Musique

Kurt Vile : la musique au coeur

Kurt Vile : la musique au coeur

18 juillet 2011 | PAR Morgane Giuliani

Visage fin au teint pâle encadré de longs cheveux auburn ondulés, Kurt Vile ne manque pas de plonger son regard triste dans les vicissitudes existentielles d’une jeunesse se laissant porter par la vie et rend hommage à la beauté ancestrale de ce pays-continent hanté par les rêves et les souvenirs. Anatomie d’un artiste à fleur de peau.

Né à Philadelphie en 1980, Kurt Vile grandit du mieux qu’il peut au milieu de 10 frères et soeurs. Il trouve rapidement refuge dans la musique, se saisissant de la guitare comme d’un bouclier contre le reste du monde. Il écoute religieusement Nick Cave et Joni Mitchell, mais aussi du punk rock comme The Fall ou The Germs. De cette double influence, il puise la source pour composer, filer délicatement, avec patience, une musique qui lui est propre.

Il en est certains pour qui la musique ne restera qu’un hobby parmi d’autres. Dès son plus jeune âge, Kurt Vile était résolu à emprunter le chemin des plus grands, des « Pères » comme il les nomme : Bruce Springsteen, Bob Dylan et autres Neil Young, auxquels on le compare souvent. Il ne cache pas être perpétuellement à la recherche du « hit » passant en boucle sur les radios du monde entier, de l’accord brillant et efficace qui saura faire la différence aux oreilles du plus grand nombre, ce qu’il dit être « une intention pop ». Sous ses aspects d’éternel adolescent rêveur, Kurt Vile est un besogneux, un travailleurs acharné, un prolifique. En 2008 sort son premier EP sur le label indépendant Gulcher Records, puis sur Woodsist Records en 2009, intitulé « Constant Hitmaker/God Is Saying This To You« , comme un pied-de-nez à l’industrie musicale. Pitchfork salue d’emblée le talent de ce jeune Bob Seger en devenir, offrant des titres couleur sépia, sur fond de cordes pincées et de mélancolie narrée avec une langueur lancinante dans la voix, parfois proche du trémolo. A côté, il joue au sein du groupe War On Drugs et Real Estate, mais donne toujours la priorité à sa carrière solo.

Avec son second album, Childish Prodigy, sorti en 2009 chez le célèbre Matador Records, le jeune Kurt franchit une étape supplémentaire vers la reconnaissance. Plus électrique, mais toujours aussi mélancolique, ce beau disque en forme de carte postale des Etats-Unis emmène sur un circuit croisant l’américana (ou encore « root music », comprenez : la musique « à l’américaine », comme un écho provenant des Rocheuses) et le beaucoup plus moderne « lo-fi », quand le son devient « sale », plein de poussière du désert soulevé par les Converses du jeune Kurt, foulant du pied une Amérique qui oublie peu à peu ses rêves. On en retient la superbe « Freak Train« , dont le rythme planant ne manque pas de nous transporter au gré du songwriting tout intérieur de Kurt, chantant : « One day I’m gonna get me enough gold to get me where I wanna go comfortably » (« Un jour, j’amasserai assez d’or pour pouvoir me mener où je le souhaite, confortablement« )

Écouter la musique de Kurt Vile revient en effet à entendre ses pensées les plus intimes, ses réflexions les plus personnelles, qu’il transpose en autant de notes et d’accords magiques, aiguisant aussi sa plume au fil des albums. Sur le dernier, « Smoke Ring For My Halo« , de nombreux thèmes sont abordés en finesse, à travers le prisme d’une honnêteté propre à la jeunesse prisonnière de sa solitude (Runner Up, Society Is My Friend, Ghost Town), dont le spleen amoureux (Peeping Tomboy) tutoie dangereusement la dépression (Smoke Ring For My Halo), tandis que des notes légères viennent chasser ces troubles existentiels, que ce soit l’amour (Baby’s Arms) mais aussi -et parfois même, surtout- le métier de chanteur entraînant sur les routes (On Tour). Dans « Overnnite Religion« , Kurt déclamait déjà « Hear my my guitar, chiming and climbing/Finding all the notes that nobody wrote/In all that time, making it my religion » (« Entends ma guitare, tintant et grimpant/Trouvant toutes les notes que personne n’a écrites/Depuis tout ce temps, en tirant ma religion« ).

La musique de Kurt Vile est un voyage comme on les aime : ceux dont on connait le départ, mais pas l’arrivée. Bercé par la douceur de ses compositions pour la plupart « unplugged » (comprenez : accoustiques), on se laisse porter à travers l’univers de ce jeune artiste talentueux, rendant hommage aux grands espaces américains mais aussi, exorcisant ses peurs et doutes intérieurs. Un voyage entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’ombre et la lumière, qui ne manque pas de séduire dans son ambiguïté toute particulière. Un jeune premier qui semble tout destiné à rejoindre la lignée des « Pères » dont il porte avec brio l’étendard.

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Morgane Giuliani

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