Musique

[Live Report] La carte blanche d’Eric Chenaux au BAL

[Live Report] La carte blanche d’Eric Chenaux au BAL

16 janvier 2017 | PAR Alice Aigrain

Dans le cadre de la programmation du BAL Lab qui accompagne l’exposition Stéphane Duroy – notre  critique est ici -, Eric Chenaux a donné un concert dans les espaces du musée. Invité dans le cadre d’une carte blanche, ce dernier a proposé à Christine Abdelnour de l’accompagner. Le guitariste et la saxophoniste ont offert à l’audience, une performance improvisée tout en subtilité et en douceur.

Voluptueuses dissonances

Il y a dans la musique d’Eric Chenaux quelque chose de surnaturel, comme si sa guitare jouait des oxymores. Les cordes de celles-ci semblent harmonieusement désaccordées et quand Eric Chenaux les pince, les tape, les tord parfois aussi, les dissonances sonnent juste. C’est là toute la force du jeu du guitariste, de jouer des contradictions par une maîtrise absolue de sa musique. Mais une fois de plus, il ne s’agit pas d’une maîtrise qui cadre, qui enferme, mais au contraire de celle qui permet d’élargir le champ des possibles, d’explorer sa liberté. Dans son exploration des capacités de son instrument, il semble qu’il en ait trouvé d’autres. Parfois les cordes sonnent comme un cuivre, parfois comme une percussion.  Et puis il y a la voix, d’une limpidité absolue, d’une clarté délicate, elle se pose avec justesse et chante des mélodies nostalgiques.  Les sonorités distordues de la guitare se conjuguent alors parfaitement avec le chant. On sort alors des improvisations contemporaines, pour entrer ailleurs, dans cet entre-deux magique et suspendu, le chant a englouti les distorsions sans les faire entièrement disparaître pour autant.

Dialogue(s)

Durant toute la performance, sur les compositions ou les improvisations, Eric Chenaux est accompagné de Christine Abdelnour. Cette autodidacte en saxophone alto semble prête à toutes les expérimentations pour chercher les micro-tonalités. Une petite bouteille d’eau coincée dans le pavillon de son alto, et les sons deviennent des vibrations aquatiques. Le son devient une matière palpable, qui se déplace dans l’espace, qui parfois reste à l’intérieur de l’instrument, et semble s’être bloqué, mais émettre depuis le tube. Dans cette rencontre, les notes se démultiplient comme les instruments, allant chercher nos souvenirs. Ils nous rappellent les voyages, les bruits inattendus de l’autre bout du monde, comme ceux si familiers qui caractérisent l’ailleurs. Si au début de l’improvisation, les deux artistes se sont cherchés, une fois l’écoute mise en place, la complicité des deux musiciens a empli les espaces d’exposition d’une certaine douceur.

Au dialogue musical instauré entre l’alto, la guitare et la voix, s’en développe un autre, celui avec le photographe. Les équipes du Bal-Lab par cette proposition ont permis aux auditeurs curieux de ce qui les entourait de mettre en relief et les œuvres exposées et la musique. Dans les espaces inférieurs du BAL, Stéphane Duroy a retravaillé à l’infini son ouvrage Unknown, questionnant sa propre démarche de photographe, mais aussi l’histoire et ses réminiscences. Englobées dans les expérimentations sonores d’Eric Chenaux et Christine Abdelnour, il semble que les démarches soient les mêmes : tenter de repousser les limites de sa pratique artistique pour jouir pleinement de sa liberté, démolir ce qui a été fait pour proposer quelques choses d’autres. Et lorsque sur les textes sélectionnés par Stéphane Duroy qui se projettent au mur, une phrase de Blaise Cendrars apparaît, la similitude des visions ne fait plus aucun doute. « Détruire pour reconstruire ou détruire pour détruire ? » nous demande-t-elle. Il semble que ce soit la même question que nous enjoint à nous poser les musiciens comme le photographe.

Eric Chenaux « Have I Lost My Eyes » from Constellation Records on Vimeo.

© Stéphane Duroy

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Alice Aigrain
Contact : alice.ai@orange.frwww.poumonsvoyageurs.com

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