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Edito : Cette femme, que nous déclarons fatale

08 mars 2013 | PAR Yaël Hirsch

A l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, la rédaction s’est mobilisée pour réfléchir à un sujet qui a l’air vieux comme le romantisme : la Femme fatale. A la fois toute-puissante et entièrement objet du désir de l’homme qu’elle mène à sa perte, cette femme-là a fait couler beaucoup d’encre. Non seulement elle a inspiré poètes, cinéastes, plasticiens… qui aiment se nourrir de ses formes à la fois effrayantes et parfaites mais également kyrielle de penseurs du féminisme qui débattent encore pour savoir si cette fatale là est un pas en avant pour les nanas normales, où si elle condense tout un attirail de clichés proprement aliénants…

A jauger sous toutes les cultures cette femme fatale dans les productions des années 2010, il semble que le rédaction elle-même n’ait pas tranché, longue dame brune croqueuse d’homme et de chansons, qu’elle soit manga-ninja, ou descendante d’une égérie factorielle à voix « grave et inexpressive » comme Nico, qu’elle cherche à se faire une place via la séduction, qu’elle lutte contre l’âge à grand coup de Botox, qu’elle défie James Bond à grand renfort d’orgasmes s/m, ou même qu’on la retrouve accrochée en son jus à l’exposition du Musée d’Orsay, « L’Ange du bizarre« , cette femme fatale a, par-delà ses courbes, mille et un visages. On le voit bien à travers les divers âges, fonctions et rôles que les femmes  autrefois privées de scène ont désormais acquis au théâtre.

Quid des avancées de cette enquête, donc sur le devenir de la femme fatale? Un certain apaisement autour du sujet, qui passe par la sagesse quand le Barbu fait le rapprochement entre cette égérie indomptable et la Nature que l’homme a voulu domestiquer. Et puis des progrès au fil de l’humour: Duchamp l’avait bien compris, qui fantasmait la fatale mariée et friable, totalement. Roméo résume avec élégance l’enjeu : « Finalement, mieux vaut peut-être – pour des raisons de santé publique – que la véritable femme fatale demeure un fantasme ».

Au milieu de ces fatals délires de beautés assassines, il reste néanmoins le feu d’un modèle. En lutte contre le destin soumis que lui aurait dicté sa superbe anatomie, la femme fatale prend parfois le pouvoir. Et il y a  toujours un exemple de courage dans cet acte, qui dépasse bien souvent le simple désarçonnement de l’homme : la figure biblique de Judith ou celle, historique, de Hannah Szenes luttent pour une cause plus grande que celle de leur liberté individuelle. Enfin, dans un quotidien tout aussi héroïque, les femmes qui se lancent dans l’aventure de créer une entreprise sont des combattantes admirables, explique Laurence Jones, la directrice de Paris initiative entreprise.

En vous souhaitant une très belle journée des droits de la femme, la rédaction vous propose de déguster sa playlist complétement fatale et d’aller tâter les voix féminines de demain, en gagnant vos places pour l’excellent festival, Les Femmes s’en mêlent!

 

La rédaction

visuel : Sans titre, 1978, photomontage original © Linder

Kunoichi : réalités et fantasmes des femmes fatales ninjas
Hannah Szenes : le destin d’une femme combattante
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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