Musique

[Live report] La voix est Libre, entre violence, tristesse et beauté

[Live report] La voix est Libre, entre violence, tristesse et beauté

31 mai 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La dixième édition du festival La voix est Libre a fermé ses portes hier soir au cœur de la crypte des Bouffes du Nord. Une soirée sous le signe des Archipels, engagée et à l’image de ce festival pluridisciplinaire mêlant la voix à tous les arts.

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La leçon de Patrick Chamoiseau

Après que le boss Blaise Merlin, surnommé « Le roi des anarchistes » par Arthur H ait fait les remerciements d’usage, il devient intervieweur auprès du lauréat du prix Goncourt 1992 pour Taxico. Patrick Chamoiseau offre un cours de 30 minutes, absolument passionnant sur la « Créolité » : « Cela vient d’une émergence qui s’est produite pendant l’esclavage, la rencontre entre les survivants amérindiens et les colonisateurs ont donné naissance à une langue ».

On apprendra que le tambour était uniquement autorisé dans les champs de labeur. C’est de cette souffrance que vient la rythmique si propre au blues et au jazz.

De façon générale, le phénomène de créolisation est devenu mondial. Les langues fonctionnent par pollinisation pour donner naissance à une nouvelle langue.

Patrick Chamoiseau rappelle la spécificité de l’esclavage aux Amériques, où les hommes ne « retrouvaient jamais leur liberté », il pèse sur eux la « la damnation de la peau noire »

La présence de Frédérique Bruyas et Elise Dabrowski

Patrick Chamoiseau laisse sa place à deux artistes tout aussi engagées. La lectrice publique Frédérique Bruyas et la chanteuse et contrebassiste Elise Dabrowski vont incarner « Le Dire des Femmes ». Frédérique Bruyas dans une lecture quasi chantée est appuyée dans ses intonations par les cordes de la contrebasse joliment malmenée d’Elise Dabrowski. Elles mettent en mots et en musique des poèmes de Joyce Mansour (Egypte), de Ken Bugui (Sénégal), et le magnifique hommage à l’Algérie de l’académicienne Assia Djebar (Algérie).

La violence de Casey

D’engagée, nous passons à enragée, c’est ce qui se dégage de cette rappeuse à l’allure de garçon. Parole de femme encore, la transition avec le duo précédent est évidente, mais cette fois, la parole est autobiographique. Les mots et le flow de Casey cisèlent et transpercent.

Elle affirme avec verve « désormais libres mais toujours inférieurs ». « moi mon identité, c’est d’être la créature ratée ».

Elle rejoint la violence des mots de Patrick Chamoiseau qui dénonçait avec tristesse « La damnation de la peau noire ».

La douceur d’Arthur H et Nicolas Repac

Après le cœur à vif de Casey, place à la poésie pure. Arthur H et Nicolas Repac sont venus présenter quelques extraits de ce superbe album édité chez Naïve qu’est L’Or Noir
Arthur H et Nicolas Repac se sont emparés des textes de la négritude, offrant ce bijou.
Accompagné de Nicolas Repac, à la guitare et balafon, Arthur H aura lu ce soir des textes de Aimé Césaire, Edouard Glissant, Gilbert Gratiant et James Noël.

Arthur H dit Le mot « terre » en amenant avec lui toutes les images d’esclavage et de sorcellerie : » Dans La foire aux morts de Gilbert Gratiant « cela sent la chapelle ardente, les psaumes et la cire brûlée » Il nous fait débarquer à Marie-Galante, d’Edouart Glissant, dans les jolies images d’une île où les souvenirs d’une balade en moto prennent l’allure d’une traversée où la lenteur comme grâce est un art.

La voix d’Arthur H alliée à la musique virtuose de Nicolas Repac réussissent à transmettre la musicalité d’une civilisation et d’une identité multiples. Il incarne et transmet naturellement la négritude du Sénégal à Haïti.La soirée s’est conclue sur la prestation du haïtien Erol Josué, présenté comme un maître « vaudou », entouré de super guests : le guitariste Jean-François Pauvros, le rythmicien Cyril Atef et le saxophoniste David Murray.

La prochaine édition se tiendra du 11 au 13 juillet 2014.

Visuel : (c) ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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