Théâtre

Philippe Caubère, star du off, rend hommage à son fondateur André Benedetto

Philippe Caubère, star du off, rend hommage à son fondateur André Benedetto

18 juillet 2011 | PAR Christophe Candoni

En Avignon, l’avant-garde et l’innovation nécessaires, inhérentes à toute création n’excluent pas la mémoire et la transmission de l’histoire du festival et des grandes personnalités qui l’ont traversées. Ainsi, Philippe Caubère joue dans son spectacle intitulé « Urgent crier! » des écrits d’André Benedetto, se délecte des mots éclairants de l’auteur, acteur et metteur en scène, mort en juillet 2009, les restitue et à travers eux, fait revivre Jean Vilar, dont on célèbre cette édition les quarante ans de la disparition. Mais aussi Artaud et Gilles Sandier, autant de figures marquantes avec lesquelles Caubère partage le goût du théâtre et les origines méridionales.

Le solo est un des exercices de prédilection de Philippe Caubère. Cela remonte au début des années 80 avec la création de « La danse du diable », premier volet du « Roman d’un acteur », qui jalonnera toute sa carrière. Philippe Caubère est encore seul en scène, au théâtre des Carmes que Benedetto a lui-même fondé en 1963 et dirigé jusqu’à sa mort. Il arrive simplement vêtu d’une chemise et d’un pantalon noir, habite le cadre de scène dénudé devant son mur de pierre sur lequel sont projetées des images d’archives.

Le spectacle débute sur l’évocation de Jean Vilar, sur sa conviction que le théâtre n’est pas quelque chose de haut vol, sur ce qu’il définit comme un service public au même titre que l’eau, le gaz et l’électricité plutôt que comme une composante des beaux-arts (le bel canto), la phrase est célèbre. C’est la continuité de cette pensée rigoureuse et exigeante qui accompagne Benedetto dans son parcours d’artiste, et c’est ce qui revient comme un leitmotiv dans les textes qu’il a écrits : sa méfiance des tendances, de la mode, son rejet de la facilité, de la complaisance, la défense d’un théâtre politique, son admiration pour les acteurs qui ne donnent pas dans le pathos. D’ailleurs, l’acteur est au centre de tout, il appuie  l’idée que le festival d’Avignon a été confié non pas à un chargé de mission, un metteur en scène ou un autocrate mais bel et bien un acteur.

Philippe Caubère ne se contente pas d’une lecture, il joue Benedetto, lui donne chair en imitant sa gestuelle et surtout son accent du sud. Il propose une interprétation sobre des textes, sans grand effet, à l »exception des parties mises en musiques qui étirent la représentation et n’apportent pas grand chose. Ils se livrent aussi bien volontiers à quelques pitreries qui plaisent au public connivent comme ses évocations plus ou moins improvisées de Fernand Reynaud ou Paul Préboist.

Le spectacle se présente comme un objet un peu anarchique, pas maîtrisé de bout en bout, en écho au discours d’affranchissement, de liberté qu’il délivre. Le titre est évocateur et Philippe Caubère ne se prive aucunement de crier, clamer, gueuler sa croyance en un théâtre fédérateur, qui réunit et rend meilleur tel un continuateur de la pensée de Benedetto.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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