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Kunoichi : réalités et fantasmes des femmes fatales ninjas

Kunoichi : réalités et fantasmes des femmes fatales ninjas

08 mars 2013 | PAR Sandra Bernard

L’histoire et la réalité de la femme ninja (kuniochi) est par trop méconnue. Elles sont pourtant omniprésentes dans notre société de divertissements.

 

©Kunoichi, Sega, 2003

Souvent objet de fantasmes tant dans les films que les mangas et les jeux vidéos où ces jeunes femmes, aussi belles que vénéneuses, servent soit de prétexte à des girls fights sexy comme dans la série de jeux de combats Dead or Alive, avec ses emblématiques héroïnes aux formes ravageuses et aux coups fulgurants. A quelques exceptions près (Basilisk par exemple), ce sont également les faire valoir de leurs comparses masculins, souvent reléguées à des rôles de soutien, à l’image des personnages féminins du shonen à succès Naruto. En 2003, Sega a sorti, sur Playstation 2, un titre intitulé Kunoichi où l’on incarnait une femme ninja, mais dans des missions bien loin de la réalité.

 

©Naruto Sippuden, the lost tower, 2010

 

(Ayane) ©Dead or Alive Ultimate, Temco, 2005

La réalité de ces femmes de l’ombre était tout autre. Dès leur plus jeune âge, elles étaient entraînées aux arts du déguisement, des poisons, au combat au corps à corps, et surtout à utiliser avantageusement leur genre face aux ennemis. Leur rôle consistait à infiltrer les camps adverses, le plus souvent pour récolter des informations ou procéder à des assassinats discrets. Elles pouvaient donc se déguiser en, entre autres, geishas, prostituées, diseuses de bonne aventure, servantes, etc… Leur équipement, très varié, était le plus souvent dissimulé dans leur déguisement, petits couteaux dans leurs manches ou leur ceinture, voire même dans des instruments de musique ou des jouets sexuels ; des épingles empoisonnées dans leurs cheveux, de longs ongles pour griffer, des poudres aveuglantes, des cordes et des éventails (oui, c’est une arme officielle chez les samouraïs aussi) qui pouvait être utilisés de près. Leur sens de l’observation et de la conversation étaient des plus utiles dans leurs entreprises de manipulations et de désinformations. Très près de l’ennemi pour une période relativement longue (il fallait gagner sa confiance) le rôle des kunoichi était à la fois très dangereux et particulièrement ingrat ; la mission passant avant tout, il arrivait souvent qu’elles doivent donner de leur personne, à l’image des espionnes contemporaines. Toutefois, elles étaient bien considérées dans leurs clans, tant leur rôle était indispensable et leur entrainement long et compliqué (arts féminins ET art du combat et de l’infiltration).

 

Capture d'écran site euronews, école de Kunoichi en Iran

On notera tout de même que certaines œuvres récentes, en particulier des animes, présentent ces fleurs épineuses sous un jour plus proche de la réalité. Ainsi, dans le 15e épisode de Samurai Champloo, une ninja enquête sur un trafic de fausse monnaie en intégrant une maison close, ou encore dans Peace Maker Kurogane, où la seule femme du groupe connait une fin tragique lorsqu’elle est découverte.

 

(Yatsua) ©Samurai Champloo, Manglobe inc. 2004

Reconnaissons tout de même que la femme ninja, tant dans les faits que dans l’imaginaire, a été et est toujours une femme des plus fatales. Il existe toujours des écoles ninja pour femmes, mais ce sont bien des techniques de combat qui y sont enseignées, principalement le Budo-Taijutsu qui se base sur les mouvements du corps et non sur la force.

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Sandra Bernard
A étudié à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense l'Histoire et l'Histoire de l'Art. Après deux licences dans ces deux disciplines et un master recherche d'histoire médiévale spécialité histoire de l'Art dont le sujet s'intitulait "La représentation du costume dans la peinture française ayant pour sujet le haut Moyen Âge" Sandra a intégré un master professionnel d'histoire de l'Art : Médiation culturelle, Patrimoine et Numérique et terminé un mémoire sur "Les politiques culturelles communales actuelles en Île-de-France pour la mise en valeur du patrimoine bâti historique : le cas des communes de Sucy-en-Brie et de Saint-Denis". Ses centres d'intérêts sont multiples : culture asiatique (sous presque toutes ses formes), Histoire, Histoire de l'Art, l'art en général, les nouveaux médias, l'art des jardins et aussi la mode et la beauté. Contact : sandra[at]toutelaculture.com

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