Musique
[Live report] Pierre Lapointe et Rufus Wainwright au Festival Days Off : Boys do cry

[Live report] Pierre Lapointe et Rufus Wainwright au Festival Days Off : Boys do cry

07 juillet 2014 | PAR Victorine de Oliveira

Le Festival Days Off bat son plein à la Cité de la Musique et salle Pleyel, autour d’une programmation pop et pointue. Dimanche soir, Pierre Lapointe et Rufus Wainwright chantaient leur spleen made in Montréal.

Pour les Days Off, Pleyel s’habille d’une scène en boîte noire et d’un nuage de brume, encanaillée le temps de quelques soirées en cabaret enfumé. Dimanche soir, on navigue entre deux eaux, de la nostalgie à l’ironie, entre deux langues aussi, le Français et l’Anglais. Bilinguisme et accent québécois donnent aux mots de Pierre Lapointe et Rufus Wainwright l’acidité des fruits de fin de saison, ceux qui s’échinent à mûrir alors que le soleil a déjà disparu.

Pierre Lapointe, arrivé tout frais de Montréal prévient que, sous le coup du décalage horaire, « tout est possible », et espère « qu’il y a beaucoup de gens déprimés, en deuil, ou en peine d’amour » parmi le public. Le ton est donné. Et de commencer par un déchirant : « tu es seul et resteras seul ! »

Il l’est justement, face au piano, l’élégance cintrée dans une veste bariolée et la mèche artistiquement sculptée. Lapointe entend célébrer tous les « couples compliqués », les célibataires – « allez, levez-la main, soyez pas timides » -, les spécialistes d’histoires sans lendemain et autres bras cassés de l’amour. Ses chansons petit format s’égrènent comme autant de pastilles, certaines acidulées (« Nos joies répétitives » et son je t’aime mal placé), d’autres poétiques (« Le Lion imberbe »), voire crument érotiques (« Nu devant moi », « Quelques gouttes de sang »).

Jamais larmoyant, le garçon est même plutôt drôle, s’applique à dédramatiser d’un « pas question de coucher avec moi, je suis chanteur, les gens comme moi ça couche pas avec des gens normaux comme vous ». Sympa, il veut quand même bien transformer Pleyel en agence matrimoniale : on sait jamais, quelqu’un vous a peut-être trouvé « cute » à l’entrée. Mais surtout, Lapointe a cette façon de lever à chaque fin de chanson la pédale du piano un peu trop tôt, comme pour dire « ça fait rien ». Il a beau chanter Je déteste ma vie, le haussement d’épaule fendu d’un sourire en coin n’est jamais loin.

Un qui est content d’être « alive », c’est Rufus Wainwright. Pour le prouver, c’est entouré d’amis musiciens qu’il trimballe son dandysme lyrique : les sœurs pianistes Katia et Marielle Labèque et… Pierre Lapointe. D’abord seul au piano histoire de se chauffer un peu la voix (« La Complainte de la butte » notamment), l’ambiance vire familiale avec l’arrivée des invités en milieu de concert. Visiblement, ça le rassure (il est lui-même issu d’une illustre famille de musiciens).

Sur scène depuis l’âge de treize ans, il avoue quand même stresser à l’idée de jouer une nouvelle composition, « Redis-moi », inspirée de la disparition du vol de la Malaysian Airlines. « It’s weird, mais ça vaut une chanson », plaisante-t-il, presque en s’excusant. Il s’arrête au bout de quelques mesures – « j’ai besoin de  mieux te voir », lance-t-il à Katia Labèque au piano, reprend son souffle, et s’élance enfin. Même appréhension lorsqu’il entame « Les feux d’artifice t’appellent », extrait de son opéra inédit en France, Prima Donna. Le public, bienveillant, applaudit, l’encourage. Avec les sœurs Labèque en accompagnatrices et arrangeuses, succès assuré.

Rufus Wainwright rythme la soirée de ses souvenirs : sa mère adorée, morte d’un cancer en 2010, évoquée en un émouvant moment a capella, son père avec qui c’était compliqué, mais là ça va mieux (« I Don’t Know What It Is »), encore sa mère et sa tante, connues sous le nom des Sœurs McGarrigle, qu’il reprend en compagnie de Lapointe…

Pour finir, sa voix, trainante et sensuelle, s’envole sur quelques tubes : « The Art Teacher », « Cigarettes And Chocolate Milk », « Accross The Universe », « Going To A Town », « Hallelujah »… Wainwright a beau prétendre être « out of the game » et se demander parfois « what’s wrong with me », on est tenté de lui répondre que tout va bien, puisqu’il est vivant.

Le Days Off se poursuit aujourd’hui du côté de la Cité de la Musique, avec le concert de Daughter et d’Anna Calvi. Pour le reste de la semaine, la programmation complète est à retrouver sur le site officiel du festival.

Visuel : (c) affiche officielle du festival

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Victorine de Oliveira

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