Musique

Nico, la Salomé du XX ème siècle

Nico, la Salomé du XX ème siècle

08 mars 2013 | PAR Lucie Droga

« Femme fatale », c’est le nom de la chanson issue du premier album du Velvet Underground… Une chanson pour le moins explicite, chantée par Nico, cette allemande blonde à la voix lugubre qui apparaît tout au long de « The Velvet Underground And Nico » : redoutée, redoutable, cette Salomé des temps modernes a su enchanter puis détruire tour à tour aussi bien les autres qu’elle même…

Née Christa Päffgen, Nico rentre rapidement dans le monde de la Factory, poussée par un Warhol qui en fait sa première superstar, cet être humain transformé régulièrement en oeuvre d’art, bien avant l’arrivée d’Edie Sedgwich, autre icône de ce monde fermé qu’est la Factory. Fasciné par la beauté froide et déconcertante du jeune mannequin, Warhol la fait tourner dans son premier film expérimental qu’il réalise en 1966 avec Paul Morrissey, The Chelsea Girls et qui comprend une séquence récurrente montrant Nico en larmes, prise de réels sanglots.

Sa beauté hors-norme et éthérée décide Warhol à l’intégrer au nouveau groupe qu’il vint de dégoter, un peu par hasard, The Velvet Underground, qui tire son nom d’un livre traitant de sadomasochisme. Une bande de jeunes musiciens, dirigée par Lou Reed, incarnation vivante du fameux « sex, drugs & Rock’n Roll », qui, poussé par la bienveillance de Warhol, joue à l’époque pour la performance de ce dernier, Exploding Plastic Inevitable, projet qui associe à la fois musique, lumière et danse pour une expérience totale. Si l’incompréhension de la part du public est au rendez-vous, Warhol voit dans le chant prophétique et lunaire de Nico, un moyen de rajouter une touche glamour au groupe. Lou Reed lui donne alors à interpréter trois de ses chansons « Femme Fatale », « I’ll Be Your Mirror » et « All Tomorrow’s Parties » qui deviendront bientôt les titres phares de l’album The Velvet Ungerground And Nico, éclipsant des titres tout aussi réussis comme « The Black Angel’s Death Song ». La voix grave et inexpressive de la chanteuse, sa blondeur éclatante et son univers poétique et désolé semble trouver écho dans les paroles dévastatrices de Reed et les mélodies répétitives de John Cale.

Rapidement, Nico devient le centre des attentions grâce à sa beauté intimidante et sa présence fantomatique : véritable « femme fatale » qui semble se jouer des autres, comme elle le chantera dans la chanson éponyme « She’s gonna play you for a fool, yes it’s true », elle incarne à merveille l’esprit désinvolte du Velvet, se retrouvant régulièrement lors des concerts, seule face au public, pendant que les autres musiciens jouent de dos. Une mise en scène warholienne qui forçait à concentrer l’attention sur la beauté pure de Nico et contrastait volontairement avec l’agression sonore et visuelle que subissaient les spectateurs. Mais, si cette présence fascine, elle dérange aussi et surtout Lou Reed, qui, s’alarmant de se voir voler la vedette, ne cesse de la mettre mal à l’aise. Se sentant de plus en plus écartée, Nico finira par quitter le groupe en 1967 afin de débuter une carrière solo : elle sortira la même année son premier album Chelsea Girls, grâce notamment à la participation active de John Cale.

Si Nico incarne à elle seule l’image de la femme fatale dans le milieu musical, séduisant tour à tour Bob Dylan, Brian Jones, Jim Morrison, Mick Jagger et Philippe Garrel, pour lequel elle jouera dans La Cicatrice Intérieure en 1970, il n’en reste pas moins qu’elle s’est retrouvée prise au piège dans ce rôle qui semblait taillé pour elle. Loin d’assumer sa beauté, l’écoute de ses albums met en évidence une fragilité certaine et un univers destructeur dans lequel elle posait avec beaucoup de réserve sa voix lunaire, portée par des textes remplis de tristesse. En 1985, elle avait déclaré au New Musical Express (NME) « Je préfère me droguer plutôt qu’être enfermée dans un asile de fous. Je suis nihiliste, alors j’aime la destruction, je dois l’admettre, et il faut une bonne raison pour empêcher quelqu’un de se détruire ». Une destruction lente et certaine, qui finira par l’emporter fatalement en 1988, mettant fin à son voyage au bout de la nuit.

 

Visuels : capture d’écran du site http://www.popmatters.com/

Image à la une : capture d’écran du site http://forums.thefashionspot.com/

Playlist Femmes Fatales
Laurence Jones, directrice de Paris Intiative Entreprise « les femmes entrepreneures que nous soutenons ne sont pas toutes des femmes fatales »
Lucie Droga

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