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[Live report] Metz au Point Éphémère : splendeur de la fureur punk

[Live report] Metz au Point Éphémère : splendeur de la fureur punk

08 février 2013 | PAR Bastien Stisi

Pour la neuvième édition de ses soirées Mind Your Head, le magazine Mowno avait décidé de mettre les petits plats dans les grands et du boucan enjolivant dans les tympans, en conviant sur la scène du Point Éphémère une line-up brutale et punkisée, marquée par la participation des canadiens de Metz, immense phénomène punk du moment adoubé par la presse spécialisée depuis la sortie de leur album éponyme, il y a quelques mois de cela. Les oreilles sifflent encore, le corps refuse de s’arrêter de bouger, le cerveau se souvient :

D’abondantes pintes de bières, un espace blindé de trentenaires élégants, de post-adolescents parigots ou d’échappés ponctuels des travées des Furieux, et deux groupes fondamentalement punks en guise de hors d’œuvres musicaux avant l’arrivée programmée de Metz et de sa réputation scénique alléchante. Ce sont d’abord les français de Plaisir, méconnu trio punk et noise, dont le timbre de voix du chanteur rappelle parfois celui de Zack de la Rocha des Rage Against the Machine, qui se projette sur la scène une vingtaine de minutes durant. On notera les suspenses guitareux et la furie mélodieuse de « Training Day », et la violence pensée du très bon « Smile ». Une jolie performance, modeste et pleine de promesses. Puis, c’est au tour des Moller Plesset et de leur punk foutraque et métallique d’investir la scène étroite du Point Éphémère, figures familières aux experts qui peuvent suivre la progression musicale de ce groupe originaire de Rennes depuis le début des années 2000. Cordes vocales au bord de la rupture, violence sonore incontrôlée, mélodies éphémères, ces héritiers de Condense, humbles et volontaires, ne parviennent toutefois pas vraiment à capter l’âme et le corps d’un auditoire sans doute trop projeté dans l’avenir pour se concentrer pleinement sur le présent.

Metz, ou l’émergence de la relève punk

Quelques courtes minutes s’écoulent et déjà, les trois garçons de Metz et leurs irréductibles armes à bruit (guitare, batterie, basse) interviennent sur scène, immédiatement emplis d’une énergie rare, réchauffante et rafraichissante. Alex Edkins, le chanteur/guitariste, son slim déchiré aux genoux et ses lunettes d’écolier, paraît ne pas avoir utilisé ses cordes vocales depuis des semaines, tant la rage et le souffle qui émanent des profondeurs de son corps semblent devoir ne jamais s’essouffler et ne jamais s‘interrompre.

Guitares acérées et malmenées, riffs décapants d’une efficacité redoutable, le trio affirme et démontre sa volonté de tout donner pour le public parisien, qui profite des quelques secondes de répit perdues entre chaque morceau  pour ovationner chaudement le magnifique trio de Toronto. L’esprit du punk est là, animal et vaporeux, il voltige dans les cieux embrumés du Point Éphémère et dans les âmes de ses congénères assoiffées de rock et de sensations véritables. Les oreilles sifflent, les murs vrombissent, les sourires experts s’esquissent, les gouttes de sueur ruissellent sous les aisselles des quelques allumés du devant de la fosse qui depuis le début de la prestation des virevoltant canadiens, font mouvoir brutalement et passionnément leur corps tout entier.

Les riffs guitareux diaboliques et allongés de « Sad Pricks », les rugissements sauvages de « Wet Blanket », la furie vocale de « Get Off » ou l’introduction longiligne et aguichante du brutalisant « Wasted », les délicieuses nuisances bruitistes et animales de l’unique album du groupe défilent plus vite encore que ne disparaissent les gobelets de bière à proximité des Metz, morceaux rectilignes sans fioritures et sans emphase, grunge minimaliste épuré de toute mélodie vaporeuse.

« Headache », le titre introducteur de l’album et plus encore le surpuissant tube « Rats », célébrés par les connaisseurs dès le retentissement des toutes premières notes, terminent de plonger le Point Éphémère dans une frénésie punk totale. Le concert s’achève sur une orgie musicale qui laisse rugir une dernière fois la guitare épaisse, la basse lourde et la batterie extatique de cette hydre punk et énergique, créature à trois têtes et aux trois accords éternels. Les notes et les paroles criardes se taisent alors, les lumières se rallument déjà. Prestation follement punk, et prestation par filiation désespéremenet courte : la logique du genre est respectée jusqu’au bout. Dans le fond, les échos électro-pop de l’espace voisin du Point Éphémère se font entendre. Autre ambiance, retour à une réalité moderne radicalement contrastée.

Que les langues médisantes et les esprits incrédules se rassurent, le punk a encore une fois démontré qu’il était bel et bien encore vivant, et qu’une séduisante relève existe pour pérenniser les fondements de son héritage salvateur et essentiel. Gloire à lui.

Visuel © : Bastien Stisi

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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