Expos

Le Bal donne carte blanche à Batia Suter : « Radial Grammar »

Le Bal donne carte blanche à Batia Suter : « Radial Grammar »

15 juin 2018 | PAR Diane Royer

L’artiste Batia Suterinvestit le BAL jusqu’au 26 août 2018, à l’occasion de l’exposition « Radial Grammar », une création in situ.
Le Centre culturel Suisse, Paris, présente en parallèle « Batia Suter : Sole Summary » du 9 juin au 15 juillet et la Gare Montparnasse « Natural Grammar » du 25 mai au 15 juillet 2018.

L’événement est majeur pour Le BAL et Batia Suter puisque l’institution donne de manière inédite carte blanche, que l’artiste expose pour la première fois en France.
La proposition qui en découle, « Radial Grammar », pourrait paraitre énigmatique au premier abord. Conciliant la grammaire, ensemble de règles permettant de maîtriser une langue ou un art, au rayon d’un cercle, objet mathématique polymorphe. Ces deux termes renvoient à des éléments à la fois uniques et multiples, référents à un concept offrant une multitude de possibilités et de déclinaisons. Le rayon est aussi celui de la lumière participant à la création de la photographie mais surtout des images que Batia Suter collecte et assemble.

La proposition de l’artiste, sobre et épurée, s’adapte parfaitement au lieu d’exposition ; celui-ci semble presque faire partie « des murs », du moins de l’œuvre. Et pour cause : à même ces mêmes murs sont collés des tirages en noir et blanc de reproductions de photographies produisant une harmonieuse composition.
Sur cette iconostase des visages de femmes et d’hommes, faits soit de chair et d’os, soit de pierre ou de bois. Des anonymes et des personnalités si fameuses qu’elles sont reconnaissables même de dos, tel Marcel Duchamp identifiable par la tonsure du crâne formant une étoile. Des regards tantôt rieurs, tantôt graves. De temps à autre, des natures mortes mécanomorphiques s’entremêlent à ce défilé bien vivant, prenant alors une tournure surréaliste : l’image d’un quarantenaire de profil s’enchaine avec celle d’un pneu radial, puis celle d’un génie de Khorsabad. L’œil du spectateur pioche allègrement dans cette encyclopédie visuelle pour y tracer son propre parcours.

Dans la même pièce, une sculpture est présentée. Elle est constituée d’un ensemble de boîtes en plastique, réceptacles privés de leur contenu, détritus déroutés, déchets détournés de leur destin tragique les conduisant inexorablement à la benne. Ces rébus, déchus de toute considération une fois démunis de leur substance, trouvent ici un piédestal. Un dialogue se noue alors avec l’assemblage de portraits. Finalement, ces deux entités, à priori opposées, semblent similaires : les images d’hommes et de femmes formant un tout dans lequel le spectateur peine à les individualiser, ressemble à ce ready-made duchampien.
Au sous-sol, aucun visage n’est visible, des fragments de corps seulement : ici un buste, là des jambes, là encore des mains. Certaines images rappellent d’ailleurs l’œuvre d’Anette Messager Les approches (1972). Comme dans la première salle d’exposition, le corps humain est confronté à des objets utilitaires ou ornementaux. Des reproductions de photographies sont présentées au mur et une projection montre un diaporama d’autres images.

Batia Suter sélectionne et réunit des images dont le rapprochement, que l’artiste attribue au jeu du hasard, émet un sens nouveau leur prodiguant un nouveau niveau de lecture. L’artiste interroge la manière dont nous voyons les images : les regardons-nous pour elles-mêmes ? Les regardons-nous vraiment ? Quand nous contemplons une image, d’autres ne viennent-elles pas se superposer à la première ? Batia Suter questionne l’image. Elle reprend le discours de Walter Benjamin sur la valeur de l’image, unique et multiple par essence, sur la valeur de son authenticité. Elle la met à l’épreuve et, changeant même de paradigme, prend pour sujet d’étude des objets en plastique, des portraits d’hommes et de femmes, des objets de la vie quotidienne.
La question de l’auteur est également soulevée. Aucun cartel dans l’exposition ne renseigne la provenance des images. Celles-ci sont exposées pour elles-mêmes, dépouillées de toute mise en contexte.

L’exposition « Radial Grammar » se prolonge à travers la publication de l’ouvrage éponyme conçu par Batia Suter et coédité par le BAL et Roma Publications. L’artiste vient d’ailleurs d’être nommée au Deutsche Börse Prize 2018 pour le livre Parallel Encyclopedia II, 2016.

Visuels : Vues de l’exposition

Infos pratiques

Braderie de Lille
Fondation Maeght
Louise Faucheux

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *