Musique
Jazz in Marciac : Days Five & Six

Jazz in Marciac : Days Five & Six

04 août 2011 | PAR Neil Saidi

Mardi soir le chapiteau accueillait en première partie le guitariste Al Di Meola et le pianiste Gonzalo Rubalcaba, suivis d’un duo de pianos entre Chucho Valdes et Michel Camilo. Mercredi soir, nous assistions à la représentation du projet Django Drom avec entre autres Didier Lockwood, Biréli Lagrène et Stochelo Rosenberg.

 

Comme beaucoup d’autres musiciens, Al Di Meola est passé par le fameux Berklee College of Music, il y étudie de 1971 à 1974 avant de rejoindre cette même année le groupe de Chick Corea Return to Forever. Il effectue par la suite plusieurs tournées mondiales avec Chick Corea. En 1980 il s’associe à John McLaughlin et Paco de Lucia pour la formation d’un trio d’exception. Depuis le début des années 1990, Al Di Meola a enregistré dans des contextes très divers en s’orientant de plus en plus vers la World Music. Ce soir il est rejoint par le pianiste Gonzalo Rubalcaba, une association qui risque de faire des étincelles. Le guitariste et le pianiste sont accompagnés de Kevin Seddiki à la guitare, Fausto Beccalossi à l’accordéon et Peter Kaszas à la batterie. Les musiciens ont choisi de nous interpréter un répertoire inédit, Al Di Meola précise qu’ils ne l’ont encore jamais joué ensemble. Le répertoire est composé de pièces très courtes. Parfois en duo, parfois en trio, parfois en quintet. L’accordéoniste Fausto Beccalossi, siffle ses solos en même temps qu’il les joue. Al Di Meola nous propose ensuite d’écouter quelques prestations en solo. Les musiciens quittent tous la scène, à l’exception du pianiste Gonzalo Rubalcaba. Le pianiste se concentre, prend son tomps, puis rompt le silence de manière très douce, il enfonce à peine les touches du clavier et maintient en haleine toute la salle pendant toute la durée de la pièce. Le pianiste qui ensuite la scène pour laisser place à la guitre d’Al Di Meola qui commence à jouer seul puis est rejoint par Kevin Seddiki et Fausto Beccalossi.  Pendant le solo d’Al Di Meola, Kevin Seddiki se sert de sa guitare comme percussion en frappant sur la caisse de résonnance avec sa paume. Les musiciens saluent le public avant de revenir sur scène pour le rappel, dès les premières minutes du morceau, une pluie diluvienne s’abat sur le chapiteau, tous les bénévoles courent s’abriter sous l’aile gauche, les musiciens s’arrêtent quelques secondes et lèvent la tête vers le ciel. Nous écoutons en silence le battement des gouttes d’eau qui retentissent sur la grande toile, puis la musique reprend son cours sous les applaudissements du public. Après ce premier rappel, le public en redemande, et les musiciens reviennent sur scène une seconde fois pour notre plus grand plaisir. Un très beau moment de musique que nous avons partagé avec ces cinq artistes.

La scène est rapidement réaménagée  pour le concert suivant, deux longs pianos à queue y sont installés, afin d’accueillir les deux virtuoses Michel Camilo et Chucho Valdes. Le style de Michel Camilo mèle à la fois jazz, musiques latine et caribéenne, musique classique. Son niveau de technique lui permet d’aborder avec aisance les tempi  rapides, qu’il affectionne particulièrement. Quant à « Jesus » Chucho Valdes, il est depuis plus de 30 ans le pianiste et compositeur le plus renommé de son île natale, Cuba. Membre fondateur du groupe Irakere avec Arturo Sandoval et Paquito D’Rivera en 1973, il a par la suite fait partie de la formation cubano-américaine Crisol avec le trompettiste Roy Hargrove. Les deux maestros commencent par un thème latin (forcément !) et enchaînent avec « Blue Monk », en introduisant volontairement dans leur jeu des techniques et des dissonances qui rappellent le style de son compositeur. Le morceau suivant débute par une longue introduction, plus calme et plus lyrique,  dès l’énoncé du thème on reconnaît le standard « Besame Mucho ». Puis petit clin d’œil à « Miles » avec le thème Solar. Le duo tourne vite à la démonstration, les deux pianistes font preuve d’une virtuosité hors normes. Seule réserve que l’on pourrait émettre, c’est que cette virtuosité n’est pas toujours au service de la musique et de l’écoute de l’autre. Les pianistes nous interprètent ensuite deux pièces en solo. Chucho Valdes nous propose une pièce de Rachmaninov , quant à Michel Camilo, il a choisi de jouer « Calle 54 », une de ses compositions. Pendant ce temps Chucho Valdes observe son complice bras croisés et sourire aux lèvres. Pour le dessert, les deux chefs nous servent un « Chan Chan » original, geste apprécié par le public sans doute très familier avec ce morceau. Après le rappel, petit digestif bien corsé : « Giant Steps ». Cette composition du saxophoniste John Coltrane est harmoniquement très complexe et nécessite une technique très avancée afin d’être en mesure d’improviser convenablement. La technique n’étant bien sûr pas un problème pour ces messieurs, ils n’hésitent pas à le jouer à un tempo infernal. Pour couronner le tout, les solos sont saupoudrés de quelques citations, « I mean you », thème de Thelonious Monk, ou encore « I got Rythm ». Ca a l’air tellement facile !

 

Mercredi 3 sous le chapiteau, hommage à Django Reinhardt avec le projet Django Drom. Conçu et mis en scène par le cinéaste Tony Gatlif, ce spectacle mêlant projections et musique évoque la vie du peuple tzigane. Sur scène, le violoniste Didier Lockwood, les guitaristes Biréli Lagrène et Stochelo Rosenberg, le contrebassiste Diego Imbert, ainsi qu’une dizaine de musiciens, tous familiers de l’œuvre de Django. Pour ce film, composé pour l’essentiel d’images d’archives, Tony Gatlif a commandé à Didier Lockwood une adaptation Swing du Boléro de Ravel pour quatorze musiciens. En 1937, le père du jazz manouche avait lui-même composé un boléro s’inspirant de celui de Ravel. Les musiciens nous ont interprété ce soir des classiques du jazz manouche comme « Minor Swing » ou encore « Les yeux noirs », devant un écran sur lequel étaient donc projetées des images de la vie quotidienne du peuple tzigane. Sur certains morceaux, une danseuse traditionnelle intervenait sur scène, tourbillonnant et frappant des pieds. Nous avons également pu apprécier la magnifique voix de la chanteuse Norig, qui nous a interprété des chants traditionnels s’articulant autour d’un bourdon. Le clou du spectacle fut assurément la version réarrangée du Boléro de Ravel, neuf guitares, deux violons, un accordéon, une contrebasse, une clarinette, un clavier, une chanteuse et une danseuse pour dix minutes de pure merveille.

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Neil Saidi

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