabel Dream Reader » de The Wytches : sombre et urgent

26 août 2014 | PAR Bastien Stisi

Entre post-punk curtisien, garage psyché et lyrics pseudo baudelairiens, The Wytches trouve la formule d’un sortilège vital. Annabel Dream Reader paraît chez Heavenly Recordings et est le premier album du trio. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces rêves-là sont agités.

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Afin d’apparaître plus facilement sur les moteurs de recherche,  « The Witches » au bout de quelques semaines d’existence, a remplacé son « i » originel et ensorcelé par un « y », répondant ainsi désormais au nom de « The Wytches ». Démarche judicieuse, et miracle du référencement : on peut dès lors tomber directement sur le site officiel du groupe, puis sur son Soundcloud, en tapant son nom sur Google, et par là même, éviter de confondre ce trio de poupons pas bien âgés (suffit de jeter un œil à leur page Facebook ou leurs clips pour s’en convaincre) avec une armada de vilaines sorcières amatrices de chats aux poils foncés et de verrues sur le pif.

Il n’empêche que l’on sera quand même obligé de penser à cette drôle de nomination originelle au moment de se pencher sur l’écoute de cet orage aux grondements acérés. Parce que la tentation de la métaphore filée est grande, d’abord. Et surtout, parce que le son âpre, brut, urgentissime, possédé, de ces garçons-là, rend addictif dès la première écoute, comme s’il on était justement touché par un drôle de maléfice. Le même, peut-être, qui a touché l’Annabel évoquée dans le titre, et dont les rêves semblent avoir été pénétrés par une âme extérieure à son enveloppe cérébrale ordinaire…

Et pourtant, s’il s’agit bien d’un sortilège, il faudra reconnaître que celui prononcé ici doit son fonctionnement à une formule toute simple, à savoir le mélange on ne peut plus classique de la basse, de la guitare, de la batterie, et du chant fracturé d’un leader (Kristian Bell) à la plume poétique malgré des tonalités ulcérées.

Et c’est sans doute d’ici que vient l’addiction. De cette poésie intrinsèque mais camouflée, cachée entre les fracas multiples des guitares, que seuls entendront ceux qui voudront bien tendre l’oreille, et voir la beauté sensible là où le verbe est effroyablement gueulé plutôt que d’être sagement énoncé.

Dans les lyrics, dans la démarche, dans le son aussi, bien sûr, on aurait ainsi pu croire The Wytches échappés du Manchester de la fin des années 70, juste avant l’omnipotence du label Factory. Le groupe s’est en réalité formé du côté de Peterborough, a muté à Brighton, et plutôt que d’effectuer les premières parties de Buzzcocks ou de The Fall, a effectué celles de Metz ou de Japandroids au cours de l’année écoulée, et fait paraître aujourd’hui son tout premier album sur le label londonien Heavenly Recordings (celui de TOY, de Temples, de Cherry Ghost).

Un album attendu (surtout outre-Manche) par ceux qui avaient déjà été confrontés à leurs toutes premières turbulences, compilées sur ce premier LP (« Beehive Queen », « Robe For Juda », « Crying Clown »), et qui confirme l’attirance du trio pour les ambiances cradotes et inquiètes (« Disgaw », « Wide At Midnight »), pour les mélodies post-punk et tracassées (« Fragile Male », « Burn Out The Bruise »), pour le garage titillé par un post-punk irrité qui confirme l’urgence de création d’un album aussi nécessaire pour le trio que pour les auditeurs aux tympans les moins fragiles.

The Wytches, Annabel Dream Reader, 2014, Heavenly Recordings / Partisan Records / [PIAS], 47 min

Visuel : © pochette de Annabel Dream Reader de The Wytches

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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