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Sur la route avec Christian Oster

Sur la route avec Christian Oster

19 juillet 2011 | PAR Johanna Galis

Rouler est le quatorzième roman de Christian Oster, après le roman Mon grand appartement qui a remporté le prix Médicis en 1999, ou bien Une femme de ménage, adapté au cinéma en 2001. Dans Rouler, Jean décide de partir un jour d’été sur les routes de France. Il ne sait pas quel sera son itinéraire jusqu’à Marseille. Les raisons qui l’ont poussé à partir restent obscures. Dans ce carnet de bord, Oster réussit à poser la question du sens des relations humaines, à travers le chemin d’un homme qui cherche à être dépaysé.

« J’ai pris le volant un jour d’été, à treize heures trente. J’avais une bonne voiture et assez d’essence pour atteindre la rase campagne. C’est après que les questions se sont posées. Après le plein, j’entends. ». Jean part sur les routes de France, pour rouler de villes en villages, laisser sa voiture sur le bas-côté des routes, s’isoler en forêt, et être forcé, par la suite, d’entrer en contact avec l’autre. Cet autre vient le chercher, souvent contre son grès, comme quand une femme s’immisce dans sa voiture pour faire de la route avec lui, ou comme quand, ne voyant pas d’autre chemin, il rentre dans le château d’une connaissance d’enfance, retrouvée par hasard. Les perspectives se nouent et se dénouent tout au long de ce récit où le sens de l’introspection de Jean, au hasard d’un contact, ne fait que l’ancrer dans une solitude encore plus criarde. C’est dans sa rencontre avec un homme âgé , au château, qu’il prend conscience de l’amour qui peut unir deux êtres. Malheureusement, ce sentiment ne prend forme que quand il s’allie à une sensation de perte évidente. C’est quand celle-ci crie à la mort que Jean met pied à terre pour de bon.

Le rythme des phrases dans Rouler va au rythme des découvertes de l’autre. Quand la voiture démarre et que Jean se cherche, le ton est brusque, sec, informel, les phrases martèlent de concision. Au fur et à mesure que la route dans sa langueur et dans sa richesse se déploie devant lui, la langue de Jean se dénoue pour devenir plus personnelle, plus introspective. L’assurance et l’optimisme de Kerouac, dans Sur la Route (1957) face à un pays riche de possibles, sont absents du roman d’Oster. Car c’est à travers un parcours d’abord personnel, dans sa voiture, que l’homme se façonne. La route de Jean prend ici une tournure symbolique, celle de la connaissance de soi à partir de la découverte de l’autre.

Rouler de Christian Oster, aux Editions de l’Olivier, 175p, sortie le 18 août.

« En fait le lendemain, c’était comme de repartir. Je veux dire, au début. Avec, tout de même, cette conscience que j’avais bougé. Nettement. La température avait un peu baissé. J’avais bien dormi. Je n’avais avisé dans l’hôtel qu’un couple de Hollandais, identifiés plus tard à leur immatriculation. Ils visitaient la région. J’aurais pu aussi. Je pouvais. On ne m’attendait pas. La vérité est que j’ai bifurqué. » (p. 13)

Photo : Patrice Normand, Christian Oster, mai 2011, Paris, éditions de l’Olivier.

Cédric Klapisch parrain de la deuxième édition de Bastille Quartier Libre, du 14 au 16 octobre 2011
Lettre à Lise (label cinq7), vidéo
Johanna Galis

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