Musique

Manon à l’Opéra Bastille : encore un ratage !

Manon à l’Opéra Bastille : encore un ratage !

11 janvier 2012 | PAR Christophe Candoni

Chaque nouvelle production présentée à l’Opéra de Paris fait décidément l’objet d’une déception. Heureusement, les reprises de La Dame de pique par Dodin, le Pélléas et Mélisande de Wilson et le Don Giovanni d’Haneke arrivent ! Mais Manon, le plus populaire des opéras de Massenet (avec Werther) donnée dans la nouvelle mise en scène de Coline Serreau est franchement accablant. Inepte et imbécile, telle est la lecture qu’en a faite la cinéaste. La pauvre Natalie Dessay retrouve sous sa piètre direction un des grands rôles de sa carrière.

Sans doute sa lecture de l’abbé Prévost est lointaine, peut-être aussi que Coline Serreau n’a rien compris au personnage-titre. En tout cas, elle n’a malheureusement pas trouvé l’empathie et la sensibilité nécessaires pour décrire la passion sulfureuse de cette amoureuse absolue, son appétit de la vie, ses rêves, sa vivacité et la liberté dont elle est éprise au risque de se brûler les ailes… Ce sont pourtant autant d’éléments qui constituent Manon dès sa première apparition dans l’air « Je suis encore tout étourdie ». Tout cela n’apparaît nullement dans la production qui dessine une Manon bien triste et fade. On n’y voit pas d’amour, pas de vie, une absence totale d’érotisme, de sensualité qui sont pourtant essentielles à la représentation de l’œuvre. Ou alors le sexe est vulgairement triste comme dans la gavotte où l’héroïne chante « Profitons-bien de la jeunesse » le visage sombre et fermé, coiffée d’une perruque blonde platine, statufiée comme une pauvre poupée et manipulée par des malabars sadomasochistes. Comment peut-on trouver crédible que Manon soit la victime d’un monde masculin réduit à ces stéréotypes ?
Ce n’est pas tout, les décors de Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine tantôt monumentaux tantôt cheap à faire peur, de même que les costumes dépareillés d’Elsa Pavanel sont hideux et sinistres. Tout concourt à un spectacle disharmonieux et sans goût. Les violents anachronismes dont jouent à loisir Coline Serreau n’empêchent aucunement de décaper des conventions tenaces à l’opéra et une direction d’acteurs limitée. Le plateau est souvent vide et statique, déséquilibré, les chanteurs chantent en avant-scène, face-public, comme dans l’ancien temps. Serreau veut faire jeune et se trompe complètement. Ni l’hôtel de Transylvanie transformé en squat punk gothique, ni les dévotes multicolores qui évoluent sur patins à roulettes entre les colonnes de Saint-Sulpice, pas même le bouge dans lequel se trouvent Manon et Des Grieux à Paris et les malheureux cartons à pizza devant lesquels Manon chante son émouvant « Adieu notre petite table » ne parviennent à rendre crédible son travail et délivrer une quelconque vision de l’œuvre.
L’opéra de Paris devrait avoir honte de proposer cette nouvelle production à une artiste de talent qui a joué le rôle partout et travaillé sous l’épatante direction de David McVicar – voilà une production lumineuse d’intelligence et de finesse – Natalie Dessay paraît brimée au service des idioties de sa metteuse en scène. N’a-t-elle pas pu rendre son rôle plutôt que de participer à ce saccage ? De plus, elle n’est pas formidablement accompagnée. Guiseppe Filianoti possède ce qu’il faut d’ardeur mais semble ne pas avoir conscience de ses limites vocales qu’il repousse continuellement en frôlant l’accident. Franck Ferrari est un Lescaut plus solide. Le dernier acte offre malgré tout son lot d’émotion. Enfin, l’orchestre sous la baguette d’Evelino Pido est bien mais un peu routinier.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

10 thoughts on “Manon à l’Opéra Bastille : encore un ratage !”

Commentaire(s)

  • Dessaix Françoise

    Je sais depuis plusieurs semaines que ce spectacle est un torchon!!!!!Pourquoi Natalie Dessay n’a-t-elle pas pu se retirer? Car , au moment de la signature de son contrat , la mise en scène devait être de Laurent Pelly et lorsqu’elle a voulu effectivement se retirer , « la Bastille » l’a menacée d’un procès! A noter que le ténor prévu initialement était Villazon :il a échappé au désastre alors que « la Bastille » avait rompu son contrat (eux , ils peuvent!!!!).

    janvier 11, 2012 at 10 h 00 min
  • lol

    lol ta critique

    janvier 15, 2012 at 11 h 25 min
  • Natalie Dessay joue et chante superbement dans Manon.La mise en scène est déjantée, tant mieux : je préfère ça à la mise en scène de Mireille !Ferrari est super, Pido parfait. J’ai adoré

    janvier 15, 2012 at 21 h 05 min
  • cerbere

    Déjantée certes, mais pas novateur ni intéressant. Tant mieux si certains aiment ; mais c’est tout sauf Manon de Massenet…!!!
    Musicalement, c’est pas bon non plus! Dessay n’a pas le format vocal de Manon et Filanoti n’a pas le style de Des Grieux… et Pido!!!!

