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MAGNUM ANALOG RECOVERY, redécouvrir MAGNUM au BAL

MAGNUM ANALOG RECOVERY, redécouvrir MAGNUM au BAL

16 mai 2017 | PAR Marie Crouzet

Cette année la fameuse agence MAGNUM fête ces 70 ans. Cent fois exposés, mille fois publiés, comment proposer un regard neuf sur ces photographes ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre Diane Dufour, actuellement à la tête du BAL mais aussi ancienne directrice de l’agence de 2000 à 2007. Le résultat est à découvrir jusqu’au 27 août 2017 avec MAGNUM ANALOG RECOVERY.

 

En avril 1947, Robert Capa donne rendez-vous au café du MOMA à ses amis Henri Cartier Bresson, George Rodger et David Seymour car il aimerait monter une structure permettant aux photographes de mieux défendre leur travail. Un mois plus tard, l’agence MAGNUM est née. Les prémisses de la coopérative et les trente années suivantes sont celles actuellement célébrées au BAL, « l’âge d’or » de l’agence selon les mots de son ancienne directrice Diane Dufour.

À cette époque, le numérique n’existe pas et pour pouvoir distribuer les images de presse dans le monde entier, la coopérative MAGNUM a recourt à des agents intermédiaires qui récupèrent les tirages des photographes et sont chargés de les distribuer à la presse dans leur pays. Les photos sont alors tirées sur cartoline (ndlr. la cartoline est un papier photo très épais et hautement résistant), cela permet de manipuler l’image de nombreuses fois sans risquer de l’abîmer. C’est cette partie du travail des photographes qui est exposée sur les murs de l’institution. On ne retrouve pas forcément les images iconiques de MAGNUM accrochés sur les murs du BAL, on découvre même parfois des photographes oubliés de l’agence. Surtout, ne cherchez pas de longs textes explicatifs dans l’exposition, la parole est donnée seulement aux photographes dont on retrouve des citations tout au long du parcours. Dans l’espace du BAL se dresse une trentaine de panneaux. Chacun d’entre eux est consacré à un reportage. On y retrouve les images des photographes bien évidemment mais aussi les notes qu’ils ont bien voulu transmettre à leurs agents à l’étranger. Certains écrivent de simples légendes sur ce que l’on voit dans le cliché. D’autres se laissent aller à de longs commentaires sur la situation du pays qu’il photographie. Et d’autres encore retranscrivent les conversations qu’ils ont eues avec leur sujet ou leurs impressions souvent empreintes de poésie, comme cette légende de Cornell Capa ; « les tanks démantelés par les Egyptiens semblent maintenant flotter dans ce paysage de sable »…

Le rez-de-chaussée est consacré principalement aux tirages des années 50. Dès l’entrée, on retrouve l’incroyable reportage de Sergio Larrain sur les enfants errants du Chili qu’il a produit en 1955. Le visage d’un enfant d’une petite dizaine d’années fumant une cigarette qu’il tient dans ses doigts sales est légendée par le photographe de la manière suivante « Enfants errants, Santiago, Chili, 1955 ». Toutes les images de cette série ont la même légende, comme un constat neutre, presque scientifique. Pourtant, on découvre un deuxième texte de Larrain consacré au même reportage. Une page entière décrivant minutieusement les conditions de vies de ces enfants errants. Retranscrit à côté des images, la description du photographe offre une lumière nouvelle sur ces clichés si célèbres et apporte une lecture plus intime de son travail.

Plus loin dans le dédale des panneaux, on découvre une lettre de Nicolas Tikhomiroff adressée à MAGNUM qui décrit l’ambiance d’une journée durant laquelle il a réalisée les clichés de son reportage « Dimanche de guerre civile à Alger » en 1960. Cohabitant ensemble, images et textes offre d’humaniser le travail du reporter. L’exposition est aussi l’occasion de découvrir la formidable série de manifestations de rue de René Burri sur cette période souvent oubliée de l’histoire : la République Arabe Unie créée en 1958 par l’union de l’Egypte et la Syrie, et qui prendra fin en 1961. Un autre reportage surprenant prend place au rez-de-chaussée de l’exposition, « Deux semaines avec le FLN » de Kryn Taconis. Le sujet fut tellement controversé à l’époque qu’une querelle est née au sein de l’agence, certains des photographes ont soulevé la question de l’intérêt de publier de telles images dans une époque de tension extrême. Pour d’autres, elles étaient une véritable nécessité. Quelle est donc la ligne à ne pas franchir ? « Je ne suis pas photographe, je suis journaliste » a dit Robert Capa, ils semblent que ce soit bien là, la ligne éditoriale de MAGNUM.

Le sous-sol du BAL est consacré aux années allant de 1960 à 1979. Très marqué par l’empire américain, les photographes de MAGNUM ont couvert de nombreux sujets sur les Etats-Unis. Notamment, le très beau reportage de Léonard Freed sur un défilé de mode à Harlem en 1963. Les femmes y sont sublimes, arborant des chapeaux et des vêtements luxueux, dans l’Amérique que l’on sait si hostile à l’époque aux gens de couleurs. D’ailleurs cette hostilité est mise à nue dans un deuxième reportage du même photographe et datant de la même année : « Noir dans l’Amérique blanche ». À côté des clichés de cette série, Freed retranscrit la conversation qu’il a eu avec ces sujets avant de les immortaliser. « Vous pensez faire quoi là avec vot’ appareil photo ? M’sieur, Trainez pas trop ici. On est pas d’humeur »…

Quelques années, et dans l’exposition quelques panneaux, plus tard, on découvre une série de 1968 sur les hôpitaux psychiatrique par Eve Arnold. Quatre images horrifiantes des conditions détentions des « malades mentaux » (nombre d’entre eux étaient simplement des opposants au régime en place). Entre les années 60 et les années 70 chez MAGNUM, un glissement s’opère vers un reportage plus social. Illustrant cette tendance, en 1971 Burt Glinn envoie à la presse une série sur la prostitution à New York. Plus encore que les clichés, c’est sur le texte qui l’accompagne qu’il faut s’attarder. Il y donne des consignes très strictes. En effet, les photos ne doivent porter aucune mention ni du photographe ou de MAGNUM et ne pas donner d’indication précise du lieu. Glinn ayant pris les photos des fenêtres de l’agence, il préféra rester discret…

Pour finir l’exposition, il faut aussi s’arrêter devant la série des combattants chrétiens de Beyrouth Est pris en photo par Raymond Depardon en 1978. Leur posture entre féminité et extrême masculinité, leurs regards dans le lointain, un peu rêveur, montre à quel point l’image peut capturer des instants de grâce même dans des situations d’extrême désarroi.

Crédit Images:

  • Burt Glinn, Prostitution, New York, 1971 © Burt Glinn/Magnum Photos
  • Cornell Capa, John F. Kennedy saluant une foule de supporters, North Hollywood, Californie, septembre 1960 © Cornell Capa © International Center of Photography/Magnum Photos
  • Leonard Freed, Harlem fashion show, 1963 © Leonard Freed/Magnum Photos
  • Raymond Depardon, Phalangiste à Beyrouth Est, 1978 © Raymond Depardon/Magnum Photos

Infos pratiques

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Marie Crouzet

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