Musique
Lettre à Lise (label cinq7), vidéo

Lettre à Lise (label cinq7), vidéo

19 juillet 2011 | PAR Pascal

Film réalisé par Alexandre Messina sur un entretien de Pascal Szulc pour Toutelaculture.com

Chère Lise Chemla,

Quel plaisir d’avoir vu votre regard tant fragile que gourmand sur ma boîte à cadeaux. Tout ce que j’avais lu de et sur vous ne reprenait que ces deux termes « timide » et « romantique ». Alexandre Messina et moi-même avons trouvé le fil du roman qui unit les douze titres de votre album. Il est comme cette ombre, bien plus grande que nous, et qui, passe la porte devant nous (Christian Bobin, une petite robe de mariage).

Cette chronique joue avec le classique comme votre piano, attachant, obscur et soudain martelé. Depuis le joli mois de mai, vos douze titres – mais tant d’autres nous ravissent sur votre blog – me laissent entre la pluie et les nuages défilant sur les mares. Une George Sand moderne ? Pourquoi pas. Et après tout, la force des grands auteurs n’est-il pas le désir que nous leur offrons d’une éternité bienveillante ? Mais c’est de votre piano d’abord dont je veux parler et de cette pluie, qui, non, n’est pas l’ennui mais le prisme qui permet de découvrir le monde que vous chantez ; les cinéastes modernes diraient « un certain regard ». Entre votre passé et la réalité il y a comme une vitre de « bagnole » ; vous m’aviez dit un « truck » lors de notre rencontre, insistant sur la distance et l’ailleurs. Il n’est pas embué, non. La percussion dans votre toucher donne ce sentiment étrange et plaisant, qu’il faut sans cesse utiliser les essuie-glaces pour regarder au travers des vitres les routes qui se dessinent, et plus particulièrement pour vous, celles qui se sont dessinées. Heureusement, de votre compétence linguistique, vous n’avez gardé que la pertinence des mots et des phrases, comme la nuit dont vous ne percevez  que les phares, les signes et clignotements lumineux, ceux des villes derrière lesquelles la ville dort.

Compositions enlevées en français. Romantiques ? On le dit. Je ne trouve pas. Assez imagées, entre la route et la pensée, avec des ombres et des clairières à a Manset, sur du Liszt. Un Liszt qui serait né aujourd’hui fan de Muse. Reprise de PIMP, amusante mais pas franchement elle. Amusante comme un buzz. De Perpignan à Detroit, les chemins sont courbes et moins droits que les lignes aériennes, voyage en classe tous risques sur une banquette de pianiste avec des paroles qui ne volent pas, mais racontent l’envol de l’oiseau regardant la vie, celle qu’on nomme la vraie. Ca s’écrit en français, mais il y a du Nin, du Miller, du Kerouac dans la volonté du trait. C’est ce qui me plait. Derrière tous les vocables journalistiques trouvés ça et là sur « timidité et romantisme », je ne trouve rien d’éthéré, seule la réverbération du piano aère et parfois rend « confus » le son volontairement dans le « fading ». Les chansons sont plus fortes, avec, de temps en temps, la contradiction ; de celle qu’on pense solitaire, isolée, sur qui on pose l’image, et qui en fait vous narre un grand mouvement ; celui d’une jeune femme ramant l’air de ses ailes de géant sur un ponton de navire, face à l’océan. Face aux souvenirs, aux accents occitans mêlés des tonalités graves et des pistons de Détroit. Peut –être que dans cette douce lumière, votre vrai plaisir est la perversion de l’ombre ? Et moi de me dire que derrière cette innocence, l’expérience a déjà eu une part d’envol.

Banalité indispensable de conseiller votre album ; bien plus qu’un exercice de style sur Eric Sati ou Claude Debussy, même si l’après-midi d’un faune, sur un siège de camion de pizzas prend le goût de l’étranger à soi-même. Nous avons partagé quelques bonbons d’enfants, des bougies pour les anniversaires des amis qui n’existent pas -désir d’avenir-, la beauté de « London calling », une crevette-dollar argentée façon Rappers delight, un vieux polar de la collection « le masque » qui, dans ce système bien huilé comme un moteur de poids lourd, laisse apparaître un trait merveilleux et limpide; limpide comme un rayon de soleil, après la pluie nourricière.

Finissons comme nous avons commencé. Le piano. Il est le narrateur central de votre album, le trait dominant, sur laquelle, dans une légère fragilité, défile un roman des plus modernes, quoiqu’ils disent.

A vous revoir et vous entendre bientôt,

Un post-romantique journaliste.

Pascal Szulc

 

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