    janvier 16, 2012 at 19 h 13 min
  • Dol

    Avec cet opéra classique saccagé, Bastille décoit une fois de plus, une fois de trop peut-être. Moto, patins à roulette, SM, vieux punks gras et poilus, et j’en passe, se succèdent sur la scène d’un opéra bastille malade et mourrant de ridicule. Notre pauvre opéra parisien atteint le fond du gouffre. En suivant cet esprit, Nicolas Joël devrait engager Quentin Tarantino comme metteur enscène pour revisiter le répertoire. Nathalie Dessay ne justifie pas ses cachets exhorbitants, de nombreuses chanteuses sans notoriété possèdent des timbres plus harmonieux qu’elle. Pour me changer les idées après avoir été victime de ce spectacle démoralisant, j’ai voulu voir ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, à Montréal tout d’abord, où Hiromi Omura, encore elle, triomphe en interprétant Léonora dans Il Trovatore de Verdi, rôle dans lequel je cite la presse canadienne :  » virtuose, elle vole la vedette et brille tellement qu’elle éclipse le ténor qui interprète le rôle titre de Manrico ». Soprano au planning chargé, Madame Omura qui était Norma à Lausanne en novembre 2011 a été comparée à Montserrat Caballé pour ses pianissimi et son legato long et soyeux. Partout où elle se produit, elle est acclmaée le public et tous les billets sont vendus. Elle sera Désémone à Toulon en mai, elle chantera la neuvième de Beethoven en juillet sur la place Stanislas à Nancy (où elle était déjà la comtesse Almaviva dans les Noces de Figaro de Mozart l’année dernière). Elle sera à Sidney et à Melbourne dans Butterfly pour 18 représentations de septembre à décembre 2012. Seules les plus grandes sopranos au monde occupent les rôles titres à Sidney. Aurons-nous la chance d’entendre prochainement cette voix réputée sublime à Bastille ? Ou bien est-ce Madame Omura qui refuse de chanter dans ces lieux en dégénerescence puisqu’elle chante ailleurs en France? Madame Hiromi Omura résidant à Paris lorsqu’elle n’est pas en tournée mondiale, c’est à dire plus de six mois par an, ne chante toujours pas dans la capitale à mon grand regret car je ne peux pas voyager loin pour l’entendre, j’irai peut-être à Toulon en Mai si j’arrive à trouver une place. Après Montréal, je suis allé voir du côté du Met de New-York où Roberto de Biaso, l’un des meilleurs ténors au monde se produit souvent et va encore éblouir le public américain par sa finesse, son goût et sa voix exercée. Si je n’ai pas encore eu la chance d’entendre la fameuse Hiromi Omura, j’ai eu le privilège d’entendre l’année dernière Roberto de Biaso dans le rôle de Rodolfo dans Luisa Miller où il ne nous a pas fait regretté Alvarez qu’il doublait ce soir là, car le célèbre ténor argentin, à l’instar de Nathalie Dessay récemment, s’était fait porté malade (c’est courant à Bastille). Pourquoi Roberto de Biaso, bien plus subtil que d’autres chanteurs ne se voit-il pas offrir un rôle titre à Bastille ? Mystère ! Joël Nicolas déteste sans doute le public et veut continuer à nous faire souffrir avec des chanteuses et chanteurs en fin de cycle. J’ai honte de notre opéra et j’envie les Montréalais qui ont pu voir à guichet fermé (2952 sièges, quatre représentations) une Léonora touchante à la voix soyeuse, alors que nous parisiens devont subir les caprices de personnes qui confondent opéras et comédies musicales, sopranos et chanteuses de cabarets.

    février 6, 2012 at 19 h 58 min
  • argentinolatino

    C’est triste de penser qu’une grande maison d’opéra comme Paris ne refait pas surface et sombre par ses tentatives avortées de rencontrer le succès. La recette est pourtant simple, de bons chanteurs, une bonne musique et une mise en scène harmonieuse en cohérence avec le thème de l’Opéra. Certes il existe d’excellentes sopranos acclamées à travers le monde, comme Madame Hiromi Omura, qui semble voler de triomphe en triomphe, mais pour répondre elle s’est déjà produite à Paris, à l’Opéra comique à ses débuts et elle a chanté la 9ème de Beethoven au Palais Royal. Si Bastille ne la prend pas c’est peut-être parce-qu’elle refuse de travailler dans des mises en scènes grotesques, et que Prima Donna elle imposera ses vues au metteur en scène et au chef d’orchestre : un scandale dans la dictature de l’Opéra Bastille ! Elle n’a pas la réputation d’être docile malgré une façade aimable et courtoise. Je l’ai vu dans le rôle de Désdémone il y a quelques années à l’Opéra de Lorraine qui contrairement aux fous de l’Opéra Bastille programme des mises en scène de bon goût dans lesquels on peut se concentrer sur l’histoire et le chant sans être dérangés par des scènes affligeante. Je ne rajouterai rien à ce qui a été commenté sur cette Manon de Bastille, mais comme mélomane, je suis blessé, quelqu’un à uriné une fois de plus sur notre Opéra parisien.

    février 6, 2012 at 23 h 09 min
  • thebestlifeinopera

    Lâchez-nous avec Hiromi Omura ! Cette prima donna ne chante pas à Bastille, ça ne lui plait pas et on la comprend vu le niveau. De toute façon les meilleurs chanteuses du monde se produisent ailleurs. Ce qui me désole le plus ce n’est pas qu’une ariste de l’envergure d’Hiromi Omura ne se produise pas à Paris, mais que Bastille ne nous livre que des momies, des retraités et des impotents : on ne peut pas être et avoir été. J’irai brûler un cierge demain à Saint-sulpice (mais pas en rollers), en priant Roberto de Biaso, Hiromi Omura et Renée Flemming de voler au secours de l’Opéra Bastille. En attendant le miracle, je tente d’oublier le cauchemar de la monstrueuse Manon que comme tant d’élus j’ai eu le droit de voir.

    février 6, 2012 at 23 h 18 min

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