Jazz

Yom, Paceo, Herman, Hiromi en clôture de Jazz sous les Pommiers 2017 [Live Report]

Yom, Paceo, Herman, Hiromi en clôture de Jazz sous les Pommiers 2017 [Live Report]

28 mai 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Cette nuit, la trente-sixième édition de Jazz sous les Pommiers s’est achevée en laissant derrière elle la trace d’une dernière journée très symbolique de la pluralité et de la vivacité du Jazz. La chaleur très méridionale et la bienveillance normande ont fait le reste.

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Une année incroyable

Denis Le Bas, le directeur du festival est du genre travailleur de fond. A l’heure du tout premier bilan, il est heureux : « C’est une année incroyable, une réussite collective ». Il pointe la « fréquentation soufflante ». Cette année avec un taux de remplissage à 96 %, « Jazz » comme le nomme les fidèles peut respirer. L’équilibre est fragile car en deçà de 92 % le festival est en péril.
Programmé cette année du 20 au 27, après la période électorale terrifiante, il est clair que cet événement vient répondre à « Un besoin de notre société aujourd’hui ». Cette édition est marquée par le succès. Les nouveautés comme la Nuit électro ont fonctionné permettant de renouveler les publics. Un gros point noir subsiste, celui du manque de trains permettant de venir de Paris.

« Il n’y a pas d’autres musiques aussi ouvertes que le Jazz »

Cette dernière journée de festival a été l’illustration parfaite de cette déclaration d’amour au Jazz que Denis Le Bas nous offrait en conférence de presse de clôture. Le dialogue entre les instruments et entre les cultures a été le fil de cette journée

On oubliera rapidement la contre performance de Jan Garbarek quartet pour garder en mémoire celle de Yom et Baptiste-Florian Marle-Ouvrard. De 16h à 17h, le clarinettiste et l’organiste se sont retrouvés dans la Cathédrale de Coutances. Ce concert unique, dans ce lieu magique, rejouait David et Goliath avec courtoisie. La mobilité de la clarinette face à l’immobilisme de l’orgue. Quelques écrans nous permettaient d’entrer le secret du fonctionnement de l’orgue. Sur le papier faire jouer un orgue et une clarinette semblait être un défi insurmontable. Et pourtant, les tessitures des deux instruments, parfaitement accordés offraient à cette « Prière » toute la mystique nécessaire. Une chanson d’une heure, très inspirée où Yom a rendu l’orgue Klezmer.

Sur le chemin qui nous amenait au concert très attendu d’Anne Paceo, la future résidente du Théâtre Municipal de Coutances, un détour s’imposait pour entendre le jazz dynamique du pianiste Uriel Herman. Une reprise très glam de « Smelll like teen spirit » et une ballade dans la forêt du Costa-Rica ont montré que ce quatuor très jazz : contrebasse, saxophone, batterie et piano, déployait une modernité lumineuse. Il vient de sortir un album, Windmill Session, en autoproduction.

A 18h, la batteuse Anne Paceo entre en scène pour deux concerts. On restera avec elle jusqu’à 20H20. Victoire de la musique 2016, la musicienne à l’écriture pointue a dans une première partie joué quelques morceaux issus du très bon Circle. ( On vous en dit plus ici ). Sur scène, le talent explose dans des libertés bienvenues. A la voix, Leila Martial peut tout : le hip hop, le rock, le scat. Tony Paeleman déploie ses claviers, Christophe Panzani excelle au saxophone, et Anne Paceo impose le rythme, sans jamais frapper ni imposer. Classe et légèreté sont à la fête.

La deuxième partie est démente. L’artiste a eu l’occasion de quelques séjours en Birmanie et a rencontré des musiciens. Cela devient « Fables of Shwedagon ». Sur scène, cachés par une barrière en or, Hein Tint, Kyaw Soe, Htun Oo, Kyie Myint et Ye Minh Thu répondent à Leonardo Montana, Anne Paceo, Christophe Panzani, Joan Eche-Puig et Pierre Perchaud. Tout comme Yom et Marle-Ouvrard, il est question de fusion et non de folklore. Les instruments se répondent par famille pour offrir une parfaite discussion. Il est question d’étoile et de jasmin, et la nuit semble offerte. On termine cette longue journée de concerts par la découverte du duo dément que compose la pianiste japonaise Hiromi et le harpiste Edgar Castaneda. Cette rencontre encore une fois assez improbable entre les instruments et les cultures a survolté la Salle Marcel Helie. Ces deux musiciens virtuoses font corps avec leur instrument pour naviguer avec humour entre la fantaisie et le sublime. Un show complètement spectaculaire où la bonne humeur de ces deux phénomènes résumait à elle seule cette 36e édition.

Alors, à l’année prochaine Jazz sous les Pommiers, ce sera du 5 au 12 mai 2018. Et on sait déjà qu’Anne Paceo jouera, et que ce sera bien. On ira.

Visuel © JEAN-BAPTISTE MILLOT

Et ©ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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